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Poutine décrète une trêve unilatérale les 8 et 9 mai, menaçant Kiev de représailles massives

Moscou annonce un cessez-le-feu pour les commémorations du 9 mai, tandis que Zelensky riposte par une trêve anticipée et que l'armée russe perd du terrain pour la première fois depuis 2023.

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Poutine décrète une trêve unilatérale les 8 et 9 mai, menaçant Kiev de représailles massives
Moscou annonce un cessez-le-feu pour les commémorations du 9 mai, tandis que Zelensky riposte par une trêve anticipée etCrédit · Orange Actualités

Les faits

  • La Russie observe un cessez-le-feu unilatéral les 8 et 9 mai 2026, ordonné par Vladimir Poutine.
  • Le ministère russe de la Défense menace d'une frappe massive de missiles sur le centre de Kiev si l'Ukraine perturbe les célébrations du 81e anniversaire de la Victoire.
  • Volodymyr Zelensky annonce une trêve ukrainienne du 5 au 6 mai, affirmant n'avoir reçu aucune proposition officielle de Moscou.
  • La zone occupée par la Russie en Ukraine a diminué de 120 km² en avril, première baisse depuis la contre-offensive ukrainienne de l'été 2023.
  • Le Royaume-Uni entame des négociations avec l'UE pour que ses équipementiers militaires bénéficient du prêt de 90 milliards d'euros accordé à Kiev.
  • L'Autriche expulse trois employés de l'ambassade de Russie soupçonnés d'espionnage, dénonçant un « problème de sécurité ».
  • Une frappe de missile russe sur Merefa (oblast de Kharkiv) fait au moins six morts et plus de trente blessés, dont un enfant de deux ans.

Un cessez-le-feu sous condition de menace

La Russie a annoncé lundi 4 mai un cessez-le-feu unilatéral avec l'Ukraine pour les 8 et 9 mai, afin de commémorer le 81e anniversaire de la victoire soviétique contre l'Allemagne nazie en 1945. Dans un message publié sur MAX, une application de messagerie soutenue par l'État, le ministère russe de la Défense a précisé que cette décision émanait du Commandant suprême des forces armées, Vladimir Poutine. Mais l'annonce était assortie d'une menace explicite: si le « régime de Kiev » tentait de perturber les célébrations, « les forces armées russes lanceront une frappe massive de missiles de représailles sur le centre de Kiev ». Cette formulation, reprise dans le communiqué officiel, place la trêve sous la condition d'un comportement ukrainien conforme aux attentes russes.

Zelensky dénonce une proposition « pas sérieuse » et annonce sa propre trêve

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié l'initiative russe de « pas sérieuse », soulignant que Kiev n'avait reçu aucune demande officielle concernant les modalités d'une cessation des hostilités. Dans un message publié sur X, il a déclaré: « À ce jour, il n'y a eu aucune demande officielle adressée à l'Ukraine concernant les modalités d'une cessation des hostilités dont il est question sur les réseaux sociaux russes. » En réponse, Zelensky a annoncé un cessez-le-feu ukrainien unilatéral à partir de minuit dans la nuit du 5 au 6 mai, soit deux jours avant la trêve russe. Cette décision semble viser à reprendre l'initiative et à démontrer la volonté de paix de Kiev, tout en contournant le cadre imposé par Moscou.

Sur le terrain, les combats ne faiblissent pas

Malgré les annonces de trêve, les hostilités se poursuivent. Lundi, une frappe de missile russe en plein jour a frappé la ville de Merefa, dans l'oblast de Kharkiv, faisant au moins six morts et plus de trente blessés, dont un enfant de deux ans, selon les autorités ukrainiennes. Le gouverneur régional Oleg Syniehoubov a précisé que dix maisons, un immeuble administratif, quatre commerces, un garage automobile et un restaurant avaient été endommagés. Cette attaque illustre la contradiction entre le discours de trêve et la réalité des opérations militaires. Le même jour, le ministère russe de la Défense annonçait un cessez-le-feu pour les 8 et 9 mai, mais les frappes se poursuivent sans interruption.

