La flambée du kérosène menace l'existence des petits aéroports européens
Face à des prix du carburant dépassant 1 800 dollars la tonne, les compagnies aériennes réduisent leurs capacités sur les liaisons régionales, creusant un fossé avec les grands hubs.

BELGIUM —
Les faits
- Le prix du kérosène a dépassé 1 800 dollars (1 535 €) la tonne début mai.
- Transavia a annulé 400 vols en mai et juin en raison de la hausse du kérosène.
- Lufthansa a fermé sa filiale régionale CityLine le 16 avril.
- Le trafic des petits aéroports régionaux reste 30 % inférieur aux niveaux de 2019.
- Les grands aéroports ont vu leur trafic augmenter de plus de 16 % depuis 2019.
- Les redevances aéroportuaires sont encore 11 % en dessous de leur niveau d'avant la pandémie.
- La France dispose de stocks stratégiques de kérosène représentant 2 millions de barils.
- Le gouvernement français prévoit une réunion avec les compagnies aériennes le 6 mai.
Un choc d'offre et de demande pour les aéroports régionaux
La flambée des prix du kérosène, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, plonge les petits aéroports européens dans une crise existentielle. Selon le Conseil international des aéroports d'Europe (ACI Europe), ces infrastructures sont les plus exposées aux répercussions de la hausse des coûts de l'énergie. « Les niveaux actuels des prix du kérosène et la perspective d'une nouvelle crise du pouvoir d'achat signifient que de nombreux aéroports régionaux de notre continent risquent de subir à la fois un choc d'offre et de demande », a déclaré Olivier Jankovec, directeur général d'ACI Europe. « Pour eux, il ne s'agit de rien de moins qu'une menace existentielle. » La demande sur les liaisons régionales est particulièrement sensible aux prix et très élastique, ce qui les rend moins rentables pour les compagnies aériennes. Celles-ci privilégient les suppressions de vols sur ces lignes lorsqu'elles doivent réduire leurs capacités.
Transavia annule 400 vols, le gouvernement s'interroge
La compagnie low cost Transavia a annoncé l'annulation de 400 vols en mai et juin, invoquant la hausse du prix du kérosène et les difficultés d'importation depuis les pays du Golfe. Cette décision a poussé le gouvernement français à convoquer une réunion avec l'ensemble des compagnies aériennes le 6 mai. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l'Énergie, a déclaré « avoir besoin de comprendre » si ces annulations sont dues à des « difficultés d'approvisionnement en volume (...) ou économiques » ou à un « déséquilibre économique au regard de la hausse du prix du kérosène vis-à-vis du prix des billets ». Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a annoncé vouloir « recevoir l'ensemble des compagnies aériennes pour faire le point sur la préparation de l'été (...) pas seulement les enjeux de volume, mais aussi les enjeux de prix ».
Le kérosène, carburant sous dépendance et vulnérable
Le kérosène n'est pas extrait tel quel mais issu du raffinage du pétrole brut, rappelle Thierry Bros, professeur à Sciences Po et spécialiste des questions énergétiques. L'Europe manque structurellement de ce carburant en raison d'une production de pétrole limitée et d'une réduction de ses capacités de raffinage. « Comme le diesel, le kérosène est très peu produit en France et en Europe. On dépend donc largement des importations, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux crises internationales », explique Thierry Bros. Avec les tensions au Moyen-Orient, plusieurs maillons de la chaîne – production de pétrole, raffinage local et transport maritime – peuvent être affectés simultanément. La France importe « un peu plus de 20 % » de son kérosène depuis les pays du Golfe.éduire cette dépendance, le gouvernement a autorisé des raffineries françaises, notamment à Gravenchon, à augmenter leur production.
