Musique

Abattage de 1 071 arbres sur le Ballon d'Alsace : Christian Prudhomme assure que le Tour de France n'est pas à l'origine de la décision

Le directeur du Tour de France défend un chantier de sécurisation « prévu de longue date », tandis que quatre associations environnementales dénoncent un « massacre » en pleine période de reproduction.

5 min
Abattage de 1 071 arbres sur le Ballon d'Alsace : Christian Prudhomme assure que le Tour de France n'est pas à l'origine de la décision
Le directeur du Tour de France défend un chantier de sécurisation « prévu de longue date », tandis que quatre associatioCrédit · Le Figaro

Les faits

  • 1 071 arbres seront abattus sur 4,5 km de route au Ballon d'Alsace.
  • Le chantier a été « accéléré à l’aune d’une plus grande fréquentation prévisible par le public » du Tour de France, selon la préfecture du Haut-Rhin.
  • Quatre associations de protection de l'environnement alsaciennes ont critiqué le timing, en « pleine période de reproduction ».
  • La zone est classée Natura 2000, un statut de protection écologique.
  • Christian Prudhomme a déclaré que la décision d'abattage a été prise en 2023, avant que le Tour ne choisisse l'itinéraire 2026.
  • La directrice de l'agence départementale ONH Haut-Rhin, Stéphanie Rauscent, a indiqué que le dossier « date d'une décennie » et concerne des troncs « dépérissants ».
  • Les associations menacent de poursuites judiciaires si les travaux ne sont pas conformes à la légalité.

Un chantier polémique à l'approche du Tour de France

Le 18 juillet prochain, la 14e étape du Tour de France reliera Mulhouse au Markstein, empruntant la route du Ballon d'Alsace. Mais ce passage est éclipsé par une vive controverse: l'abattage de plus de 800 arbres – 1 071 exactement, selon la préfecture du Haut-Rhin – sur près de 4,5 kilomètres. Quatre associations de protection de l'environnement alsaciennes ont dénoncé un chantier « profondément » problématique, tant par ses méthodes que par son calendrier. Le patron du Tour de France, Christian Prudhomme, a tenté d'éteindre l'incendie dans un entretien à L'Alsace ce jeudi. « Huit cents arbres qui sont abattus, ça choque tout le monde, y compris moi », a-t-il reconnu, avant de préciser que la décision de couper les arbres « a été prise en 2023 », soit avant que le parcours du Tour 2026 ne soit arrêté. « À cette époque, personne ne savait qu'on viendrait en 2026 », a-t-il insisté.

Sécurisation ou prétexte? Les arguments des parties

La préfecture justifie l'opération par la nécessité de sécuriser l'axe routier, un chantier « prévu de longue date » mais « accéléré à l’aune d’une plus grande fréquentation prévisible par le public » du Tour. Christian Prudhomme a repris cet argument: « C'est d’abord une mesure de sécurisation. Je pense surtout aux gens qui risquaient de se prendre un arbre sur la tête si on ne les avait pas coupés. » Mais les associations environnementales ne sont pas convaincues. Dans un communiqué, elles estiment que « si la sécurisation des routes peut constituer un objectif légitime, la période des travaux et les méthodes employées interrogent profondément ». Elles redoutent surtout les conséquences sur un site « particulièrement sensible d’un point de vue écologique », classé Natura 2000, en « pleine période de reproduction ».

Le Tour, simple accélérateur, selon Prudhomme

Christian Prudhomme a reconnu que le Tour de France agit comme un « accélérateur de travaux », mais il a fermement nié toute responsabilité directe. « On ne va jamais demander quoi que ce soit, bien évidemment », a-t-il affirmé. « Le Tour arrive donc quand les mesures de sécurisation sont prises. Mais peut-être auraient-elles dû être prises avant? Je n’en sais rien. On ne demande jamais de construire des routes. » La directrice de l'agence départementale ONH Haut-Rhin, Stéphanie Rauscent, a confirmé que le dossier « date d'une décennie », évoquant des troncs « dépérissants » qui nécessitaient une intervention. De son côté, la préfecture a précisé que 1 071 troncs seront coupés, un chiffre légèrement supérieur aux 800 initialement avancés.

Un site classé Natura 2000 en danger

Le Ballon d'Alsace est un sommet emblématique des Vosges, classé Natura 2000, un réseau européen de sites écologiques protégés. Les associations craignent que l'abattage massif ne perturbe gravement la faune et la flore locales, notamment les espèces nicheuses en cette période de reproduction. Elles réclament « toute la transparence sur les modalités administratives et réglementaires » du chantier. Christian Prudhomme a tenté de rassurer: « Le Tour se nourrit des beautés de la France, on n'a pas envie d'abîmer la France. » Mais cette déclaration n'a pas apaisé les critiques, d'autant que le nombre d'arbres abattus dépasse les premières estimations.

Des suites juridiques possibles

Les associations n'excluent pas de saisir la justice si les travaux ne respectent pas la légalité. « Nous pourrions engager des suites juridiques si les travaux ne sont pas conformes », ont-elles prévenu. Le timing du chantier, accéléré pour coïncider avec le passage du Tour, pourrait être contesté au regard des réglementations environnementales. Pour l'instant, la préfecture et les services de l'État assurent que tout est en règle. Mais la polémique grandit, alimentée par les images des troncs abattus sur l'un des plus beaux cols de la région. Le Tour de France, qui se veut ambassadeur des paysages français, se trouve pris dans une controverse qui pourrait ternir son image.

Un précédent qui interroge

Cette affaire n'est pas isolée. Dans le passé, le Tour a déjà été accusé de favoriser des aménagements routiers contestés pour faciliter le passage de la caravane. Mais Christian Prudhomme a toujours nié toute pression: « On n'a pas envie d'abîmer la France », a-t-il répété. Pourtant, le lien entre le Tour et les travaux est difficile à nier. La préfecture elle-même admet que le chantier a été « accéléré » en raison de la « plus grande fréquentation prévisible » liée à l'événement. Reste à savoir si cette accélération est compatible avec les impératifs écologiques d'un site Natura 2000.

À retenir

  • 1 071 arbres seront abattus sur 4,5 km au Ballon d'Alsace, un site classé Natura 2000, pour sécuriser la route avant le passage du Tour de France le 18 juillet.
  • Christian Prudhomme affirme que la décision d'abattage date de 2023, avant que le Tour ne choisisse cet itinéraire, et que le Tour n'a jamais demandé ces travaux.
  • La préfecture du Haut-Rhin reconnaît une accélération du chantier en raison de la fréquentation attendue du Tour.
  • Quatre associations environnementales dénoncent un chantier en pleine période de reproduction et menacent de poursuites judiciaires.
  • Le dossier de sécurisation de la route remonte à une décennie, selon la directrice de l'agence ONH Haut-Rhin, qui évoque des arbres dépérissants.
  • La polémique oppose la nécessité de sécurisation routière à la protection d'un écosystème sensible, dans un contexte de sensibilité écologique croissante.
Pour aller plus loin