Monde

Trump menace de réduire les troupes américaines en Italie et en Espagne, accusant ses alliés de l'Otan d'être «odieux»

Le président américain reproche à Rome et Madrid leur manque de soutien dans le conflit iranien, après avoir déjà ciblé l'Allemagne.

5 min
Trump menace de réduire les troupes américaines en Italie et en Espagne, accusant ses alliés de l'Otan d'être «odieux»
Le président américain reproche à Rome et Madrid leur manque de soutien dans le conflit iranien, après avoir déjà ciblé Crédit · BFM

Les faits

  • Donald Trump a déclaré le 30 avril envisager une réduction des forces américaines en Italie et en Espagne.
  • 12 662 soldats américains sont stationnés en Italie, 3 814 en Espagne et 36 436 en Allemagne fin 2025.
  • Trump accuse l'Italie de n'avoir apporté «aucune aide» et l'Espagne d'avoir été «odieuse» sur la guerre en Iran.
  • Le chancelier allemand Friedrich Merz avait estimé que les Américains n'avaient «visiblement aucune stratégie» en Iran.
  • La porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a déclaré que le ministère préparerait des «options crédibles» pour que les alliés jouent pleinement leur rôle.
  • Trump a exhorté Merz à se concentrer sur la guerre en Ukraine plutôt que d'«interférer» dans le dossier iranien.
  • L'Allemagne abrite la base de Ramstein, le commandement américain pour l'Europe et l'Afrique à Stuttgart, et un stock d'armes nucléaires à Büchel.

Une nouvelle escalade verbale contre les alliés européens

Le président américain Donald Trump a annoncé ce jeudi 30 avril envisager «probablement» une réduction des forces armées américaines stationnées en Italie et en Espagne, accusant ces deux alliés de l'Otan de ne pas l'avoir soutenu dans le conflit contre l'Iran. Interrogé dans le Bureau ovale, il a répondu par l'affirmative à la question de savoir s'il réduirait les effectifs: «Probablement, je le ferai sans doute. Pourquoi pas?» Trump a justifié sa décision en affirmant que «l'Italie ne nous a apporté aucune aide» et que «l'Espagne a été odieuse, absolument odieuse». Il reproche à ces partenaires de refuser toute contribution militaire ou logistique aux opérations américaines dans le détroit d'Ormuz, depuis le début du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran. Cette annonce fait suite à des déclarations similaires la veille concernant l'Allemagne, où Trump avait déjà menacé de réduire les troupes après que le chancelier Friedrich Merz a critiqué la stratégie américaine en Iran.

Les effectifs américains en Europe: des chiffres précis

Selon un décompte officiel, fin 2025 l'Italie comptait 12 662 soldats américains en service actif, l'Espagne 3 814 et l'Allemagne 36 436. Ces chiffres montrent l'importance des bases américaines sur le continent, notamment en Allemagne où se trouvent des sites stratégiques comme la base de Ramstein, le commandement pour l'Europe et l'Afrique à Stuttgart, et un stock d'armes nucléaires à Büchel. La présence américaine, bien que réduite depuis la fin de la guerre froide, reste un pilier de la sécurité européenne, en particulier face à la menace russe accrue depuis l'invasion de l'Ukraine. Les menaces de Trump interviennent dans un contexte où il critique régulièrement l'Otan, qu'il accuse de dépendre excessivement de la protection américaine.

La colère de Trump contre le chancelier allemand

Le président américain a renouvelé ses attaques contre Friedrich Merz, l'exhortant à se concentrer sur la guerre en Ukraine plutôt que d'«interférer» dans le dossier iranien. Sur son réseau Truth Social, Trump a écrit: «Le chancelier allemand devrait consacrer plus de temps à mettre fin à la guerre entre la Russie et l'Ukraine (où il s'est montré totalement inefficace!), et à redresser son pays en ruine, notamment en matière d'immigration et d'énergie.» Il a ajouté que Merz devrait «passer moins de temps à interférer dans les efforts déployés pour éliminer la menace nucléaire iranienne». Ces propos font suite aux déclarations de Merz lundi, qui avait estimé que «les Américains [n'avaient] visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale.