Les compagnies low cost en première ligne face à la hausse des prix
Les compagnies low cost sont particulièrement exposées à la flambée du kérosène. Dans un billet low cost, jusqu'à 40 % du prix peut correspondre au carburant, analyse Thierry Bros. Avec des marges déjà faibles, ces compagnies « ont moins de capacité à absorber les hausses, ce qui les rend particulièrement exposées ». La hausse du prix du kérosène a une incidence directe sur l'équilibre économique des transporteurs aériens. Pour Transavia, cette situation devient « très vite critique », selon l'expert. Les compagnies doivent arbitrer entre répercuter la hausse sur les billets ou réduire l'offre. Le gouvernement appelle les compagnies à une « politique la plus raisonnable possible vis-à-vis des prix » et à faire preuve de « transparence sur les besoins qui sont les leurs ».
Un fossé grandissant entre petits et grands aéroports
Les petits aéroports régionaux accusent un retard persistant par rapport aux grands hubs. Leur trafic passagers reste plus de 30 % inférieur aux niveaux de 2019, tandis que les grands aéroports affichent une hausse de plus de 16 %. Les redevances facturées aux compagnies aériennes – taxes d'atterrissage et de stationnement – restent environ 11 % en dessous de leur niveau d'avant la pandémie, ce qui se traduit par une perte moyenne de 2,64 € par passager pour les aéroports régionaux. ACI Europe appelle à « abolir les taxes nationales sur les billets d'avion » ou à « sauver les aides opérationnelles accordées aux aéroports nationaux avec moins d'un million de passagers par an » pour éviter une hécatombe.
Pas de pénurie à court terme, mais des incertitudes pour l'été
Le gouvernement français se veut rassurant à court terme. « Il n'y a, à l'heure où l'on se parle (...) aucun risque de pénurie sur le kérosène pour les semaines à venir », a assuré Maud Bregeon. La France dispose de stocks stratégiques de kérosène représentant deux millions de barils, sur près de 100 millions de barils de stocks de carburants. Cependant, « personne ne sait aujourd'hui lire dans le marc de café et dire ce qu'il adviendra de cette situation dans quelques mois », a-t-elle nuancé. La situation de Transavia interroge, et les autorités redoutent des perturbations estivales si les tensions géopolitiques persistent. Le déploiement ralenti du système d'entrée/sortie Schengen (EES) pourrait également provoquer de graves perturbations dans les aéroports régionaux desservant des destinations touristiques très fréquentées cet été, ajoute ACI Europe.
Une menace existentielle qui appelle des réponses structurelles
La crise actuelle révèle la fragilité structurelle des petits aéroports européens, dépendants de compagnies low cost aux marges serrées et d'un carburant soumis aux aléas géopolitiques. La décision de Lufthansa de fermer CityLine illustre la tendance des grands groupes à se recentrer sur leurs hubs principaux. Pour Thierry Bros, la solution passe par une réduction de la dépendance aux importations: « Si l'Europe manque structurellement de kérosène, c'est à la fois un problème de ressources et de raffinage. » Le gouvernement français mise sur une augmentation du raffinage local, mais les effets ne se feront sentir qu'à moyen terme. En attendant, les aéroports régionaux, qualifiés d'« indispensables » par ACI Europe, risquent de voir leur offre se réduire encore, avec des conséquences directes sur la connectivité des territoires et le tourisme.
À retenir
- Le prix du kérosène a dépassé 1 800 dollars la tonne, entraînant des annulations de vols et une menace existentielle pour les petits aéroports.
- Transavia a annulé 400 vols; Lufthansa a fermé CityLine, illustrant la fragilité des liaisons régionales.
- Les compagnies low cost, où le carburant représente jusqu'à 40 % du billet, sont les plus exposées.
- Le trafic des petits aéroports reste 30 % sous les niveaux de 2019, tandis que les grands hubs progressent de 16 %.
- La France dispose de stocks stratégiques de kérosène (2 millions de barils) mais dépend à 20 % des importations du Golfe.
- Le gouvernement réunit les compagnies aériennes le 6 mai pour préparer l'été et éviter une crise d'approvisionnement.




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