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En Suisse romande, une étude inédite révèle les séquelles durables des agressions sexuelles

Un suivi d'un an mené dans les hôpitaux de Genève, Vaud et du Valais montre que les victimes souffrent de dépression, stress post-traumatique et dysfonctions sexuelles bien après les faits.

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En Suisse romande, une étude inédite révèle les séquelles durables des agressions sexuelles
Un suivi d'un an mené dans les hôpitaux de Genève, Vaud et du Valais montre que les victimes souffrent de dépression, stCrédit · 24 Heures

Les faits

  • Étude menée entre 2022 et 2024 aux Hôpitaux universitaires de Genève, ainsi que dans les principaux hôpitaux vaudois et du Valais romand.
  • Recherche financée en partie par le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes.
  • Portait sur les violences sexuelles faites aux femmes dès 16 ans.
  • Suivi des patientes ayant consulté aux urgences après une agression sexuelle.
  • Première étude en Suisse à démontrer l'évolution des séquelles physiques et psychiques sur un an.
  • Conséquences documentées: dépression, stress post-traumatique, dysfonction sexuelle.
  • Témoignage anonyme d'une victime: « J'ai appris à accepter que je ne redeviendrai jamais vraiment la personne que j'étais avant cette nuit-là. »

Une recherche pionnière sur les séquelles à long terme

Les agressions sexuelles laissent des cicatrices profondes qui persistent bien au-delà des faits, selon une étude inédite menée en Suisse romande. Mené entre 2022 et 2024 aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), ainsi que dans les principaux hôpitaux vaudois et du Valais romand, ce suivi a porté sur des patientes ayant consulté aux urgences après une agression sexuelle. Pour la première fois en Suisse, les chercheurs ont pu documenter l'évolution des séquelles physiques et psychiques sur une période d'un an. Les résultats, présentés mercredi aux HUG lors d'une conférence de presse, mettent en lumière des conséquences durables: dépression, stress post-traumatique et dysfonction sexuelle. « J'ai appris à accepter que je ne redeviendrai jamais vraiment la personne que j'étais avant cette nuit-là », a témoigné anonymement une victime, illustrant avec force les conclusions de l'étude.

Un suivi clinique pour mesurer l'impact dans le temps

L'étude a inclus des femmes âgées de 16 ans et plus, victimes de violences sexuelles, et a bénéficié d'un financement partiel du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes. Les chercheurs ont effectué des pointages réguliers pendant un an afin de suivre l'état de santé des participantes. Les données recueillies permettent de quantifier l'ampleur des séquelles: troubles dépressifs, symptômes de stress post-traumatique, et altérations de la fonction sexuelle. Ces résultats confirment que les conséquences psychologiques et physiques ne s'estompent pas avec le temps sans prise en charge adaptée. Les auteurs de l'étude soulignent que ces observations constituent une base solide pour améliorer les protocoles de soins et le soutien aux victimes.

Des pistes d'amélioration pour la prise en charge

Face à ces constats, les chercheurs tirent des pistes d'amélioration concrètes. Ils insistent sur la nécessité d'un suivi à long terme après une agression sexuelle, au-delà de la prise en charge initiale aux urgences. L'étude met en évidence des lacunes dans le système actuel, notamment en matière de soutien psychologique spécialisé et de coordination entre les services hospitaliers et les structures d'aide aux victimes. Les scientifiques recommandent également la pérennisation de l'observatoire mis en place pour cette recherche, afin de continuer à collecter des données et d'adapter les politiques de santé publique.

Un appel à la pérennisation de l'observatoire

Les auteurs de l'étude demandent que l'observatoire des violences sexuelles, créé pour ce projet, soit maintenu dans la durée. Un tel dispositif permettrait de suivre l'évolution des séquelles sur plusieurs années et d'évaluer l'efficacité des interventions. Cette demande s'inscrit dans une volonté de mieux comprendre les mécanismes de guérison et d'identifier les facteurs de résilience. Les chercheurs estiment que seule une approche longitudinale peut fournir des données fiables pour orienter les politiques. Le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes, qui a cofinancé l'étude, pourrait être sollicité pour assurer la continuité de cet observatoire.

Un enjeu de santé publique encore sous-estimé

Les résultats de cette étude interviennent dans un contexte où les violences sexuelles restent largement sous-déclarées et leurs conséquences souvent minimisées. En objectivant l'impact à long terme, les chercheurs espèrent sensibiliser les autorités et le grand public. Les séquelles documentées – dépression, stress post-traumatique, dysfonction sexuelle – affectent non seulement la santé individuelle mais aussi la vie sociale et professionnelle des victimes. L'étude montre que ces effets persistent bien au-delà de l'année de suivi, ce qui implique des besoins de soins prolongés. Les experts appellent à une meilleure formation des professionnels de santé pour détecter et prendre en charge ces traumatismes, ainsi qu'à un renforcement des structures d'accueil.

Vers une reconnaissance accrue des besoins des victimes

L'étude ouvre la voie à une meilleure compréhension des conséquences des agressions sexuelles et à des politiques plus adaptées. Les chercheurs espèrent que ces données serviront à élaborer des recommandations nationales pour la prise en charge des victimes. À terme, la pérennisation de l'observatoire permettrait de suivre l'évolution des séquelles sur le long terme et d'ajuster les interventions en conséquence. Les victimes, comme celle qui a témoigné, attendent des réponses et un accompagnement à la hauteur de leurs souffrances. « Je ne redeviendrai jamais vraiment la personne que j'étais avant », a-t-elle dit. L'étude montre que la médecine et la société ont encore un long chemin à parcourir pour répondre à cette réalité.

À retenir

  • Une étude suisse inédite démontre que les séquelles des agressions sexuelles (dépression, stress post-traumatique, dysfonction sexuelle) persistent au moins un an après les faits.
  • Le suivi a été mené dans les hôpitaux de Genève, Vaud et du Valais romand entre 2022 et 2024, auprès de femmes dès 16 ans.
  • La recherche a été cofinancée par le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes.
  • Les chercheurs recommandent un suivi à long terme et la pérennisation de l'observatoire pour améliorer la prise en charge.
  • Les résultats mettent en lumière des lacunes dans le système de soins actuel et appellent à des politiques de santé publique renforcées.
  • Le témoignage d'une victime anonyme illustre la difficulté de se reconstruire après une agression sexuelle.
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