Dominique Rocheteau : les huit minutes et trente-deux secondes qui hantent le football français
Il y a cinquante ans, l'ailier stéphanois entrait en finale de la Coupe d'Europe diminué par une blessure, offrant un éclair de génie trop bref pour changer l'histoire.

FRANCE —
Les faits
- Dominique Rocheteau, 20 ans en 1975-1976, est révélé lors d'un match amical contre Leeds United le 28 juillet 1975, inscrivant un doublé en sept minutes.
- En huitièmes de finale de la Coupe d'Europe, il marque un but et délivre une passe décisive à Hervé Revelli contre les Glasgow Rangers à Ibrox Park.
- En quarts de finale retour, il inscrit le but décisif permettant à l'ASSE de remonter un retard de deux buts face au Dynamo Kiev, vainqueur 3-0.
- Rocheteau se blesse aux ischio-jambiers en demi-finale, provoquant quatre semaines d'incertitude sur sa participation à la finale.
- Il dispute seulement 8 minutes et 32 secondes de la finale à Glasgow, le 12 mai 1976, après une infiltration.
- Pendant son temps de jeu, il domine son adversaire à quatre reprises et offre le ballon de l'égalisation à Patrick Revelli, qui rate l'occasion.
- Son autobiographie 'Foot sentimental', parue en 2023, consacre un chapitre intitulé 'Le jeu avant le je', en référence à Johan Cruyff.
- L'ASSE avait réalisé un sans-faute à domicile en championnat 1974-1975 (19 victoires en 19 matchs) et atteint les demi-finales de la Coupe d'Europe.
Un espoir charentais devient phénomène européen
Au début de la saison 1975-1976, Dominique Rocheteau n'est encore qu'un espoir. Né à Étaules, en Charente-Maritime, il porte le numéro 13 et n'a pas encore vingt ans. Mais le 28 juillet 1975, tout bascule. Ce soir-là, Leeds United, finaliste malheureux de la dernière Coupe d'Europe, débarque dans un Chaudron plein à craquer. Menés 1-0 à la pause, les Verts sont bousculés. Robert Herbin, l'entraîneur, lance alors le jeune ailier. En sept minutes, de la 62e à la 69e, Rocheteau inscrit un doublé. Le premier but, une frappe sous la barre, est un chef-d'œuvre. Le stade exulte. La rencontre se termine sur un 4-1 éclatant. Une star est née. Le Charentais, décrit comme « rapide, vif, intelligent et offensif », incarne déjà le football que son idole Johan Cruyff prônait: le collectif avant l'individu. Cette philosophie, il l'appliquera toute sa carrière. Son autobiographie, « Foot sentimental », parue en 2023, consacre un chapitre à ce principe, intitulé « Le jeu avant le je ». Rocheteau ne cherche pas la gloire personnelle; il veut faire gagner son équipe.
Glasgow, la révélation puis la blessure
En huitièmes de finale de la Coupe d'Europe, l'ASSE affronte les Glasgow Rangers. Les Écossais arrivent à Saint-Étienne avec des bouteilles de whisky dans leurs valises, convaincus de fêter une victoire. Mais les Verts s'imposent 2-0 grâce à Patrick Revelli et Dominique Bathenay. Au retour, devant 80 000 spectateurs à Ibrox Park, Rocheteau est le meilleur Stéphanois. Il marque d'une frappe du droit après avoir repiqué dans l'axe depuis le côté gauche, puis offre un but à Hervé Revelli. Les Rangers ne peuvent contenir ses qualités. La « Rocheteau mania » gronde en Écosse. Dans les rues de Glasgow, son passage suscite l'enthousiasme. Mais le meilleur reste à venir. En quarts de finale, les Verts sont menés de deux buts après le match aller face au Dynamo Kiev, favori de l'épreuve. Au retour, Rocheteau, perclus de crampes, signe le but qui change tout. Saint-Étienne l'emporte 3-0 et se qualifie pour les demi-finales. La demi-finale, disputée à Eindhoven, offre une qualification pour la grande finale de Glasgow. Mais en cours de match, Rocheteau se claque l'ischio-jambier. Pendant quatre semaines, l'incertitude sur sa présence en finale tient la France en haleine.
