Au Cameroun, l’électricien Eneo devient Socadel, une société publique au capital de 43,9 milliards FCFA
Le président Paul Biya a signé le 4 mai 2026 le décret transformant l’ancien opérateur privé en entreprise d’État, marquant la fin de deux décennies de gestion mixte du secteur électrique.

CAMEROON —
Les faits
- Eneo devient Socadel (Société Camerounaise d’Électricité) par décret présidentiel du 4 mai 2026.
- L’État est actionnaire unique à 100 %, avec un capital social de 43 903 690 000 FCFA.
- Le rachat des 51 % d’Actis par l’État a été finalisé le 10 février 2026 pour 78 milliards FCFA.
- Oumarou Hamandjoda, ancien directeur général adjoint d’Eneo, est nommé directeur général de Socadel le 5 mai 2026.
- Le conseil d’administration de Socadel compte huit membres, dont les DG de Sonatrel et EDC.
- Socadel n’est pas soumise au Code des marchés publics mais reste régie par les règles des entreprises publiques.
- La convention de concession d’Eneo est transférée à Socadel, sous réserve d’adaptations.
- L’entreprise a changé quatre fois de nom depuis sa création en 1974: Sonel, AES Sonel, Eneo, Socadel.
Un décret qui tourne la page de la gestion privée
Le 4 mai 2026, le président camerounais Paul Biya a signé un décret transformant Eneo Cameroon SA en Société Camerounaise d’Électricité (Socadel), une entreprise publique détenue à 100 % par l’État. Le texte officialise le retour du secteur électrique sous contrôle étatique, après plus de deux décennies de partenariat avec des actionnaires privés. Le capital social de la nouvelle entité est fixé à 43 903 690 000 FCFA, soit environ 43,9 milliards de francs CFA. Son siège est établi à Douala, avec la possibilité d’être déplacé sur le territoire national par décision du conseil d’administration, approuvée par l’assemblée générale. Socadel est dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Elle reprend l’ensemble des activités d’Eneo: production, transport, distribution, importation et exportation d’électricité.
Le rachat des parts d’Actis, prélude à la renationalisation
L’opération de transformation s’inscrit dans le prolongement du rachat, le 10 février 2026, des 51 % de parts détenues par le fonds britannique Actis dans Eneo, pour un montant de 78 milliards FCFA. Ce rachat avait porté la participation de l’État à 95 %, les 5 % restants étant alors réservés aux employés. Le décret du 4 mai parachève ce mouvement en faisant de l’État l’actionnaire unique. Les statuts de Socadel, approuvés le même jour, précisent qu’au 17 février 2026, l’État a racheté la totalité des actions de Cameroon Power Holdings S.A., la société holding d’Actis. La nouvelle structure prévoit toutefois une possible ouverture future du capital à d’autres actionnaires, publics ou privés, selon des modalités qui restent à définir.
Un conseil d’administration nommé, un directeur général issu de l’ex-Eneo
Par un autre décret signé le 4 mai, le président de la République a nommé les huit membres du conseil d’administration de Socadel pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Parmi eux figurent Antoine Ntsimi (personnalité choisie par le chef de l’État), Fidèle Makonda (représentant de la Présidence), Célestin Chameni Nemboua (Services du Premier ministre), Adolphe Thome (ministère de l’Eau et de l’Énergie), Gilbert Didier Edoa (ministère des Finances), Ahmat Tom (ministère de l’Économie), Victor Mbeumi Nyaknga (DG de Sonatrel) et Théodore Nsangou (DG d’EDC). Le représentant du personnel sera désigné ultérieurement. Le 5 mai, le conseil d’administration, présidé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie Gaston Eloundou Essomba, a nommé Oumarou Hamandjoda au poste de directeur général de Socadel. Jusque-là directeur général adjoint d’Eneo, Hamandjoda est ingénieur polytechnicien et professeur d’université. Il avait rejoint Eneo en août 2009 après avoir travaillé au Secrétariat général de la présidence de la République entre 2003 et 2009. Basile Ekobena a été nommé directeur général adjoint pour seconder Hamandjoda dans sa mission de restructuration de la production et de la distribution électrique.
