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Procès libyen : Sarkozy contre-attaque avec une clé USB, Guéant persiste par écrit

L'ancien président français a dégainé des preuves numériques pour détourner l'attention des accusations de son ex-bras droit, tandis que la cour examine des flux de 6 millions d'euros.

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Procès libyen : Sarkozy contre-attaque avec une clé USB, Guéant persiste par écrit
L'ancien président français a dégainé des preuves numériques pour détourner l'attention des accusations de son ex-bras dCrédit · BFM

Les faits

  • Nicolas Sarkozy est jugé en appel pour financement libyen présumé de sa campagne de 2007.
  • Claude Guéant a adressé deux attestations écrites à la cour, datées des 11 et 26 avril.
  • Une clé USB produite par la défense montre des virements de près de 3 millions d'euros au fils d'Abdallah Senoussi.
  • Sur 6 millions d'euros envoyés par les Libyens, la moitié aurait été reversée à des proches de Senoussi.
  • Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, a été condamné à perpétuité pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989.
  • Sarkozy a déclaré: 'Je ne dis pas que M. Guéant ment, je dis que sa mémoire a évolué'.
  • L'audience du 29 avril a été marquée par des échanges tendus entre Sarkozy et les avocats de partie civile.

Une contre-attaque numérique au cœur des débats

Nicolas Sarkozy a ouvert un nouveau front mercredi 29 avril devant la cour d'appel de Paris, en produisant une clé USB qui, selon ses avocats, prouve que près de 3 millions d'euros sur les 6 millions envoyés par les Libyens ont été reversés au fils d'Abdallah Senoussi, le chef des renseignements libyens. L'ancien président a exprimé sa 'fureur' et son 'indignation' face à ce qu'il qualifie de 'tableau implacable', dénonçant le temps mis par la justice pour découvrir ces éléments. Cette offensive intervient alors que Claude Guéant, son ancien secrétaire général de l'Élysée, empêché par sa santé d'assister aux débats, a adressé deux attestations écrites qui fragilisent la défense de Sarkozy. La première, datée du 11 avril, affirme que Sarkozy lui aurait demandé d'examiner le sort de Senoussi. La seconde, du 26 avril, contredit les dénégations de l'ancien chef de l'État.

Les lettres de Guéant: une mémoire qui évolue

Face aux écrits de Guéant, Sarkozy a adopté une posture prudente, évitant de mettre en cause la probité de son ancien bras droit. 'Je ne dis pas qu'il ment, je dis que sa mémoire a évolué', a-t-il déclaré, évoquant des faits vieux de dix-neuf ans. Cette ligne de défense contraste avec la rupture survenue lors du procès en première instance, où Sarkozy avait vivement contesté les accusations de son ex-collaborateur. Les deux attestations de Guéant, lues en audience par le président Olivier Géron, esquissent une version alternative des faits. Le préfet octogénaire, dispensé d'audience pour raisons médicales, y décrit des discussions avec Sarkozy sur le dossier Senoussi, que l'ancien président nie avoir eues. La cour examine désormais si ces échanges ont pu servir de monnaie d'échange pour un financement occulte.

Le spectre d'Abdallah Senoussi et les 6 millions d'euros

Au cœur de l'affaire se trouve Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et ancien patron du renseignement militaire libyen, condamné en France à la réclusion à perpétuité pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989, qui avait fait 170 morts, dont 142 Français. Selon l'accusation, Kadhafi aurait financé la campagne de Sarkozy en échange de la levée du mandat d'arrêt international visant Senoussi. Les avocats de Sarkozy ont produit des chiffres montrant que sur les 6 millions d'euros transférés par les Libyens, la moitié aurait été reversée à des proches de Senoussi, notamment à son fils. Cette révélation vise à démontrer que l'argent n'était pas destiné à la campagne électorale, mais à des circuits libyens. L'effet d'audience est garanti, même si la solidité des calculs reste à vérifier.

Tensions et accusations de peur à l'audience

L'audience a été marquée par un échange tendu entre Sarkozy et Me Vincent Brengarth, avocat de partie civile. Ce dernier a estimé que la 'certaine tension' affichée par l'ancien président traduisait 'de la peur'. Sarkozy, de son côté, a vivement réagi à l'exploitation de la clé USB, s'écriant: 'C'est horrible qu'il ait fallu dix ans pour trouver cela'. Les avocats de la défense doivent interroger Sarkozy dans l'après-midi, tandis que la cour poursuit l'examen des preuves. Le procès en appel, ouvert il y a sept semaines, porte sur des accusations d'association de malfaiteurs, après une condamnation en première instance pour un seul chef sur quatre.

Un procès aux ramifications multiples

Cette affaire dépasse le simple financement de campagne. Elle implique des enjeux diplomatiques et judiciaires liés à la Libye post-Kadhafi, ainsi que des questions sur l'intégrité des plus hauts responsables français. Les témoignages de Guéant et les preuves numériques de la défense créent un récit complexe, où la mémoire des acteurs et la fiabilité des documents sont au centre des débats. Alors que la cour d'appel doit encore entendre plusieurs témoins, l'issue du procès reste incertaine. Les prochaines audiences permettront de déterminer si la contre-attaque de Sarkozy suffit à ébranler l'accusation, ou si les lettres de Guéant scellent sa condamnation.

À retenir

  • Nicolas Sarkozy a produit une clé USB montrant que 3 millions d'euros sur 6 millions ont été reversés à des proches de Senoussi, contestant l'accusation de financement de campagne.
  • Claude Guéant a adressé deux attestations écrites contredisant la défense de Sarkozy, affirmant que ce dernier avait discuté du sort de Senoussi.
  • Abdallah Senoussi, condamné pour l'attentat du DC-10 d'UTA, est au centre des négociations présumées entre la Libye et la France.
  • Sarkozy a évité d'accuser Guéant de mensonge, préférant invoquer des 'évolutions de mémoire' sur des faits vieux de 19 ans.
  • L'audience a été marquée par des tensions, un avocat de partie civile estimant que la réaction de Sarkozy traduisait 'de la peur'.
  • Le procès en appel se poursuit, avec des enjeux qui dépassent le simple financement électoral pour toucher à la diplomatie et à la justice internationale.
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