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Narges Mohammadi hospitalisée en urgence après une « détérioration catastrophique » de sa santé

La prix Nobel de la paix 2023, détenue en Iran depuis décembre, a été transférée dans un hôpital de Zanjan après deux pertes de connaissance et une crise cardiaque en mars.

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Narges Mohammadi hospitalisée en urgence après une « détérioration catastrophique » de sa santé
La prix Nobel de la paix 2023, détenue en Iran depuis décembre, a été transférée dans un hôpital de Zanjan après deux peCrédit · AOL.com

Les faits

  • Narges Mohammadi, 54 ans, prix Nobel de la paix 2023, a été arrêtée le 12 décembre 2025 à Machhad.
  • Elle a été condamnée en février à six ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale et un an et demi pour propagande.
  • Elle a subi une crise cardiaque en mars et a perdu connaissance à deux reprises le 1er mai.
  • Son avocat Mostafa Nili a signalé des fluctuations extrêmes de tension artérielle et des douleurs thoraciques aiguës.
  • Elle a été admise en unité de soins intensifs cardiaques à l'hôpital de Zanjan.
  • Sa famille et la Fondation Narges Mohammadi dénoncent 140 jours de négligence médicale systématique.
  • Le comité Nobel norvégien a appelé à son transfert immédiat vers son équipe médicale à Téhéran.

Une dégradation soudaine et alarmante

La militante iranienne des droits humains Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, a été transférée en urgence à l’hôpital de Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran, après une « détérioration catastrophique » de son état de santé, a annoncé sa fondation vendredi 1er mai. Ce jour-là, elle s’est évanouie à deux reprises à la prison de Zanjan, où elle est incarcérée depuis février. Son avocat, Mostafa Nili, a décrit sur son compte X des « fluctuations extrêmes » de sa tension artérielle, des « épisodes de grave détresse et de douleurs thoraciques aiguës ». Après avoir repris connaissance, elle a refusé dans un premier temps d’être transférée, craignant un traitement inadéquat, mais une nouvelle syncope a rendu l’hospitalisation inévitable.

Un transfert jugé « trop tard » par ses proches

La Fondation Narges Mohammadi a qualifié ce transfert d’« acte désespéré de dernière minute, qui risque d’intervenir trop tard pour répondre à ses besoins critiques ». Elle souligne que l’hospitalisation survient « après cent quarante jours de négligence médicale systématique », depuis son arrestation le 12 décembre 2025. Le frère de la militante, Hamidreza Mohammadi, basé à Oslo, a déclaré dans un message audio que sa famille « se bat pour sa vie ». Il a ajouté: « Ma famille en Iran fait tout ce qu’elle peut. Mais les procureurs de Zandjan bloquent tout. »

Des soins spécialisés refusés malgré les recommandations

Selon la fondation, les médecins de la prison ont constaté que l’état de Narges Mohammadi ne pouvait être pris en charge sur place, malgré des recommandations répétées préconisant qu’elle soit traitée par son équipe spécialisée à Téhéran. Une commission avait recommandé de suspendre sa peine pendant un mois pour raisons médicales, mais cette décision a été refusée. La fondation affirme que le procureur de Zandjan a subordonné cette suspension à l’avis du procureur de Téhéran, en violation de l’article 513 du code de procédure pénale et de l’article 246 du règlement pénitentiaire. La justice a ordonné que ses soins soient dispensés dans les hôpitaux de Zandjan.

Un passé médical lourd et des antécédents de maltraitance

Narges Mohammadi souffre d’une maladie cardiaque avérée et a subi plusieurs crises cardiaques pendant son incarcération, avant une intervention chirurgicale d’urgence en 2022. Selon son avocat, elle avait déjà bénéficié de la pose d’un stent. Sa famille avait signalé en février une dégradation de son état, imputable en partie à des coups reçus lors de son arrestation en décembre. Son frère a raconté que plusieurs hommes l’avaient frappée à coups de poing et de pied aux côtes, à la tête et au cou. Le comité Nobel norvégien s’était alors déclaré « profondément horrifié par des rapports crédibles décrivant l’arrestation brutale, les mauvais traitements physiques et continus mettant en danger la vie » de la militante.

Un parcours de militante entravé par la répression

Narges Mohammadi a passé de nombreuses années derrière les barreaux pour son engagement contre la peine de mort et le code vestimentaire strict imposé aux Iraniennes. Arrêtée en novembre 2021, elle purgeait déjà une peine de treize ans et neuf mois pour « complot contre la sécurité de l’État » et « propagande contre le gouvernement iranien », mais avait été mise en liberté conditionnelle fin 2024 pour raisons médicales. Le 12 décembre 2025, elle a été arrêtée à Machhad, dans le nord-est du pays, avec d’autres militants, après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort. En février, elle a été condamnée à six années supplémentaires de prison pour atteinte à la sécurité nationale et un an et demi pour propagande contre le système islamique. Elle a alors mené une grève de la faim d’une semaine pour réclamer le droit de téléphoner.

L’appel du comité Nobel et les craintes pour sa vie

Le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, a appelé les autorités iraniennes à transférer « immédiatement » Narges Mohammadi vers son équipe médicale à Téhéran. « Sans un tel traitement, sa vie reste en danger », a-t-il déclaré. « Sa vie est maintenant dans les mains des autorités iraniennes. » La fondation exige sa « libération immédiate et inconditionnelle » et sa prise en charge par son équipe médicale spécialisée à Téhéran. Elle insiste: « Son maintien en détention constitue une menace directe et immédiate pour son droit à la vie. »

Un symbole de la résistance iranienne

En 2023, Narges Mohammadi est devenue la cinquième personne à se voir décerner le prix Nobel de la paix au cours d’une incarcération, amplifiant sa voix en faveur des vastes protestations qui avaient secoué l’Iran après la mort de Mahsa Amini en 2022. Sa désignation avait suscité la fureur de la théocratie chiite au pouvoir, qui avait alourdi sa peine et ordonné à des gardiens de la brutaliser, elle et d’autres détenues, à la prison d’Evin. Aujourd’hui, alors que son état de santé reste critique, son sort cristallise les inquiétudes de la communauté internationale et des défenseurs des droits humains, qui redoutent que l’inaction des autorités iraniennes ne conduise à une issue fatale.

À retenir

  • Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, a été hospitalisée d'urgence après deux pertes de connaissance et une crise cardiaque en mars.
  • Son transfert à l'hôpital de Zanjan est intervenu après 140 jours de ce que sa fondation appelle une « négligence médicale systématique ».
  • Sa famille et ses avocats réclament depuis des semaines son transfert vers une équipe spécialisée à Téhéran, mais les autorités ont bloqué cette demande.
  • Le comité Nobel norvégien a appelé à son transfert immédiat, estimant que sa vie est en danger.
  • Narges Mohammadi a été arrêtée le 12 décembre 2025 à Machhad et condamnée en février à six ans de prison supplémentaires.
  • Son état de santé s'est dégradé en partie à cause de coups reçus lors de son arrestation, selon son frère.
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