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WhatsApp face à un tournant réglementaire et technique en Europe et dans le monde

Entre l'obligation d'interopérabilité imposée par Bruxelles, le blocage en Russie et l'abandon des anciens Android, la messagerie de Meta multiplie les chantiers.

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WhatsApp face à un tournant réglementaire et technique en Europe et dans le monde
Entre l'obligation d'interopérabilité imposée par Bruxelles, le blocage en Russie et l'abandon des anciens Android, la mCrédit · AP News

Les faits

  • WhatsApp doit se conformer au DMA en permettant l'interopérabilité avec d'autres messageries, avec des tests sur Birdychat et Haiket.
  • La Commission européenne enquête sur Meta pour abus de position dominante lié à l'accès payant aux assistants IA dans WhatsApp Business.
  • WhatsApp cessera de fonctionner sur Android 5.0 et 5.1 à partir du 8 septembre 2026, affectant principalement les marchés émergents.
  • Le Kremlin a confirmé le blocage de WhatsApp en Russie, accusant Meta de pousser les utilisateurs vers une application de surveillance d'État.
  • Meta teste un abonnement payant WhatsApp Plus à 2,49 euros par mois en Europe, avec des fonctionnalités d'interface améliorées.
  • WhatsApp déploie des comptes supervisés pour les enfants de moins de 13 ans, sans accès à Meta IA, aux statuts ni aux chaînes.
  • Les chaînes WhatsApp ont dépassé 45 millions d'utilisateurs mensuels dans l'UE, déclenchant des règles européennes renforcées.

Bruxelles impose l'ouverture de WhatsApp aux messageries concurrentes

Meta, propriétaire de WhatsApp, s'apprête à déployer une fonctionnalité d'interopérabilité exigée par le règlement sur les marchés numériques (DMA), entré en vigueur en janvier 2024. Les utilisateurs européens pourront bientôt échanger messages, images, messages vocaux, vidéos et fichiers avec des interlocuteurs présents sur d'autres applications de messagerie. Dans un premier temps, seules les applications Birdychat (pour les échanges professionnels) et Haiket (pour la communication vocale) seront concernées. Meta a indiqué avoir travaillé en collaboration avec la Commission européenne pour répondre à ses exigences, et précise que les applications tierces devront utiliser le même niveau de chiffrement de bout en bout que WhatsApp. Une notification explicative apparaîtra dans les paramètres de l'application dans les prochaines semaines.

Bruxelles enquête sur l'accès payant aux assistants IA dans WhatsApp Business

Parallèlement, la Commission européenne a ouvert une enquête visant Meta pour abus de position dominante. Bruxelles soupçonne le groupe américain d'empêcher d'autres fournisseurs d'outils d'intelligence artificielle de proposer leurs services dans les chaînes WhatsApp Business, en rendant l'accès payant pour les assistants IA concurrents. Cette pratique pourrait freiner la concurrence sur le marché des outils d'IA destinés aux entreprises. La Commission envisage de prendre des mesures temporaires pour rétablir un accès équitable, selon des sources proches du dossier.

WhatsApp abandonne Android 5.0 et 5.1, un impact concentré sur les marchés émergents

À partir du 8 septembre 2026, WhatsApp ne fonctionnera plus sur les smartphones équipés d'Android 5.0 et 5.1. L'application affiche déjà un message d'avertissement sur les appareils concernés, tant pour WhatsApp Messenger que pour WhatsApp Business. En France, l'impact sera marginal, mais la décision touche principalement des pays comme l'Inde, le Brésil, le Pakistan et plusieurs nations d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, où les anciens appareils restent largement répandus. Les utilisateurs concernés sont invités à sauvegarder leurs conversations via Google Drive ou par sauvegarde locale avant la date limite, ou à migrer vers un appareil compatible. Les iPhone sous iOS 15.1 ou supérieur ne sont pas affectés.

Le Kremlin bloque WhatsApp et pousse vers une application d'État

Le gouvernement russe a confirmé le blocage de WhatsApp sur son territoire, une décision que Meta a qualifiée de tentative de « pousser les gens vers une application de surveillance détenue par l'État ». La filiale de Meta avait dénoncé cette mesure mercredi, soulignant que le blocage visait à restreindre l'accès à une messagerie chiffrée. Cette action s'inscrit dans un contexte de durcissement du contrôle de l'information en Russie, où les autorités cherchent à limiter l'usage de plateformes étrangères au profit d'outils nationaux.

Vers un WhatsApp payant? Meta teste un abonnement à 2,49 euros par mois

Meta a confirmé tester une version payante de WhatsApp, baptisée WhatsApp Plus, qui offrirait des fonctionnalités supplémentaires. Selon des informations de WABetaInfo, le tarif de l'abonnement pourrait être de 2,49 euros par mois en Europe, bien que Meta n'ait pas encore officialisé ce montant. Les avantages de l'abonnement concerneraient principalement l'interface de l'application, sans précision supplémentaire. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de monétisation de la plateforme, alors que WhatsApp cherche à diversifier ses revenus au-delà de la publicité et des services aux entreprises.

Noms d'utilisateur et comptes supervisés: WhatsApp teste de nouvelles fonctionnalités

WhatsApp expérimente actuellement un système de noms d'utilisateur, permettant de communiquer sans partager son numéro de téléphone. Cette fonctionnalité, encore en phase de test, répond à une demande croissante de confidentialité. Par ailleurs, Meta a annoncé le déploiement de comptes supervisés pour les enfants de moins de 13 ans. Ces comptes n'autoriseront que l'accès à la messagerie et aux appels, excluant des fonctionnalités comme Meta IA, les statuts et les chaînes, pourtant prisées des adolescents. La date de mise en place en France n'est pas encore connue.

Un paysage réglementaire en pleine évolution pour les messageries privées

Les chercheuses Mariana Olaizola Rosenblat et Katharina Zuegel ont souligné dans une tribune que les messageries privées comme WhatsApp et Telegram constituent un « angle mort » des efforts de lutte contre la désinformation. Elles observent que la réglementation distinguant communications « publiques » et « privées » ne reflète plus la réalité de leur fonctionnement. WhatsApp, qui a déjà franchi le seuil de 45 millions d'utilisateurs mensuels pour ses chaînes dans l'UE, se trouve désormais soumis à des règles européennes renforcées. Entre les exigences du DMA, l'enquête sur l'IA et les évolutions techniques, la messagerie de Meta traverse une période de transformation accélérée, où enjeux de concurrence, de sécurité et de monétisation s'entremêlent.

À retenir

  • WhatsApp doit ouvrir ses services à des messageries tierces en Europe d'ici les prochains mois, sous la pression du DMA.
  • La Commission européenne enquête sur Meta pour avoir restreint l'accès des assistants IA concurrents dans WhatsApp Business.
  • L'abandon d'Android 5.0 et 5.1 au 8 septembre 2026 touche principalement les utilisateurs de pays émergents, où ces versions sont encore répandues.
  • La Russie a bloqué WhatsApp, accusant Meta de favoriser une application de surveillance d'État, dans un contexte de contrôle accru de l'information.
  • Meta teste un abonnement payant WhatsApp Plus à 2,49 euros par mois, marquant une évolution vers la monétisation de la plateforme.
  • Les nouvelles fonctionnalités (noms d'utilisateur, comptes supervisés) et les contraintes réglementaires redéfinissent le positionnement de WhatsApp face à Telegram et Signal.
Galerie
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