Dans le détroit d'Ormuz, 20 000 marins bloqués subissent une « crise humanitaire »
Rationnés en eau et en vivres, les équipages sont pris au piège entre les eaux iraniennes et les manœuvres diplomatiques des armateurs.

FRANCE —
Les faits
- 20 000 marins sont bloqués dans le détroit d'Ormuz.
- La Fédération des officiers de la Marine marchande CGT alerte sur un rationnement en eau potable et en vivres.
- Emmanuel Chalard, secrétaire général de la fédération, qualifie la situation de « crise humanitaire ».
- Des navires sous libre immatriculation sont particulièrement exposés aux pénuries.
- Des fausses agences iraniennes proposent de faux droits de passage.
- Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dénonce l'entrave à la liberté de navigation.
- La Maison Blanche étudie une nouvelle proposition de l'Iran pour débloquer le détroit.
- Les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'OPEP.
Des marins rationnés et sans visibilité
Vingt mille marins sont pris au piège dans le détroit d'Ormuz, dont la situation se dégrade « terriblement », secrétaire général de la Fédération des officiers de la Marine marchande CGT. « Ces marins sont rationnés en eau potable, en vivres, c'est un crime humanitaire », a-t-il alerté vendredi 1er mai sur franceinfo. La crise est particulièrement aiguë pour ceux qui se trouvent du côté des eaux iraniennes, où « aucune visibilité » n'est offerte sur une éventuelle évacuation. « On est inquiet pour la majorité des marins sur la zone », a ajouté Chalard, appelant à une évacuation d'urgence.
Des inégalités criantes entre les navires
Tous les équipages ne sont pas logés à la même enseigne, a expliqué Chalard le 22 avril. Les navires « sous libre immatriculation », dont il est difficile d'identifier le propriétaire et l'affréteur, sont « particulièrement exposés à des pénuries de vivre, en plus des conditions sanitaires à bord qui sont compliquées ». À l'inverse, d'autres marins peuvent se ravitailler mais « ne savent pas trop ce qu'ils vont pouvoir faire de ce navire et quel intérêt ils ont de rester dans cette zone ». L'absence de diplomatie internationale pousse les armateurs à organiser leur propre diplomatie avec les autorités iraniennes pour obtenir des droits de passage.
Des profiteurs de guerre et des fausses agences
Emmanuel Chalard a dénoncé l'émergence de « profiteurs de guerre » qui se sont mis en place avec de fausses agences iraniennes. Ces dernières donnent « soi-disant des autorisations de passer le détroit » et « mettent des tensions sur le passage ». Ces pratiques aggravent l'incertitude et le danger pour les équipages déjà éprouvés. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exprimé sa vive inquiétude devant la presse: « Je suis très inquiet concernant la restriction des droits et libertés de navigation dans la zone du détroit d'Ormuz, qui entrave la distribution du pétrole, du gaz, des engrais et d'autres matières premières critiques (...) et étrangle l'économie mondiale. »
Des tentatives diplomatiques et un retrait surprise
Parallèlement, la Maison Blanche étudie une nouvelle proposition de l'Iran pour débloquer le détroit d'Ormuz, selon des informations non confirmées. De leur côté, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait surprise de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), invoquant « l'intérêt national ». Ce départ marque un revers pour l'alliance pétrolière, déjà ébranlée par la guerre au Moyen-Orient. Dans la région, les tensions restent vives. Jeudi soir, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés dans le ciel de Téhéran pour faire face à de petits aéronefs et des drones de reconnaissance, selon les agences Tasnim et Fars. Le bruit de la défense a cessé après environ vingt minutes, et la situation est redevenue « normale ».
Un conflit aux répercussions mondiales
Le président iranien Massoud Pezeshkian a écrit sur X que « ce qui est accompli sous le couvert d'un blocus naval est un prolongement des opérations militaires contre un pays qui paie le prix de sa résistance et de son indépendance », qualifiant la poursuite de cette mesure d'« intolérable ». De son côté, le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a déclaré jeudi que son pays pourrait « devoir agir à nouveau » contre l'Iran pour qu'il ne « redevienne pas une menace pour Israël ». « Il est possible que nous devions bientôt agir à nouveau pour assurer la réalisation de ces objectifs », a-t-il ajouté lors d'une cérémonie militaire.
L'ONU appelle à laisser passer les navires
Antonio Guterres a lancé un appel pressant à « toutes les parties » pour qu'elles laissent passer les navires. « Comme lors de tout conflit, l'humanité entière paie le prix, même si quelques-uns engrangent d'énormes bénéfices. La souffrance se fera sentir pendant encore longtemps », a-t-il averti. Au Royaume-Uni, le Premier ministre a annoncé un projet de loi visant à interdire le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), après une nouvelle attaque antisémite à Londres. Un groupe méconnu, « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya » (Hayi), soupçonné de liens avec l'Iran, a revendiqué une série d'attaques contre la communauté juive au Royaume-Uni et en Europe.
Une issue incertaine pour les marins et l'économie mondiale
Alors que les négociations diplomatiques se poursuivent, les 20 000 marins bloqués dans le détroit d'Ormuz restent dans l'attente d'une solution. La communauté internationale est confrontée à un dilemme: comment concilier les intérêts stratégiques des États riverains avec l'urgence humanitaire et la liberté de navigation, essentielle à l'économie mondiale? Le secrétaire général de l'ONU a résumé l'enjeu: la restriction de la navigation dans le détroit « étrangle l'économie mondiale ». Pendant ce temps, les armateurs tentent de négocier des passages au cas par cas, mais les fausses agences et les profiteurs de guerre compliquent encore la donne. La crise humanitaire dans le détroit d'Ormuz n'est pas près de se résoudre.
À retenir
- 20 000 marins sont bloqués dans le détroit d'Ormuz, rationnés en eau et en vivres, dans une situation qualifiée de « crime humanitaire ».
- Les navires sous libre immatriculation sont les plus vulnérables aux pénuries, tandis que d'autres peuvent se ravitailler mais restent sans perspective.
- Des fausses agences iraniennes proposent de faux droits de passage, aggravant l'incertitude pour les équipages.
- La Maison Blanche étudie une proposition iranienne pour débloquer le détroit, tandis que les Émirats arabes unis quittent l'OPEP.
- L'ONU appelle à la liberté de navigation, essentielle pour l'économie mondiale, alors que les tensions régionales persistent.
- Le conflit a des répercussions mondiales, notamment sur les prix du pétrole et la sécurité maritime.

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