Belgique: la SNCB confirme l'accord de 3,4 milliards d'euros avec CAF malgré les critiques
L'opérateur ferroviaire maintient son choix pour une nouvelle flotte de trains, déclenchant la colère d'Alstom et des syndicats.

BELGIUM —
Les faits
- La SNCB a confirmé un accord de 3,4 milliards d'euros avec le fabricant espagnol CAF.
- Cette décision concerne la production d'une nouvelle flotte de trains phares pour la SNCB.
- Alstom, concurrent français, conteste le choix et dénonce la perte de centaines d'emplois en Belgique.
- Le contrat AM30 porte sur un accord-cadre de 12 ans pour des centaines de rames électriques et à batterie.
- La commande initiale prévoit 54 000 places et des spécifications modernes pour les voyageurs.
- La Cour suprême belge avait initialement contraint la SNCB à revoir son choix initial.
- Alstom affirme avoir proposé une offre inférieure de 107 millions d'euros à celle de CAF.
Un contrat ferroviaire majeur confirmé malgré la tempête
Au début de l'année, la Cour suprême belge avait imposé à la SNCB de réexaminer son choix. Aujourd'hui, l'opérateur ferroviaire belge confirme son accord de 3,4 milliards d'euros avec le fabricant espagnol CAF pour la production de sa nouvelle flotte de trains phares. Cette décision, qui fait suite à une nouvelle évaluation par le conseil d'administration, ne parvient pourtant pas à apaiser la féroce colère politique et syndicale suscitée par l'exclusion du concurrent français Alstom. L'enjeu de cette décision est le contrat AM30, un accord-cadre d'une durée de 12 ans. Il porte sur la fourniture de centaines de rames électriques et à batterie, destinées à remplacer le matériel roulant vieillissant et les rames diesel sur les réseaux nationaux et transfrontaliers. La commande initiale comprendra des véhicules offrant une capacité totale de 54 000 places. Ces nouvelles rames seront équipées de portes accessibles aux fauteuils roulants, de zones de calme, de systèmes d'information en temps réel pour les passagers et d'une connectivité numérique avancée.
Le cœur du litige: une offre plus chère et des emplois en jeu
La valeur totale de ce marché historique, la plus importante commande de matériel roulant de l'histoire de la SNCB, est estimée à 3,4 milliards d'euros. Ce contrat constitue un pilier du contrat de service public liant la SNCB au gouvernement fédéral belge pour la période 2023-2032, qui ambitionne le renouvellement de la moitié de la flotte nationale d'ici la fin de la décennie. Alstom avait initialement proposé une offre financièrement plus avantageuse que celle de CAF. Le fabricant français affirmait avoir proposé un prix inférieur de 107 millions d'euros à celui de CAF, et même de 200 millions d'euros par rapport à celui de Siemens. Malgré cela, l'opérateur public avait opté pour le fournisseur espagnol. Ce choix avait été perçu comme un coup politique dans une Belgique de plus en plus nationaliste, compte tenu de l'importance du groupe français Alstom pour l'industrie du pays. Le PDG d'Alstom Benelux avait d'ailleurs vivement réagi dans une lettre adressée au ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke et aux dirigeants régionaux.
Une décision contestée devant la justice
En février 2025, la décision initiale de la SNCB de sélectionner CAF comme soumissionnaire privilégié avait été suspendue par le Conseil d'État. Cette intervention faisait suite à la contestation formelle déposée par le fabricant français Alstom. La Cour avait agi sur la base de l'avis de son auditeur. Celui-ci avait émis des doutes sur l'évaluation du marché menée par la SNCB, soutenant ainsi la demande d'Alstom de suspendre provisoirement le marché. Au cœur du litige se trouve le choix par la SNCB d'une offre plus coûteuse, soulevant des questions sur les critères d'évaluation et l'impact sur l'industrie ferroviaire belge.
L'inquiétude d'Alstom face à l'impact sur l'emploi
Dans sa missive, le dirigeant d'Alstom Benelux s'interrogeait: « Comment pouvons-nous promouvoir une offre plus chère sans différencier le score global et avec un impact défavorable sur notre site de production à Bruges et sur l’ensemble de l’industrie ferroviaire belge? ». Il soulignait que cette décision était « d’autant plus frappante dans le contexte budgétaire actuel des finances publiques ». Le dirigeant mettait en garde contre les conséquences directes et indirectes pour les emplois et les fournisseurs belges, appelant à une réponse politique. Malgré ces avertissements et la contestation judiciaire, la SNCB a maintenu sa décision, confirmant l'accord avec CAF, ce qui maintient la tension avec Alstom et d'autres parties prenantes.
Contexte: la SNCB, un acteur historique en mutation
La Société Nationale des Chemins de Fer Belges (SNCB), connue sous le nom de NMBS en néerlandais, est l'un des plus anciens réseaux ferroviaires d'Europe, créé en 1926. Elle opère plus de 3600 km de lignes. En 2022, plus de 227 millions de trajets ont été effectués par les voyageurs. La SNCB, dirigée depuis 2017 par Sophie Dutordoir, a vu son slogan évoluer en 2021 de « Nous vous souhaitons un agréable voyage! » à « En route. Vers mieux. ». L'opérateur ferroviaire est régulièrement confronté à des perturbations, comme une grève de 48 heures décrétée début novembre, qui a limité la circulation à un train IC sur deux et à seulement 20 % des trains L et S, affectant particulièrement les petites gares.
Des débats politiques sur la desserte des petites gares
Parallèlement aux enjeux du renouvellement de la flotte, la SNCB est au centre de débats politiques concernant sa desserte. Le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine, s'oppose à la proposition de Georges-Louis Bouchez visant à supprimer les « gares fantômes ». « On ne peut plus continuer avec 60 gares qui accueillent moins de 100 passagers par jour! », argumente M. Bouchez. Thomas Dermine qualifie cette idée d'« aberration totale », défendant l'importance des petites gares pour la connectivité des territoires. Ces discussions illustrent les tensions entre la rationalisation des coûts et le maintien d'un service public ferroviaire accessible à l'ensemble de la population, même dans les zones moins denses.
Un avenir sous haute tension
La confirmation de l'accord avec CAF par la SNCB, malgré le coût supérieur et les contestations d'Alstom, marque une étape importante dans le renouvellement de sa flotte. Cependant, la controverse autour de cette décision est loin d'être résolue. Les syndicats et les élus locaux, aux côtés d'Alstom, continuent de dénoncer un choix qui, selon eux, pénalise l'industrie belge et l'emploi. La SNCB devra désormais naviguer dans un climat politique et social tendu tout en mettant en œuvre ce contrat majeur. L'avenir dira si cette flotte, représentant un investissement colossal, répondra aux attentes en termes de performance, de coût et d'impact industriel, tout en apaisant les vives critiques actuelles.
À retenir
- La SNCB a validé un contrat de 3,4 milliards d'euros avec le constructeur espagnol CAF pour une nouvelle flotte de trains, malgré les contestations.
- Le fabricant français Alstom, qui proposait une offre moins chère, dénonce la décision et redoute des pertes d'emplois en Belgique.
- La justice belge avait initialement suspendu le processus d'attribution, soulevant des doutes sur l'évaluation du marché par la SNCB.
- Le contrat AM30, d'une durée de 12 ans, porte sur des centaines de rames modernes pour remplacer le matériel vieillissant.
- La décision s'inscrit dans le cadre du renouvellement de la moitié de la flotte nationale belge d'ici 2030.
- La SNCB, opérateur historique, fait face à des défis sociaux et politiques, comme en témoignent les grèves et les débats sur la desserte des petites gares.


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