Paul Biya entame son huitième mandat sous haute tension après une élection contestée
Le président de 92 ans promet que « l'ordre règnera », tandis que l'opposition dénonce une répression accrue et que les violences post-électorales ont fait plusieurs morts.

CAMEROON —
Les faits
- Paul Biya, 92 ans, a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 avec 53,66 % des voix.
- Son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, a obtenu 35,19 % des suffrages et conteste les résultats qu'il qualifie de « truqués ».
- Biya a prêté serment le 6 novembre 2025 pour un huitième mandat consécutif, prolongeant son règne de 43 ans.
- Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et Garoua, avec des scènes de pillage, d'incendies et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
- Une jeune enseignante a été mortellement blessée à Garoua lors des échauffourées.
- Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a annoncé plusieurs interpellations et la transmission d'une vingtaine de dossiers à la justice militaire.
- L'opposant Anicet Ekane, soutien de Tchiroma Bakary, est mort en détention.
- Plusieurs ONG font état d'une quarantaine de morts dans les violences post-électorales.
Un discours d'investiture martial
Le 6 novembre 2025, Paul Biya a prêté serment pour un huitième mandat à la tête du Cameroun, entamé après sa réélection controversée du 12 octobre. Dans son discours d'investiture, le chef de l'État de 92 ans, le plus âgé du monde, a lancé un avertissement sans équivoque: « Le Cameroun n'a pas besoin d'une crise électorale dont les conséquences pourraient être dramatiques, comme cela s'est vu sous d'autres cieux. Il est de ma responsabilité de veiller à ce que l'ordre soit maintenu. Je puis vous l'assurer, l'ordre règnera. » Cette déclaration intervient alors que le pays est secoué par des violences post-électorales. Biya a lui-même évoqué « des scènes de pillage et de vandalisme d'une violence inouïe, des incendies, des destructions des biens publics et privés, des attaques contre les forces de l'ordre et des pertes en vies humaines ». Le ton martial du président a ravivé les craintes d'une répression accrue.
Des résultats contestés et une opposition fragmentée
Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages, devant Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de la Communication et candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), crédité de 35,19 % des voix. Dès le lendemain du scrutin, Tchiroma Bakary s'est déclaré vainqueur, dénonçant des résultats « truqués ». La contestation peine toutefois à se structurer. Les divisions internes et le manque de coordination entre les partis d'opposition fragilisent le mouvement, selon des observateurs. Maurice Kamto, principal opposant, avait été disqualifié, ouvrant un espace que Tchiroma Bakary tente d'occuper. Depuis l'exil, ce dernier a appelé à trois journées « ville morte ».
Violences et répression dans les grandes villes
À Garoua, fief de Tchiroma Bakary dans le Nord, des centaines de jeunes ont affronté les forces de l'ordre à coups de pierre et de barricades. Des tirs de sommation ont retenti, et une jeune enseignante a été mortellement blessée, selon des sources policières. À Yaoundé, le quartier de Tsinga a connu des scènes similaires: jets de gaz lacrymogène, dispersions violentes, arrestations. La manifestation, vite contenue, a duré moins d'une heure. À Douala, dans le quartier populaire de New-Bell, la circulation a été interdite et des motos-taxis saisies. Les préfets des régions concernées ont pris des arrêtés pour rétablir l'ordre public.fié ces mesures par la nécessité d'éviter « toute déstabilisation ». Les ONG locales dénoncent un « usage disproportionné de la force » et un verrouillage de l'espace public. Plusieurs organisations rapportent une quarantaine de morts dans les violences post-électorales.
Arrestations et procédures judiciaires
Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a annoncé « plusieurs interpellations » et la transmission d'une vingtaine de dossiers à la justice militaire pour « insurrection et incitation à la révolte ». Une antenne de l'office électoral a été attaquée à Douala.e multiplient les patrouilles, les points de contrôle et les arrestations préventives. Des coupures de connexion Internet ont été signalées dans plusieurs quartiers de la capitale. L'opposant Anicet Ekane, soutien de Tchiroma Bakary, est mort en détention, suscitant l'indignation des familles de détenus qui dénoncent une injustice. Des appels à la libération des personnes arrêtées lors des manifestations fusent de toutes parts.
Un pouvoir aux mains d'un homme énigmatique
Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, est connu pour son style de leadership énigmatique. Il convoque rarement des réunions officielles du cabinet et s'exprime peu publiquement sur des sujets complexes. Ses longs séjours à l'étranger, notamment à l'hôtel Intercontinental de Genève, alimentent les spéculations sur sa capacité à gouverner. L'année dernière, après un discours en France et un sommet Chine-Afrique à Pékin, il a disparu de la scène publique pendant près de six semaines, sans explication. L'influent secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, est souvent considéré comme le véritable décideur. Cette opacité entretient un climat d'incertitude quant aux objectifs du gouvernement et à l'élaboration des politiques.
Entre apaisement et crainte d'un durcissement
Dans le camp présidentiel, on se veut rassurant. Elvis Ngole Ngole, membre du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), estime que le discours de Biya est « de nature à apaiser les tensions post-électorales » et que le président a « tendu la main aux autres pour un rassemblement national ». Albert Mbida, ancien sénateur RDPC, ajoute que Biya a « demandé qu'on ne détruise pas notre bien le plus précieux ». Mais l'opposition reste sceptique. Emmanuel Simh, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), redoute une répression accrue, citant la phrase du premier président Ahidjo: « l'ordre régnera par tous les moyens ». Le politologue Jules Domche juge que le discours de Biya ne changera pas les tensions et que l'issue dépendra de ses actes et de l'attitude de Tchiroma Bakary. Célestin Bedzigui, président du Parti de l'alliance libérale (Pal), appelle à « faire prévaloir l'approche politique » et regrette que Biya n'ait pas insisté sur les « mains tendues et l'union sacrée ».
Quelles perspectives pour le Cameroun?
Alors que Biya entame son huitième mandat, le pays reste profondément divisé. La prestation de serment a conclu le processus institutionnel, mais la légitimité du président est contestée, comme en témoigne le suivi du mot d'ordre de « villes mortes » dans plusieurs localités importantes. Les appels au dialogue se multiplient, mais la répression semble se renforcer. Les prochains jours seront décisifs: Biya devra choisir entre une main tendue et une poigne de fer. L'opposition, bien que fragmentée, capitalise sur une colère réelle. Le risque d'une crise prolongée est réel, d'autant que les violences ont déjà fait des dizaines de morts et que les arrestations se poursuivent. Le Cameroun retient son souffle.
À retenir
- Paul Biya a été réélu avec 53,66 % des voix, mais l'opposition conteste les résultats et revendique la victoire.
- Les violences post-électorales ont fait une quarantaine de morts, selon des ONG, et des arrestations massives ont eu lieu.
- Le président a promis que « l'ordre règnera », suscitant des craintes de répression accrue.
- L'opposition est fragmentée, mais la colère populaire est réelle, notamment dans les bastions de Tchiroma Bakary.
- Le style de gouvernance opaque de Biya et ses absences prolongées alimentent les doutes sur sa capacité à gouverner.
- L'avenir politique du Cameroun dépendra des actes de Biya et de la capacité de l'opposition à se structurer.






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