La réponse prudente de Berlin et les options du Pentagone

Jeudi, le chancelier allemand n'a pas directement répondu aux menaces de retrait militaire, mais a appelé à un «partenariat transatlantique fiable» au sein de l'Otan. Lors d'un déplacement à Münster pour observer des manœuvres de l'armée de terre, Merz a jugé que l'armée allemande contribuait à une «OTAN forte et unie», notamment sur «des sites stratégiques en Allemagne aux côtés des Etats-Unis». De son côté, la porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a déclaré dans un courriel à l'AFP la semaine dernière: «Le ministère de la Guerre fera en sorte que le président ait à sa disposition des options crédibles afin que nos alliés ne soient plus des tigres de papier, mais jouent pleinement leur rôle.» Cette déclaration suggère que des plans de réduction des troupes pourraient être élaborés.

Un contexte de tensions transatlantiques croissantes

Les menaces de Trump s'inscrivent dans un schéma récurrent: depuis ses deux mandats, il n'a cessé de critiquer l'Otan, agitant la menace d'un désengagement américain. Le conflit iranien, déclenché fin février par des frappes israélo-américaines, a exacerbé les divergences entre Washington et ses alliés européens, qui refusent de participer aux opérations dans le détroit d'Ormuz. Par ailleurs, Trump a eu un entretien téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine, qui a porté principalement sur la fin de la guerre en Ukraine. Cette conversation, couplée aux critiques contre Merz, montre que le président américain cherche à redéfinir les priorités de ses alliés, tout en menaçant de réduire l'engagement militaire américain en Europe.

Les implications pour la sécurité européenne

Si les menaces de Trump se concrétisaient, le retrait des troupes américaines d'Italie, d'Espagne et d'Allemagne affaiblirait considérablement la posture défensive de l'Otan sur le flanc sud et en Europe centrale. La base de Ramstein est cruciale pour les déploiements américains au Moyen-Orient, et le commandement de Stuttgart coordonne les opérations en Europe et en Afrique. La réduction des effectifs pourrait également compromettre la dissuasion face à la Russie, alors que la guerre en Ukraine se poursuit. Les alliés européens, déjà sous pression pour augmenter leurs dépenses de défense, devraient compenser ce vide, ce qui semble difficile à court terme.

Une stratégie de pression aux conséquences incertaines

En menaçant de réduire les troupes, Trump exerce une pression maximale sur ses alliés pour obtenir leur soutien dans le conflit iranien et, plus largement, pour qu'ils assument une plus grande part du fardeau de la défense. Cependant, cette approche risque de fragiliser l'unité de l'Otan et de renforcer les voix européennes favorables à une autonomie stratégique. Pour l'instant, les déclarations de Trump restent des menaces, mais la porte-parole du Pentagone a confirmé que des options crédibles sont préparées. L'évolution de la situation dépendra de la réponse des pays concernés et de l'évolution du conflit iranien. Une chose est sûre: la relation transatlantique n'a jamais été aussi tendue depuis la fin de la guerre froide.

À retenir

  • Donald Trump menace de réduire les troupes américaines en Italie, en Espagne et en Allemagne, accusant ces alliés de l'Otan de manque de soutien dans le conflit iranien.
  • Les effectifs américains en Europe sont importants: 12 662 en Italie, 3 814 en Espagne et 36 436 en Allemagne fin 2025.
  • Le chancelier allemand Friedrich Merz a critiqué la stratégie américaine en Iran, déclenchant la colère de Trump.
  • Le Pentagone prépare des options crédibles pour un éventuel retrait, selon sa porte-parole Kingsley Wilson.
  • Ces menaces interviennent dans un contexte de tensions accrues sur le conflit iranien et la guerre en Ukraine.
  • Un retrait américain affaiblirait la sécurité européenne face à la Russie et compromettrait l'unité de l'Otan.
Galerie
Trump menace de réduire les troupes américaines en Italie et en Espagne, accusant ses alliés de l'Otan d'être «odieux» — image 1Trump menace de réduire les troupes américaines en Italie et en Espagne, accusant ses alliés de l'Otan d'être «odieux» — image 2
Pour aller plus loin