La Russie perd du terrain pour la première fois depuis 2023

Selon les données de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), la zone occupée par la Russie en Ukraine a diminué de quelque 120 km² entre mars et avril 2026. Il s'agit de la première baisse depuis la contre-offensive ukrainienne de l'été 2023. Toutefois, le recul n'est pas total: des militaires russes restent infiltrés dans les trois quarts des zones où l'Ukraine a regagné du terrain. Cette évolution pourrait expliquer en partie la décision russe de proposer une trêve, afin de geler les positions et de consolider les gains restants. Mais elle montre aussi que l'armée ukrainienne conserve une capacité de reconquête, même limitée.

Le Royaume-Uni négocie pour accéder au prêt européen de 90 milliards d'euros

Le Royaume-Uni a annoncé lundi l'ouverture de négociations avec Bruxelles pour permettre à ses équipementiers militaires de bénéficier de contrats d'armement en Ukraine, financés par le prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'Union européenne à Kiev. Ce prêt, définitivement validé en avril après la levée d'un veto hongrois, est destiné à renforcer les capacités de défense ukrainiennes. Le premier ministre britannique Keir Starmer, s'exprimant lors d'un sommet européen en Arménie, a salué cette initiative: « C'est une très bonne chose pour l'Ukraine, car elle lui apportera des capacités dont elle a désespérément besoin en cette cinquième année de conflit. » Il a ajouté que cela créerait des emplois au Royaume-Uni et renforcerait les relations entre Londres et l'UE.

L'Autriche expulse trois diplomates russes pour espionnage

Le gouvernement autrichien a confirmé lundi l'expulsion de trois employés de l'ambassade de Russie, soupçonnés d'espionnage. La ministre des Affaires étrangères Beate Meinl-Reisinger a promis un « changement de cap » face à ce « problème de sécurité ». Selon le groupe audiovisuel public ORF, les installations russes à Vienne pourraient servir à espionner les organisations internationales présentes en Autriche, comme l'ONU, l'OPEP ou l'OSCE. « En ce qui concerne la forêt d'antennes à la représentation russe, il est inacceptable que l'immunité diplomatique soit utilisée pour mener des activités d'espionnage », a déclaré la ministre. Vienne est régulièrement décrite comme un nid d'espions russes, avec environ 220 employés accrédités à l'ambassade de Russie, dans un cadre législatif jugé laxiste.

Entre trêve et escalade, l'issue du conflit reste incertaine

Les annonces de cessez-le-feu des deux camps, bien que non coordonnées, créent une fenêtre de réduction des hostilités, mais les menaces et les frappes en cours montrent que la méfiance demeure totale. La proposition russe, assortie d'une menace de frappe sur Kiev, semble davantage un outil de propagande qu'une véritable offre de paix. Pendant ce temps, les pertes territoriales russes et les nouvelles initiatives diplomatiques et économiques (prêt européen, négociations britanniques) indiquent que le conflit entre dans une phase où les équilibres militaires et les soutiens internationaux évoluent. La cinquième année de guerre s'annonce décisive, mais aucune issue immédiate ne se profile.

À retenir

  • La Russie décrète une trêve unilatérale les 8 et 9 mai, mais menace Kiev de représailles massives en cas de perturbation des célébrations du 9 mai.
  • L'Ukraine annonce sa propre trêve du 5 au 6 mai, rejetant l'initiative russe comme non sérieuse et non officielle.
  • Les combats se poursuivent: une frappe russe à Merefa fait six morts et plus de trente blessés le jour même de l'annonce de la trêve.
  • La zone occupée par la Russie a diminué de 120 km² en avril, première baisse depuis l'été 2023, selon l'ISW.
  • Le Royaume-Uni négocie avec l'UE pour que ses entreprises d'armement bénéficient du prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.
  • L'Autriche expulse trois diplomates russes pour espionnage, dénonçant l'utilisation abusive de l'immunité diplomatique.
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