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La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains, un geste politique plus qu'économique

À compter du 1er mai 2026, Pékin étend l'exonération tarifaire à presque tout le continent, mais l'impact sur les échanges reste marginal, selon les experts.

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La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains, un geste politique plus qu'économique
À compter du 1er mai 2026, Pékin étend l'exonération tarifaire à presque tout le continent, mais l'impact sur les échangCrédit · BBC

Les faits

  • La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains à partir du 1er mai 2026.
  • L'Eswatini est exclu en raison de ses relations diplomatiques avec Taïwan.
  • La mesure est en vigueur jusqu'au 30 avril 2028.
  • 96 % des produits africains bénéficiaient déjà d'une absence de prélèvements douaniers avant la réforme.
  • Le déficit commercial de l'Afrique vis-à-vis de la Chine dépasse 100 milliards de dollars.
  • Les gains attendus pour les exportateurs africains sont estimés entre 100 et 300 millions de dollars.
  • Les États-Unis ont imposé des droits de douane allant jusqu'à 30 % sur certains produits africains en août 2025.

Une exonération quasi totale, sauf pour un pays

Depuis le 1er mai 2026, la Chine a supprimé les droits de douane sur les produits importés de 53 pays africains, une mesure qui restera en vigueur jusqu'au 30 avril 2028. Seul l'Eswatini, qui entretient des relations diplomatiques avec Taïwan, est exclu de ce régime de faveur. Pékin se présente ainsi comme la première grande économie à offrir un traitement tarifaire unilatéral à droit nul à l'Afrique. Cette décision élargit une politique déjà amorcée en décembre 2024, qui concernait alors 33 pays parmi les moins avancés. Désormais, presque tout le continent est couvert, à l'exception notable du royaume d'Afrique australe. Les autorités chinoises n'ont pas précisé ce qui adviendrait après la date butoir de 2028.

Un impact économique limité par les structures existantes

Malgré l'ampleur politique du geste, son effet économique est jugé modeste par les analystes. L'économiste et sinologue Thierry Pairault rappelle qu'un empilement de dispositifs tarifaires favorables existait déjà: la Chine appliquait des tarifs nuls pour de nombreux produits africains, des préférences dans le cadre de l'OMC, et une tarification spéciale pour les pays les moins avancés. Résultat: 96 % des produits bénéficiaient déjà d'une absence de prélèvements douaniers avant la réforme. Les principaux produits exportés par l'Afrique vers la Chine sont des matières premières — pétrole brut, minerais — déjà peu ou pas taxées. « Pour le pétrole brut, c'est la même chose, le gain est nul », explique Thierry Pairault. Émilie Laffiteau, chercheuse spécialiste de l'Afrique subsaharienne à l'Iris, confirme: « Cette suppression des droits de douane est assez relative, puisque déjà les produits africains allant vers la Chine étaient peu taxés jusque-là. »

Des obstacles sanitaires et administratifs persistent

Les rares gains potentiels concernent certains produits agricoles ou transformés, comme le cacao transformé, qui aurait pu bénéficier d'un meilleur accès au marché chinois. Mais Thierry Pairault souligne que l'industrie chocolatière chinoise, naissante, est très protégée. À défaut de barrières tarifaires, ce sont désormais « des barrières sanitaires et administratives qui risquent de bloquer » les exportations africaines. Dans ces conditions, difficile d'espérer un effet d'entraînement sur l'industrialisation du continent. Les estimations des économistes tablent sur des gains de 100 à 300 millions de dollars au maximum, un montant dérisoire face au déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine, qui dépasse les 100 milliards de dollars. « Ce n'est pas ça qui va aider à combler son déficit ou aller vraiment vers l'avant », insiste Thierry Pairault.

Un calcul géopolitique dans un contexte de tensions commerciales

Cette réforme est avant tout politique. Alors que les États-Unis, en août 2025, ont imposé des droits de douane allant jusqu'à 30 % sur certains produits africains (la plupart étant désormais soumis à un taux de 10 % après une décision de la Cour suprême américaine), la Chine se positionne à l'inverse comme un acteur ouvert. « Si vous, d'un côté, avez les États-Unis qui disent j'augmente, de l'autre qui disent je baisse, il est évident que l'image de marque de la Chine gagne », observe Thierry Pairault. Lauren Johnston, chercheuse senior à l'AustChina Institute, abonde: « La Chine se positionne comme le champion de la libéralisation commerciale et un partenaire économique favorable à l'Afrique, contrairement à Donald Trump et aux États-Unis. » Pékin cherche ainsi à renforcer son soft power sur le continent, tout en sécurisant ses approvisionnements en matières premières essentielles à son industrie.

Des bénéfices marginaux pour certains pays, mais pas de transformation structurelle

Certains pays pourraient tirer des bénéfices marginaux de cette mesure, notamment les « agro-exportateurs solides tels que le Maroc, l'Afrique du Sud ou la Côte d'Ivoire », estime Émilie Laffiteau. Mais elle prévient: « Cette mesure ne va pas structurellement transformer l'asymétrie des échanges », et risque au contraire de la prolonger. L'extension du régime de droits de douane nuls pourrait accroître les exportations agricoles africaines, ce qui, « contribuera à augmenter les revenus ruraux, à améliorer la productivité rurale et, à terme, à réduire la faim et la pauvreté ». Pour la première fois, la Chine va plus loin que l'Union européenne dans l'ouverture tarifaire envers l'Afrique, note Thierry Pairault. Mais derrière l'affichage d'une ouverture commerciale, ce sont surtout des considérations géopolitiques qui motivent ces suppressions de droits de douane. La Chine entend sécuriser son approvisionnement en matières premières tout en soignant son image de partenaire bienveillant.

À retenir

  • La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains à partir du 1er mai 2026, à l'exception de l'Eswatini.
  • 96 % des produits africains étaient déjà exonérés de droits avant cette mesure, limitant son impact économique.
  • Les gains attendus pour l'Afrique sont estimés entre 100 et 300 millions de dollars, face à un déficit commercial de plus de 100 milliards.
  • Les barrières sanitaires et administratives chinoises remplacent les barrières tarifaires pour les produits transformés.
  • Cette décision renforce le soft power chinois face aux hausses de droits de douane américains.
  • La mesure ne modifie pas structurellement l'asymétrie des échanges entre la Chine et l'Afrique.
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