Une course contre la montre à Étaules
Pour le soustraire à la pression stéphanoise, le club l'envoie chez lui, à Étaules. Là, il se repose: bateau, pêche, tranquillité. Il entame une course contre la montre. Quarante ans plus tard, il confiera à Vincent Duluc: « Je ne démarrerais pas mais je serais dans le groupe, je serais infiltré pour que je puisse entrer en cours de match. » Trop juste, trop court, trop tout pour espérer débuter à Glasgow. Le 12 mai 1976, Christian Sarramagna est aligné côté gauche. Il sera sans doute le meilleur Vert de la rencontre. Mais les regrets grandiront après les huit minutes et trente-deux secondes que Rocheteau pourra disputer. Entré en jeu, il domine son adversaire direct à quatre reprises, faisant reculer le Bayern Munich de vingt mètres. Il offre même le ballon de l'égalisation à Patrick Revelli, qui rate l'occasion. En pleurs, comme tous ses coéquipiers, il devra vivre le reste de sa carrière avec ce « et si » douloureux.
Les coulisses d'une épopée: tensions et anecdotes
Le parcours européen des Verts en 1976 est aussi marqué par des histoires en coulisses. Christian Lopez, alors jeune défenseur, a failli être viré du centre de formation à 17 ans pour « un comportement pas en adéquation avec ce que l'AS Saint-Étienne représente », selon l'entraîneur Robert Philippe. Après une gifle de son père, il est « rentré dans les rails ». Il remportera ensuite quatre titres de champion, trois Coupes, une finale de Coupe d'Europe et 39 sélections en équipe de France. Osvaldo Piazza, arrivé de Buenos Aires en 1972, a connu des débuts difficiles. « Je passais à travers complètement », avoue-t-il. Robert Herbin le teste à tous les postes, y compris ailier droit. Ce n'est qu'en février 1974 que le « Sphinx » trouve la bonne formule: Piazza en défenseur central, Lopez en libéro, Bathenay en numéro 6. Résultat, un 5-0 à Lescure qui lance Saint-Étienne vers un septième titre. Les relations entre le capitaine Jean-Michel Larqué et le président Roger Rocher sont glaciales à l'été 1975. Rocher oublie de serrer la main de son capitaine dans les vestiaires. Au cœur du conflit, le contrat de Larqué, qui expire en juin 1976, et la crainte de voir le club perdre d'autres cadres comme Salif Keita ou Georges Carnus. Finalement, Larqué reste et guide les Verts jusqu'à la finale.
Un héritage esthétique et technique
Cheveux longs et bouclés, démarche gracieuse, jambes de feu et talent unique: sur un terrain, Dominique Rocheteau était iconique. Capable d'éliminer à peu près n'importe qui, il apportait à une équipe qui ne lâchait rien sa touche technique, sa vitesse d'exécution et une certaine beauté du geste. Son esthétique épousait parfaitement l'époque, et vice-versa. « Rapide, vif, intelligent et offensif: il symbolisait le football que j'aimais », résume-t-il dans son autobiographie, citant indirectement Cruyff. Cette philosophie collective, il l'a appliquée toute sa vie, faisant de lui bien plus qu'un simple dribbleur. Aujourd'hui, cinquante ans après cette finale, le souvenir de ses huit minutes et trente-deux secondes reste vivace. Pour les supporters stéphanois, Rocheteau incarne à la fois le génie et le regret, le talent pur et la fragilité du corps. Son histoire est celle d'un footballeur complet, dont la carrière brillante a été marquée par un seul instant d'impuissance.
À retenir
- Dominique Rocheteau a été révélé au monde lors d'un match amical contre Leeds United en juillet 1975, à 20 ans.
- Sa blessure en demi-finale de la Coupe d'Europe 1976 l'a réduit à 8 minutes et 32 secondes de jeu en finale, un moment de génie trop court.
- Il a incarné une philosophie collective inspirée de Johan Cruyff, résumée dans le chapitre « Le jeu avant le je » de son autobiographie.
- Les tensions internes à l'ASSE (Larqué-Rocher, adaptation de Piazza, avertissement à Lopez) ont jalonné cette épopée européenne.
- Rocheteau reste une figure iconique du football français, alliant esthétique, technique et vitesse, mais hanté par un « et si » douloureux.







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