Charles III à Washington : les impairs de Donald Trump qui ont ébranlé le protocole royal
Entre familiarités, divulgation d’une opinion politique et contact physique, le président américain a multiplié les entorses aux règles séculaires de la monarchie britannique.

BELGIUM —
Les faits
- Visite d’État de Charles III aux États-Unis du 28 avril au 1er mai.
- Donald Trump a désigné le roi par son prénom « Charles » lors du banquet à la Maison-Blanche.
- Trump a révélé publiquement que Charles III soutiendrait la guerre contre l’Iran.
- Le président a touché le roi au genou, un geste que la reine Elizabeth II n’avait subi qu’à deux reprises en public.
- Charles III a répondu par un sourire énigmatique lorsqu’on lui a demandé son meilleur moment à Washington.
- Trump a tweeté « Deux rois » après le dîner d’État.
- Le roi a lancé une boutade lors du dîner: sans les Britanniques, les Américains parleraient français.
- Le couple royal a quitté Washington pour les Bermudes, accueilli par le Premier ministre David Burt.
Un banquet présidentiel émaillé de faux pas protocolaires
Le roi Charles III a achevé jeudi 30 avril une visite d’État de quatre jours aux États-Unis, marquée par une série d’impairs de son hôte, Donald Trump. Dès le banquet du 28 avril à la Maison-Blanche, le président américain a enfreint le protocole en appelant le souverain par son prénom, « Charles », un traitement réservé à sa famille proche. Même les amis les plus intimes du roi utilisent « Sir ». Ce geste s’inscrit dans un schéma plus large de familiarités que Trump a multipliées tout au long du séjour. Le locataire du Bureau ovale a également touché le roi au genou, un contact physique que Charles III tolère mal. Sous le règne d’Elizabeth II, seuls deux incidents de ce type avaient été recensés en soixante-dix ans: le président Pompidou en 1972 et le Premier ministre australien Paul Keating, qui avait essuyé un regard assassin de la reine.
La révélation d’un prétendu soutien à la guerre contre l’Iran
Faux pas plus grave, Donald Trump a divulgué le contenu de son entretien privé avec Charles III. « Charles est encore plus d’accord que moi à ce propos. Nous ne laisserons jamais notre ennemi obtenir l’arme nucléaire », a déclaré le président, évoquant la guerre contre l’Iran. Il a ajouté que si le roi pouvait décider à la place du Premier ministre Keir Starmer, le Royaume-Uni aurait participé aux frappes américaines et au blocus des ports iraniens. Or, les monarques britanniques sont tenus à une stricte neutralité politique. Charles III n’a pas sourcillé, mais l’incident révèle l’incompréhension de Trump face aux codes subtils de la monarchie. Lors des audiences hebdomadaires du roi avec son Premier ministre, tout se dit en filigrane: un « Êtes-vous sûr? » signifie un refus définitif, un « En quoi cela peut-il aider? » sous-entend que l’idée est saugrenue. Des nuances à des années-lumière du mode opératoire trumpiste.
Le jeu de domination de Trump et l’énigmatique sourire du roi
Tout au long de la visite, Donald Trump a cherché à imposer sa dominance par des poignées de main appuyées et une mise en avant constante. En Amérique, cette attitude arriviste est admirée; dans la haute société anglaise, elle est jugée comme un manque d’éducation. Les Windsor exècrent ceux qui « font le paon ». Jeudi, lors du départ du couple royal, Trump a déclaré: « C’est le plus grand des rois. » Mais lorsqu’un journaliste a demandé à Charles III quel avait été son meilleur moment à Washington, celui-ci s’est contenté d’un sourire énigmatique. Selon des experts en lecture labiale, ce sourire mêlait mélancolie et sarcasme. Après le dîner, Trump a tweeté « Deux rois », ignorant la prophétie du roi Farouk d’Égypte, qui avait prédit qu’il ne resterait bientôt plus que cinq rois au monde: ceux d’un jeu de cartes et celui d’Angleterre.
La boutade historique de Charles III sur la langue française
Lors du dîner d’État, Charles III a riposté à une précédente déclaration de Trump, selon laquelle sans les Américains, les Européens parleraient allemand. « Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez français », a lancé le roi, provoquant l’hilarité des convives. La référence de Trump renvoyait à la Seconde Guerre mondiale, mais le roi a plongé dans une histoire plus ancienne, celle du XVIIIe siècle. À l’époque, la Nouvelle-France s’étendait du Saint-Laurent au Mississippi, tandis que les treize colonies britanniques restaient cantonnées sur la côte atlantique. Mais la guerre de Succession d’Espagne (traité d’Utrecht, 1713) et la guerre de Sept Ans (traité de Paris, 1763) ont fait basculer le territoire au profit des Britanniques. En 1763, on comptait au maximum 75 000 colons français contre près de deux millions d’Anglais. Aujourd’hui, l’espagnol est la deuxième langue des États-Unis, avec 60 millions de locuteurs, et il est possible qu’un futur président soit hispanophone.
Un départ pour les Bermudes sous les honneurs
Après son séjour américain, le couple royal s’est envolé pour les Bermudes, où il a été accueilli sur le tarmac de l’aéroport de Hamilton par le Premier ministre David Burt et d’autres responsables. Une cérémonie officielle avec 21 coups de canon était prévue vendredi. Trump avait salué le roi une dernière fois: « C’est un roi formidable – le plus formidable des rois, à mon avis. Des gens formidables. Nous avons besoin de plus de gens comme eux dans notre pays. » Pendant les quatre jours de visite, Trump avait affiché sa fascination pour la monarchie: militaires en tenue d’apparat, fanfare, 21 coups de canon, survol de la Maison-Blanche par des avions de combat et dîner de gala. Le républicain fait régulièrement allusion à l’idée de devenir roi lui-même, et avait écrit mardi sur Truth Social qu’il avait « toujours voulu vivre à Buckingham Palace ». La Maison-Blanche avait publié une photo de Charles et de lui avec le commentaire « DEUX ROIS » accompagné d’une petite couronne.
Les leçons d’une visite sous tension
Cette visite d’État, la première de Charles III depuis son accession au trône en 2022, a mis en lumière les tensions entre la monarchie britannique, attachée à des codes séculaires, et le style imprévisible de Donald Trump. Si le protocole a été allégé depuis l’époque d’Elizabeth II, le roi reste fidèle aux préceptes de Walter Bagehot, qui a codifié la monarchie au XIXe siècle: « Le respect mythique et l’allégeance religieuse sont les rouages essentiels d’une vraie royauté. » Malgré les impairs, la couronne d’Angleterre apparaît plus solide aujourd’hui qu’elle ne l’a été depuis le décès d’Elizabeth II. Le sourire énigmatique de Charles III, entre mélancolie et sarcasme, pourrait bien être la réponse la plus éloquente à un président qui se prend pour un roi.
À retenir
- Donald Trump a enfreint le protocole royal en appelant Charles III par son prénom, en le touchant au genou et en divulguant un prétendu soutien à la guerre contre l’Iran.
- Charles III a maintenu une neutralité apparente, mais son sourire énigmatique en dit long sur son malaise.
- La boutade du roi sur la langue française a ravivé le souvenir des guerres coloniales du XVIIIe siècle qui ont façonné l’Amérique du Nord.
- Trump a affiché sa fascination pour la monarchie, allant jusqu’à se qualifier de « roi » sur les réseaux sociaux.
- Le couple royal a poursuivi sa tournée aux Bermudes, accueilli avec les honneurs militaires.
- Malgré les tensions, la monarchie britannique sort renforcée de cette visite, la couronne apparaissant plus solide que jamais.




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