Un capital social de 43,9 milliards FCFA et des règles dérogatoires
Les statuts de Socadel fixent son capital à 43 903 690 000 FCFA, une somme qui reflète la valorisation de l’ex-Eneo après le rachat des parts privées. La société bénéficie d’une dérogation notable: elle n’est pas soumise au Code des marchés publics, bien qu’elle reste tenue par les dispositions communes applicables aux entreprises publiques. Sur le plan opérationnel, Socadel est constituée prioritairement du personnel de l’ex-Eneo. La convention de concession qui liait l’État à Eneo est transférée à la nouvelle entité, sous réserve de la prise en compte d’éléments nouveaux ou spécifiques. Le texte précise également que le directeur général et son adjoint sont nommés par le conseil d’administration sur proposition de l’actionnaire unique, ce qui donne à l’État un contrôle direct sur la direction de l’entreprise.
De la Sonel à Socadel: vingt-deux ans de va-et-vient entre public et privé
L’histoire de l’opérateur électrique camerounais est marquée par quatre changements de nom et de statut. Tout commence le 18 mai 1974 avec la création de la Société Nationale d’Électricité du Cameroun (Sonel), qui absorbe Powercam en 1975. En 2001, sous la pression des institutions de Bretton Woods, l’État privatise la Sonel. L’américain AES Corporation, via sa filiale AES Sirocco Limited, prend le contrôle et la société devient AES Sonel. En mai 2014, le fonds britannique Actis rachète les parts d’AES et rebaptise l’entreprise Eneo Cameroon SA le 12 septembre 2014. La répartition du capital se stabilise en 2017: Actis 51 %, État 44 %, personnel 5 %. Fin 2025, l’État rachète les 51 % d’Actis pour 78 milliards FCFA, une opération présentée comme stratégique pour la souveraineté nationale. Le 4 mai 2026, le décret présidentiel transforme Eneo en Socadel, bouclant la boucle d’un retour au contrôle public intégral.
Les défis opérationnels et financiers demeurent
Si la reprise en main par l’État règle la question du contrôle capitalistique, elle ne résout pas automatiquement les problèmes structurels du secteur. Avant le rachat, Eneo était confronté à un endettement massif et à des tensions récurrentes dans la chaîne électrique, qui expliquent en partie l’urgence stratégique de l’opération. La performance opérationnelle et le financement des investissements restent des enjeux cruciaux. Le nouveau directeur général, Oumarou Hamandjoda, hérite d’une entreprise fragilisée, où les coupures et les déficits de production sont fréquents. Par ailleurs, la transformation d’Eneo en Socadel ne signifie pas un retour à un monopole public absolu: d’autres acteurs comme Sonatrel (transport) et EDC (développement) continuent d’intervenir dans le secteur, et leurs dirigeants siègent au conseil d’administration de la nouvelle société.
Une nouvelle ère pour l’électricité camerounaise
La naissance de Socadel marque un tournant institutionnel et politique. L’État ne se contente plus d’être majoritaire: il assume désormais seul la responsabilité actionnariale et stratégique de l’opérateur historique. Cette mutation intervient dans un contexte où la demande énergétique croît rapidement et où les investissements nécessaires à la modernisation du réseau sont colossaux. La possibilité d’une ouverture future du capital à des partenaires privés ou publics laisse entrevoir une flexibilité, mais pour l’instant, l’État camerounais mise sur un contrôle total pour redresser l’entreprise. Les prochains mois seront décisifs pour juger de la capacité de Socadel à améliorer la qualité et la fiabilité de l’approvisionnement électrique dans le pays. Le choix d’Oumarou Hamandjoda, un technicien rompu aux rouages de l’ex-Eneo, suggère une volonté de continuité dans la gestion, tout en ouvrant une nouvelle séquence marquée par la mainmise de l’État.
À retenir
- Eneo est remplacé par Socadel, société publique à capitaux 100 % étatiques, après le rachat des parts d’Actis pour 78 milliards FCFA.
- Le capital social de Socadel est de 43,9 milliards FCFA, et son siège est à Douala.
- Oumarou Hamandjoda, ex-DGA d’Eneo, est nommé DG; Basile Ekobena est DGA.
- Le conseil d’administration de huit membres inclut des représentants de l’État et des dirigeants de Sonatrel et EDC.
- Socadel n’est pas soumise au Code des marchés publics mais reste régie par les règles des entreprises publiques.
- La renationalisation ne résout pas les défis de l’endettement, de la performance opérationnelle et du financement des investissements.






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