Au Liban-Sud, la stratégie de la terre brûlée d’Israël anéantit des villages entiers
L’armée israélienne a rasé des dizaines de localités près de la frontière, imitant les tactiques employées à Gaza, tandis que les appels au cessez-le-feu restent lettre morte.

LEBANON —
Les faits
- Au moins deux douzaines de villages et villes du sud du Liban ont subi des destructions massives, visibles sur des images satellites.
- Israël a établi une « zone tampon » de plusieurs kilomètres de profondeur qu’il occupe depuis le début de sa nouvelle offensive terrestre en mars.
- Plus de 2 600 personnes ont été tuées au Liban depuis le début de la guerre, selon le ministère libanais de la Santé.
- Plus d’un million de Libanais ont été déplacés par les combats.
- Le cessez-le-feu négocié par les États-Unis a été prolongé jusqu’à la mi-mai, mais les hostilités se poursuivent.
- Le Hezbollah a lancé des centaines de drones, roquettes et missiles antichars vers Israël, tuant au moins 17 soldats israéliens depuis mars.
- Le président libanais Joseph Aoun exige un accord de sécurité avec Israël avant toute rencontre avec le Premier ministre israélien.
Bint Jbeil, une ville fantôme au cœur de la zone tampon
Une rue entière est nivelée. Des maisons et des commerces sont aplatis, y compris un café populaire. Voilà ce qu’il reste de Bint Jbeil, à quelques kilomètres seulement de la frontière israélienne, près de deux mois après qu’Israël a relancé son offensive terrestre dans le sud du Liban. La destruction de cette ville, bastion du Hezbollah, se répète de village en village dans cette région verdoyante aux collines ondulantes. L’armée israélienne a rasé des localités frontalières dans le cadre d’un effort visant à préparer le terrain pour une occupation plus étendue. « Je sens que je vais craquer de colère et de tristesse », confie Nabil Sunbul, 67 ans, qui travaillait dans une boulangerie de Bint Jbeil et a fui à Beyrouth avec seulement quelques affaires. Les images satellites montrent que le quartier où il vivait et travaillait a été gravement endommagé, sans que l’on sache si sa maison a été complètement détruite.
La méthode Gaza importée au Liban
L’approche israélienne, selon le ministre de la Défense Israel Katz, est calquée sur les tactiques employées à Gaza, où l’armée a réduit en ruines des quartiers entiers, des immeubles et des rues. L’analyse d’images satellites, ainsi que de photos et vidéos partagées en ligne et vérifiées par des médias internationaux, révèle l’ampleur de cette campagne. Les démolitions généralisées ont rasé des étendues entières d’au moins deux douzaines de localités près de la frontière, endommageant aussi bien des bâtiments gouvernementaux que des infrastructures civiles, notamment des écoles, des hôpitaux et des mosquées. Les villages ne sont plus que cendres, le blanc des décombres marquant chaque agglomération. L’armée israélienne affirme cibler les infrastructures et positions du Hezbollah. Le groupe soutenu par l’Iran a lancé des centaines de drones, roquettes et missiles antichars vers Israël, tuant au moins 17 soldats israéliens depuis le début du mois de mars, selon l’armée israélienne.
Un bilan humain et matériel catastrophique
Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 2 600 personnes au Liban, selon le ministère libanais de la Santé, dont des journalistes et des travailleurs médicaux, et détruit des infrastructures comme des ponts et des stations-service. Plus d’un million de personnes ont été déplacées. Les combats se poursuivent malgré une trêve négociée par les États-Unis, qui a été prolongée jusqu’à la mi-mai. Le président libanais Joseph Aoun a déclaré lundi qu’un accord de sécurité et la fin des attaques israéliennes étaient nécessaires avant toute rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Par ailleurs, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a déclaré qu’il s’attend à un accord entre les États-Unis et l’Iran ce mois-ci, tandis qu’un député du Hezbollah a appelé à déclarer l’ambassadeur américain persona non grata.
Des accusations de crimes de guerre
Des experts juridiques et des militants des droits de l’homme estiment que le ciblage d’infrastructures civiles ou leur destruction sans justification militaire valable constitue un crime de guerre. Ils s’inquiètent également des déclarations de responsables israéliens qui entendent calquer la destruction au sud du Liban sur celle de Gaza, compte tenu de l’ampleur des destructions et des pertes humaines dans la bande de Gaza. « Détruire délibérément et massivement des biens ou des propriétés civils, en l’absence de toute justification militaire pour une destruction gratuite, est un crime de guerre », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur pour Human Rights Watch au Liban. L’armée israélienne a répondu que ses troupes opéraient « conformément au droit international » et que ses directives autorisent la démolition de structures utilisées à des fins militaires par le Hezbollah ou jugées nécessaires sur le plan opérationnel.
Tensions régionales et menaces de guerre élargie
Le conflit s’inscrit dans un contexte régional tendu. Le président américain Donald Trump a averti lundi que les forces iraniennes seraient « anéanties de la surface de la Terre » si elles tentaient de cibler des navires américains. Les États-Unis ont détruit six bateaux iraniens et abattu des missiles et drones tirés par Téhéran contre des navires de la marine américaine et des navires commerciaux. L’Iran a nié avoir eu un « programme préétabli » pour attaquer des installations pétrolières aux Émirats arabes unis, après que les Émirats ont accusé Téhéran. Deux personnes ont été blessées lorsqu’un immeuble résidentiel a été visé à Oman, le long du détroit d’Ormuz. Un responsable israélien a menacé de frapper des responsables du Hezbollah « à Beyrouth » si l’occasion opérationnelle se présentait, tandis que les autorités israéliennes ont interdit un pèlerinage juif près de la frontière libanaise. Le Hezbollah a affronté les troupes israéliennes dans le sud du Liban, tandis que des frappes et des tirs d’artillerie se poursuivent.
Un avenir incertain pour les déplacés et la souveraineté libanaise
Alors que les destructions s’étendent, la question du retour des déplacés et de la reconstruction se pose avec acuité. Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a assuré que la décision sur le monopole des armes ne serait pas remise en cause, mais sans préciser comment l’armée pourrait éviter une confrontation avec le Hezbollah. Les évêques catholiques melkites ont exprimé leur inquiétude face aux démolitions israéliennes dans le sud du Liban. L’ambassadeur américain a rencontré Nabih Berri après des propos controversés, tandis que l’avenir de la zone tampon et de l’occupation israélienne reste flou. La communauté internationale observe avec crainte une escalade qui pourrait embraser toute la région, alors que le Liban, déjà exsangue, voit son territoire et sa souveraineté une nouvelle fois bafoués.
À retenir
- Israël a rasé au moins deux douzaines de villages du sud du Liban, utilisant des méthodes similaires à celles employées à Gaza.
- Plus de 2 600 morts et un million de déplacés: le bilan humain est lourd, et les infrastructures civiles sont délibérément ciblées.
- Le cessez-le-feu américain est prolongé mais les combats continuent, et les conditions politiques pour une paix durable ne sont pas réunies.
- Des experts en droit international qualifient les destructions de crimes de guerre, tandis qu’Israël invoque des nécessités opérationnelles.
- La région est au bord d’une escalade majeure, avec des menaces croisées entre les États-Unis, l’Iran et Israël.
- Le Liban, fragilisé, voit sa souveraineté contestée et ses institutions mises à l’épreuve face au Hezbollah et à l’occupation israélienne.







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