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Alexis Dipanda Mouelle, l’ancien président de la Cour suprême camerounaise, est mort à 84 ans

Figure centrale de la magistrature, il avait validé la controversée présidentielle de 1992 et présidé la plus haute juridiction pendant près d’un quart de siècle.

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Alexis Dipanda Mouelle, l’ancien président de la Cour suprême camerounaise, est mort à 84 ans
Figure centrale de la magistrature, il avait validé la controversée présidentielle de 1992 et présidé la plus haute juriCrédit · 237online.com

Les faits

  • Décès le 4 mai 2026 à l’Hôpital général de Douala, des suites de maladie.
  • Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki (Littoral).
  • Intègre la magistrature le 29 novembre 1965 après des études à l’Université de Paris.
  • Premier président de la Cour suprême du 30 mai 1990 à décembre 2014 (24 ans).
  • Valide la réélection de Paul Biya en 1992 avec 39,98 % des voix face à Ni John Fru Ndi (35,9 %).
  • A présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture.
  • Mis à la retraite par décret en 2014 après l’affaire Atangana Mebara.
  • Son épouse est décédée trois mois avant lui.

Le dernier témoin de la construction de l’État de droit s’éteint

Alexis Dipanda Mouelle est mort au petit matin du lundi 4 mai 2026 à l’Hôpital général de Douala. Il avait 84 ans. Le magistrat hors échelle disparaît quelques mois seulement après son épouse, emporté par la maladie. L’annonce a été faite par le journaliste Christophe Bobiokono, directeur de publication du journal Kalara. « Le départ d’une grande figure de la magistrature camerounaise », a-t-il écrit. Avec lui s’éteint l’un des derniers témoins vivants de la construction de l’État de droit camerounais.

Un parcours forgé aux lendemains des indépendances

Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki, dans la commune de Bonaléa (région du Littoral), Alexis Dipanda Mouelle obtient son baccalauréat en 1959. Il intègre l’Université fédérale du Cameroun en 1960, faisant partie de la première promotion de la Faculté de droit. Après sa licence, il poursuit ses études en France et obtient en 1965 un DES et un DEA d’études judiciaires à l’Université de Paris. Il intègre la magistrature camerounaise le 29 novembre 1965. Nommé juge au Tribunal hors classe de Yaoundé, il cumule les fonctions de juge suppléant et de conseiller en service extraordinaire à l’ancienne Cour fédérale de justice.

L’ascension méthodique jusqu’à la tête de la Cour suprême

Le 14 août 1971, il est nommé président du Tribunal de première instance de Foumban, puis chef du Service des professions judiciaires à la Direction du contrôle des Services judiciaires du ministère de la Justice en octobre 1972. De 1975 à 1980, il occupe la fonction de procureur général près la Cour d’appel du Littoral à Douala. Le 26 septembre 1980, il devient secrétaire général du ministère de la Justice. Il fait son entrée à la Cour suprême en décembre 1986 en tant que procureur général près de la Cour suprême. Le 30 mai 1990, il est nommé premier président de la Cour suprême du Cameroun, poste qu’il occupe pendant 24 ans, jusqu’en décembre 2014.

La présidentielle de 1992, un scrutin qui marque son héritage

Le nom de Dipanda Mouelle reste indissociable de l’élection présidentielle d’octobre 1992, organisée dans un contexte de retour au multipartisme. La Cour suprême, alors compétente pour proclamer les résultats, valide la réélection de Paul Biya avec 39,98 % des voix, contre 35,9 % pour Ni John Fru Ndi. La décision, rendue après une longue lecture des procès-verbaux à la télévision nationale, suscite des contestations. L’opposition, convaincue de la victoire de son candidat, dénonce des fraudes. Cette validation reste l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire politique camerounaise.

Une carrière internationale et une retraite forcée

Au-delà des frontières, Alexis Dipanda Mouelle a présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture. Il a également été membre de l’Institut international de droit d’expression et d’inspirations françaises (Idef) et membre de la Chambre d’arbitrage de la Cour internationale de justice de La Haye. Sa mise à la retraite en décembre 2014 est intervenue après l’affaire Atangana Mebara, où il s’était opposé au pouvoir en plaidant pour la libération de l’ancien secrétaire général de la présidence. Le décret de mise à la retraite a été signé par Paul Biya. Son successeur, Daniel Mekobe Sone, lui a été substitué à l’issue du Conseil supérieur de la magistrature.

Une fin de vie apaisée et un héritage contrasté

Après sa sortie forcée, ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme apaisé. N’ayant plus rien à perdre, il plaidait ouvertement pour la libération de certains détenus de l’opération Épervier dont il estimait l’innocence établie. Une cohérence tardive, mais réelle. Avec sa disparition, c’est une mémoire vivante du droit camerounais qui s’éteint. Des générations entières de magistrats se sont formées dans l’ombre de sa stature. La République perd un grand serviteur, la justice camerounaise l’un de ses visages les plus emblématiques.

À retenir

  • Alexis Dipanda Mouelle, ancien premier président de la Cour suprême, est décédé le 4 mai 2026 à Douala à 84 ans.
  • Il a validé la présidentielle de 1992, l’une des plus controversées du Cameroun, donnant Paul Biya vainqueur avec 39,98 % des voix.
  • Il a présidé la Cour suprême pendant 24 ans, de 1990 à 2014.
  • Sa mise à la retraite en 2014 est liée à l’affaire Atangana Mebara, où il s’est opposé au pouvoir.
  • Il a également présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture.
  • Son épouse est décédée trois mois avant lui.
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