Politique

Au Luxembourg, les syndicats OGBL et LCGB unissent leurs forces contre le gouvernement Frieden

Nora Back et Patrick Drury ont galvanisé plusieurs centaines de manifestants le 1er mai, dénonçant une politique «anti-salariés» et exigeant une revalorisation du salaire minimum de 300 euros.

4 min
Au Luxembourg, les syndicats OGBL et LCGB unissent leurs forces contre le gouvernement Frieden
Nora Back et Patrick Drury ont galvanisé plusieurs centaines de manifestants le 1er mai, dénonçant une politique «anti-sCrédit · Virgule.lu

Les faits

  • Nora Back, présidente de l'OGBL, a qualifié le gouvernement de «le plus anti-salariés de ces dernières décennies».
  • Le rassemblement du 1er mai s'est tenu sur le parvis de l'abbaye de Neumünster dans le Grund à Luxembourg-Ville.
  • L'union syndicale OGBL/LCGB revendique près de 125 000 membres.
  • Patrick Drury, président du LCGB, a dénoncé le «cavalier seul» du gouvernement sur le salaire minimum.
  • Le LCGB menace de déclencher une grève générale.
  • Une tripartite est annoncée pour le 12 mai.
  • La dernière réduction du temps de travail remonte à 1975.
  • 70 000 personnes perçoivent le salaire social minimum au Luxembourg.

Un 1er mai sous le signe de la colère sociale

Plusieurs centaines de personnes vêtues de rouge se sont rassemblées ce vendredi sur le parvis de l’abbaye de Neumünster, dans le quartier du Grund à Luxembourg-Ville, à l’appel de l’OGBL et du LCGB. La présidente de l’OGBL, Nora Back, a ouvert son traditionnel discours du 1er mai par une charge sévère: «Depuis 2 ans et demi, nous sommes confrontés au gouvernement le plus anti-salariés de ces dernières décennies.» Ce climat de tension persiste malgré la nomination d’un nouveau ministre du Travail et l’annonce d’une tripartite prévue le 12 mai. Les syndicats estiment que les réformes gouvernementales ont affaibli les pensions et libéralisé le travail du dimanche, suscitant une mobilisation inédite.

L’union syndicale OGBL/LCGB affiche sa force

«Aujourd’hui nous sommes ici plus forts que jamais. L’union syndicale a près de 125 000 membres et c’est la seule réponse à ces attaques», a martelé Nora Back. Avant son discours, le président du LCGB, Patrick Drury, s’est adressé aux membres de l’OGBL, scellant une alliance rare entre les deux principales organisations syndicales du pays. Les manifestants brandissaient des pancartes aux slogans évocateurs: «Tax the Rich», «Jeunesse, Futur, solidarité» ou encore «+300 pour le salaire minimum». La revendication d’une augmentation de 300 euros du salaire minimum social était au cœur des discours.

Nora Back critique le gouvernement et le patronat

Dans son intervention, Nora Back a nommément critiqué Marc Spautz, Luc Frieden ainsi que Michel Reckinger, président de l’Union Luxembourgeoise des Entreprises (UEL). Elle a dénoncé une «crise sociale, du logement, de l’énergie mais aussi du pouvoir d’achat», ajoutant que le gouvernement ne faisait rien face à la destruction d’emplois provoquée par l’intelligence artificielle. «Nous voulons des entreprises fortes, avec de bonnes conditions de travail et des emplois qui ne sont pas supprimés», a-t-elle déclaré, appelant à un plan d’action pour multiplier les conventions collectives et à une réforme des plans de maintien dans l’emploi et de la loi sur les faillites. Elle a rappelé que la dernière réduction du temps de travail remonte à 1975, exigeant une sixième semaine de congés pour tous et une réduction du temps de travail avec maintien intégral du salaire.

Patrick Drury regrette l’époque Juncker et menace d’une grève générale

Depuis Remich, Patrick Drury a prononcé un discours tout aussi virulent. Il a dénoncé le «cavalier seul» du gouvernement concernant le salaire minimum, rappelant que celui-ci devrait être augmenté de 300 euros pour respecter la directive européenne. «Chacun doit pouvoir vivre dignement de son travail», a-t-il insisté, ajoutant que «quiconque a travaillé toute sa vie doit également pouvoir vivre dignement de sa pension.» Dans une allusion à l’ancien Premier ministre Jean-Claude Juncker, Drury a évoqué «des périodes où le Premier ministre connaissait ses responsabilités, les assumait et, en situation de crise, invitait les partenaires sociaux à une réunion tripartite». Il a conseillé à Luc Frieden, «au lieu d'aller à Harvard raconter des histoires à dormir debout sur son Europe sociale, d'aller plutôt à Capellen!» – où réside Juncker. Le LCGB menace désormais de déclencher une grève générale.

Un appel à la mobilisation jusqu’en 2028

Nora Back a lancé un appel aux membres des deux syndicats à se battre «pour un meilleur avenir», promettant des manifestations «jusqu'en octobre 2028». «Notre union OGBL/LCGB n'a jamais été aussi forte», a-t-elle conclu, sous les applaudissements de la foule. Patrick Drury a renchéri en affirmant que le travail est un droit fondamental et doit être rémunérateur, faute de quoi «tout autre scénario conduit à la misère socio-politique et déstabilise notre démocratie». Les deux leaders syndicaux ont également soutenu les droits des 70 000 personnes qui perçoivent le salaire social minimum au Luxembourg.

Un contexte de polycrises et de plans sociaux

Le Luxembourg fait face à des plans sociaux massifs, comme celui d’Amazon, dans un contexte de polycrises. Nora Back a déploré que le gouvernement ne mette pas en œuvre une politique renforçant la cohésion sociale. «Nous souhaiterions que le gouvernement mette en œuvre une politique renforçant la cohésion sociale. Une politique qui garantisse l'unité de la société», a déclaré Patrick Drury, dénonçant une politique qui «fait exactement le contraire». À un an de la présidentielle, le climat social reste dégradé, marqué par «une vraie colère sourde», selon les observateurs. La tripartite du 12 mai sera un test crucial pour l’exécutif de Luc Frieden.

À retenir

  • Les syndicats OGBL et LCGB, forts de 125 000 membres, ont manifesté ensemble le 1er mai contre le gouvernement Frieden.
  • Nora Back et Patrick Drury exigent une augmentation de 300 euros du salaire minimum et une sixième semaine de congés.
  • Le LCGB menace de déclencher une grève générale si ses revendications ne sont pas satisfaites.
  • Une tripartite est prévue le 12 mai, mais le climat social reste très tendu.
  • Les syndicats dénoncent une politique gouvernementale qui affaiblit les pensions et libéralise le travail du dimanche.
  • L’alliance OGBL/LCGB promet des manifestations jusqu’en octobre 2028.
Pour aller plus loin