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Mohammed VI, entre fragilité physique et autorité royale

Le souverain marocain, âgé de 62 ans, navigue entre des apparitions publiques révélant une santé déclinante et des moments de vitalité, alimentant les spéculations sur sa succession.

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Mohammed VI, entre fragilité physique et autorité royale
Le souverain marocain, âgé de 62 ans, navigue entre des apparitions publiques révélant une santé déclinante et des momenCrédit · Jeune Afrique

Les faits

  • Mohammed VI a 62 ans.
  • Il a été intronisé en 1999, il y a 26 ans.
  • Une vidéo le montre en maillot de bain sur un jet-ski après une prière de l'Aïd el-Adha où sa fatigue était visible.
  • Il a accueilli Emmanuel Macron à Rabat fin octobre 2024, amaigri et avec une canne.
  • Il a présidé un conseil des ministres le 12 mai 2025.
  • Il a adressé un message de félicitations à la sélection nationale de football pour son sacre à la Coupe Arabe.
  • Amina Bouayach, à la tête du Conseil national des droits de l'Homme depuis décembre 2018, a vu son mandat renouvelé par le roi.

L'énigme d'un souverain sous les feux des projecteurs

Vingt-six ans après son accession au trône en 1999, le roi Mohammed VI du Maroc demeure une figure complexe, dont le rapport au pouvoir suscite autant d'interrogations que sa propre santé. Alors que des signes de fragilité physique se multiplient, la question de sa succession alimente les luttes d'influence au sein de l'élite marocaine. Ces dernières semaines, deux images contrastées du souverain ont circulé, reflétant les tensions et les récits divergents qui traversent le royaume. D'un côté, une scène de la prière de l'Aïd el-Adha à Tétouan, où le roi de 62 ans, assis sur un tabouret, trahit une fatigue visible et une immobilité qui inquiète. De l'autre, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le montre en maillot de bain, pilotant un jet-ski au large de Cabo Negro, semblant en pleine forme. Cette chorégraphie médiatique, oscillant entre vulnérabilité et vigueur affichée, résume le moment de transition que connaît le Maroc. Si l'affaiblissement physique du roi est indéniable, comme l'attestent d'autres clichés, notamment lors de l'accueil d'Emmanuel Macron à Rabat fin octobre 2024 où il apparaissait amaigri et muni d'une canne, cet état ne semble pas, à ce stade, entamer sa sérénité à la tête du royaume.

Entre tradition et modernité, une diplomatie axée sur le Sahara

La diplomatie du roi Mohammed VI, depuis un quart de siècle, s'articule principalement autour de la reconnaissance de la marocanité du Sahara. Cette ligne directrice a façonné une grande partie de ses relations internationales, notamment avec des partenaires comme la France, avec laquelle un "partenariat renforcé" a été annoncé après la visite d'Emmanuel Macron. Au-delà des enjeux territoriaux, le souverain s'implique dans diverses sphères nationales. Il a adressé un message de félicitations à la sélection nationale de football après son sacre à la Coupe Arabe au Qatar. Parallèlement, il délègue des représentants à des sommets internationaux, comme le ministre délégué chargé de l'Investissement, qui a pris part au 17e Sommet des affaires États-Unis-Afrique à Luanda. Sur le plan intérieur, le roi préside des conseils de ministres approuvant des projets de loi et des conventions internationales, comme ce fut le cas le 12 mai 2025 pour des questions militaires et diplomatiques. Il a également présidé une veillée religieuse pour Laylat Al-Qadr le 27 mars 2025, entouré de membres de la famille royale, soulignant l'importance des valeurs islamiques telles que la fraternité et la tolérance, qu'il a appelées les pèlerins à incarner.

