À Amboise, une maison abandonnée depuis 17 ans défie les permis de construire
Au pied du château royal, un immeuble en ruine accumule les nuisances tandis que la justice accorde un sursis au restaurant La Terrasse, accablé par les travaux.

FRANCE —
Les faits
- Maison abandonnée au 26 bis rue de la Concorde depuis 17 ans.
- Quatre permis de construire déposés sans qu'aucun chantier ne démarre.
- Prix au mètre carré annoncé entre 6 000 et 6 500 euros.
- Restaurant La Terrasse a évité le redressement judiciaire le 27 avril 2026.
- Déficit de 168 000 euros pour La Terrasse.
- Indemnisation municipale de 5 800 euros jugée insuffisante par la directrice.
- Travaux de voirie et de sécurisation du château ont duré deux ans au lieu de six mois.
Une façade qui s'effondre sous les yeux des riverains
Au pied du château royal d'Amboise, là où les touristes lèvent les yeux vers les remparts, une autre façade attire désormais les regards. Pas pour ses pierres blondes, mais pour leur chute. Au 26 bis, rue de la Concorde, une maison abandonnée depuis près de dix-sept ans s'effrite lentement, au rythme des permis de construire qui se succèdent sans jamais déboucher sur un chantier. « Ça fait quatre permis en dix-sept ans. Et toujours rien », lâche un couple de riverains, qui préfère rester anonyme. Dans un classeur épais, ils alignent courriers, pétitions, relances. Des démarches entamées dès 2020, reprises en 2021, puis en 2025, sans effet notable. « On a écrit au maire, au député… On nous renvoie de l'un à l'autre. Et pendant ce temps, la maison se dégrade. »
Un projet immobilier fantôme de sept logements
Le projet, porté par des investisseurs, prévoit la création de plusieurs appartements dans cet immeuble idéalement situé. Sur le papier, sept logements. Dans la réalité, rien ne bouge. Ou presque. Les prix annoncés – autour de 6 000 à 6 500 € le m² selon les documents consultés – refroidiraient les acquéreurs potentiels. « Faut pas s'étonner que ça ne se vende pas », soupire le voisin. En attendant, ce sont les habitants immédiats qui encaissent. « J'ai récupéré des pierres tombées sur notre balcon », raconte l'un d'eux. La toiture s'affaisse, les huisseries sont ouvertes, les vitres brisées. À l'intérieur, pigeons et rongeurs ont pris leurs quartiers. À l'extérieur, les herbes folles gagnent du terrain.
Squat et sécurité: l'impuissance des riverains
La maison a même été squattée. « On a appelé la police municipale pour faire fermer. On nous disait qu'on n'avait pas le droit d'intervenir, que c'était privé. » Finalement, les forces de l'ordre viendront sécuriser sommairement les lieux. « Mais ça reste facilement accessible. » Les riverains dénoncent un dossier bloqué et des nuisances croissantes. Malgré quatre permis de construire, aucun projet n'aboutit, laissant la bâtisse se dégrader davantage.
La Terrasse obtient un sursis judiciaire
C'est une nouvelle chance qui s'offre à La Terrasse, qui jouait sa survie, lundi 27 avril 2026, devant le tribunal de commerce. Mardi 28, sa directrice, Chloé Delaygue a annoncé que cette institution amboisienne de la rue Victor-Hugo avait passé l'écueil avec succès. « Pas de redressement », a-t-elle annoncé, ce qui signifie que la justice lui fait confiance pour redresser la barre. La situation était critique pour le restaurant qui fait face aux aléas, depuis deux ans, entre travaux de voirie, péril du château, fermeture administrative due au péril du château et bisbilles avec la municipalité. Jeudi 23 avril, Chloé Delaygue avait même annoncé l'ouverture d'une cagnotte Leetchi pour combler un « trou béant » de 168 000 € dans les finances de l'établissement.
Un déficit de 168 000 euros et une indemnisation jugée dérisoire
Le déficit de l'entreprise atteint 168 000 euros. Malgré une clientèle revenue, l'établissement peine à se relever après cette période difficile. « Nous avons des factures à régler, mais la trésorerie est au plus bas en raison des fermetures administratives des derniers mois », explique Chloé Delaygue. « Les aides de la mairie, quant à elles, ne sont pas suffisantes pour couvrir nos pertes », insiste-t-elle. Après deux ans de travaux, la mairie a proposé une indemnisation de 5 800 euros à La Terrasse, un montant jugé dérisoire par Delaygue. « Cette somme ne reflète pas l'ampleur de notre préjudice. Les travaux prévus pour six mois ont duré deux ans », martèle la restauratrice, soulignant le poids que ces événements ont sur ses finances.
La mairie défend son traitement des demandes d'indemnisation
De son côté, la mairie d'Amboise défend sa position en rappelant que d'autres commerces touchés par les mêmes travaux ont accepté des propositions d'indemnisation similaires. Nolwenn Vaillant, déléguée au commerce et tourisme de la ville, souligne: « Nous avons suivi les recommandations pour garantir un traitement juste des demandes d'indemnisation. » Elle assure également que la municipalité reste en contact avec La Terrasse pour discuter de ses préoccupations. Pour tenter de renverser la tendance avant le jugement, Chloé Delaygue a lancé une collecte en ligne pour soutenir son restaurant, faisant appel à la générosité des habitants et des habitués. La Terrasse avait multiplié les actions pour tenter de faire face aux difficultés: concerts, événements solidaires, kermesses, bons cadeaux, vidéos, horaires élargis, ouverture le 31 décembre, vacances réduites, etc.
Deux dossiers qui illustrent les tensions entre privé et public à Amboise
Ces deux affaires, bien que distinctes, révèlent les difficultés de la ville à concilier intérêts privés et action publique. D'un côté, une maison abandonnée dont les permis de construire restent lettre morte, laissant les riverains subir les nuisances. De l'autre, un restaurant emblématique qui a frôlé la liquidation à cause de travaux publics prolongés, et qui juge l'indemnisation insuffisante. Dans les deux cas, les habitants et commerçants se sentent démunis face à des blocages administratifs ou à des décisions municipales contestées. L'avenir de ces dossiers reste incertain, mais ils posent la question de la responsabilité des acteurs publics et privés dans la gestion du patrimoine et de l'activité économique locale.
À retenir
- Une maison abandonnée depuis 17 ans au pied du château d'Amboise cumule quatre permis de construire sans réalisation, provoquant nuisances et insécurité.
- Les riverains, après des années de démarches infructueuses, dénoncent l'inaction des autorités face à un bien privé en dégradation.
- Le restaurant La Terrasse a évité le redressement judiciaire le 27 avril 2026, mais reste fragilisé par un déficit de 168 000 euros.
- La mairie a proposé une indemnisation de 5 800 euros pour deux ans de travaux, jugée insuffisante par la direction du restaurant.
- Les deux affaires illustrent les tensions entre intérêts privés et gestion publique à Amboise, sans issue claire à ce stade.





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