La succession, un enjeu de pouvoir sous-jacent

L'état de santé du roi Mohammed VI, bien que géré avec une communication soignée, alimente inévitablement les discussions sur la succession. L'âge du souverain, 62 ans, et les signes de fatigue observés lors de certaines apparitions publiques, placent la question de la transmission du pouvoir au premier plan. Cette perspective attise les rivalités au sein des différentes factions de l'élite marocaine, qui cherchent à asseoir leur influence en prévision d'un changement de règne. Les luttes d'influence et les "coups bas" décrits dans les cercles du pouvoir témoignent de la sensibilité de ce dossier. La présence du Prince Héritier Moulay El Hassan aux côtés du roi lors d'événements officiels, comme la veillée de Laylat Al-Qadr, suggère une préparation progressive à ses futures responsabilités. L'affirmation d'une "monarchie démocratique possible au Maroc", évoquée par des analystes, pose la question de l'évolution des institutions sous un nouveau leadership.

Un règne marqué par des réformes et des défis

Le règne de Mohammed VI, débuté en 1999, a été jalonné par des réformes visant à moderniser le royaume, tout en naviguant entre les impératifs traditionnels. Le projet de réforme du Code de la famille, par exemple, est décrit comme oscillant "entre tradition et modernité". Le roi a également montré une attention particulière aux droits de l'Homme, renouvelant par exemple le mandat d'Amina Bouayach à la tête du Conseil national des droits de l'Homme depuis décembre 2018. Cette nomination souligne une volonté de renforcer les institutions chargées de la protection des libertés. Les défis auxquels le Maroc est confronté sont multiples, allant de la réponse aux catastrophes naturelles, qui nécessite une approche améliorée en matière d'hébergement, de restauration et de prise en charge sanitaire, aux revendications légitimes des jeunes, pour lesquelles des mesures immédiates sont réclamées afin de "redonner confiance" et de "libérer les prisonniers politiques", selon certains observateurs.

Des liens internationaux en constante redéfinition

Les relations internationales du Maroc sous Mohammed VI ont connu des évolutions significatives. Le "partenariat renforcé" avec la France, annoncé fin 2024, témoigne d'une volonté de consolider les liens bilatéraux, bien que des questions historiques, comme celle de la colonisation, ne soient pas encore totalement traitées, selon certains analystes. L'Afrique subsaharienne est considérée comme un "réservoir de croissance naturel" pour le Maroc, une vision partagée par des ministres de l'AES reçus par le souverain. Cette orientation stratégique renforce la présence marocaine sur le continent. La diplomatie royale a également œuvré à la reconnaissance internationale du Sahara marocain, un objectif central qui a guidé de nombreuses actions diplomatiques. Des pays comme le Japon ont explicitement "consacré l’autonomie sous souveraineté marocaine", s'engageant à agir conformément à cette position sur les scènes diplomatique et économique.

L'avenir du Maroc en suspens

Alors que le roi Mohammed VI continue d'exercer ses fonctions, malgré les interrogations sur sa santé, le Maroc se trouve dans une phase de transition incertaine. La manière dont sera gérée la succession aura des répercussions profondes sur la stabilité politique et le développement économique du royaume. Les rivalités internes et les attentes de la population, notamment celle des jeunes, pèseront sur les décisions futures. La capacité du Maroc à maintenir son élan réformateur et à renforcer sa position sur la scène régionale et internationale dépendra en grande partie de la solidité des institutions et de la vision qui émergera après le règne actuel. La dualité des images du souverain, entre fragilité et vitalité, pourrait ainsi symboliser un pays en quête d'équilibre, naviguant entre les défis de son présent et les promesses de son avenir.

À retenir

  • Le roi Mohammed VI, âgé de 62 ans, affiche des signes de fatigue physique, contrastant avec des apparitions plus dynamiques, soulevant des questions sur sa santé.
  • La succession du souverain est un enjeu majeur, alimentant des luttes d'influence au sein de l'élite marocaine.
  • La diplomatie marocaine sous Mohammed VI est fortement axée sur la reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara.
  • Le Maroc cherche à renforcer ses liens avec l'Afrique subsaharienne, perçue comme un moteur de croissance.
  • Des réformes internes, comme celle du Code de la famille, témoignent d'une volonté d'adapter le royaume entre tradition et modernité.
  • La relation avec la France s'inscrit dans un partenariat renforcé, malgré des divergences sur des questions historiques.
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