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Affaire libyenne : Sarkozy contre-attaque en affirmant que la moitié des 6 millions d'euros est retournée aux Libyens

L'ancien président tente de détourner l'attention des accusations de Claude Guéant en produisant des calculs qui, selon ses avocats, prouvent un reversement de 3 millions d'euros au fils d'Abdallah Senoussi.

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Affaire libyenne : Sarkozy contre-attaque en affirmant que la moitié des 6 millions d'euros est retournée aux Libyens
L'ancien président tente de détourner l'attention des accusations de Claude Guéant en produisant des calculs qui, selon Crédit · Le Monde.fr

Les faits

  • Nicolas Sarkozy a contre-attaqué le 29 avril 2026 devant la cour d'appel de Paris.
  • Ses avocats affirment que sur 6 millions d'euros envoyés par les Libyens, la moitié a été reversée au fils d'Abdallah Senoussi.
  • Claude Guéant a envoyé une nouvelle lettre à la cour d'appel le 26 avril 2026.
  • Le dîner du 25 juillet 2007 à Tripoli est au cœur des contradictions entre Sarkozy et Guéant.
  • Sarkozy a été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs.
  • Le procès en appel a débuté le 16 mars 2026 et doit durer jusqu'au 3 juin, avec une décision attendue en novembre.
  • Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, a été condamné par contumace en France pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).

Une contre-attaque chiffrée pour noyer le débat

Nicolas Sarkozy a choisi l'offensive mercredi 29 avril 2026, alors que la cour d'appel de Paris s'apprêtait à entendre sa réaction aux nouvelles accusations de Claude Guéant. Ses avocats ont produit une série de chiffres visant à démontrer que sur les 6 millions d'euros transférés par les Libyens, la moitié aurait été reversée au fils d'Abdallah Senoussi, le beau-frère de Mouammar Kadhafi. L'effet d'audience est immédiat: l'attention se détourne des questions épineuses soulevées par Guéant. Cette manœuvre intervient alors que Guéant avait adressé une nouvelle lettre à la cour le 26 avril, dont le contenu n'a pas été divulgué. La défense de Sarkozy tente ainsi de fissurer le récit de son ancien collaborateur en ouvrant un nouveau front sur la destination des fonds. Il est difficile, à ce stade, de vérifier le bien-fondé des calculs présentés rapidement. Mais l'effet politique est garanti: l'attention se déplace des accusations de corruption vers une possible diversion.

Le dîner de Tripoli: une version qui se fissure

Le cœur du procès en appel réside dans un dîner à Tripoli le 25 juillet 2007, au lendemain de la libération des infirmières bulgares. Selon Claude Guéant, Mouammar Kadhafi aurait évoqué le sort judiciaire d'Abdallah Senoussi, condamné en France pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989. Guéant affirme que Sarkozy lui aurait alors dit: « Claude, voyez cela ». Sarkozy a contesté cette scène, la jugeant « très peu probable », sans accuser Guéant de mentir. Il a évoqué une mémoire qui « a évolué », un glissement qui fragilise l'idée d'une défense commune. La contradiction entre les deux anciens piliers du même camp est désormais publique. L'accusation y voit la preuve d'un « pacte de corruption »: en échange d'un financement de la campagne de 2007, la France aurait dû intervenir en faveur de Senoussi. La défense soutient qu'aucune démarche utile n'a été entreprise, et qu'aucune contrepartie n'a été négociée.

Un réseau d'intermédiaires sous haute surveillance

Les allers-retours entre Sarkozy, Guéant et Brice Hortefeux sont scrutés de près par les juges. Les deux anciens ministres sont accusés d'avoir servi d'intermédiaires dans les échanges avec des responsables libyens. Leurs déplacements en Libye entre 2008 et 2010 sont au centre des débats. Sarkozy a admis une erreur sur l'information des quatre déplacements de Guéant en Libye, tout en minimisant leur portée politique. Cette rectification, selon les observateurs, réorganise toute la chronologie des faits. L'absence de Guéant pour raisons médicales donne une valeur particulière à chaque phrase lue à l'audience. Les juges doivent recouper les agendas, les témoignages et les voyages pour établir la vérité.

Les chiffres de la défense: 3 millions d'euros reversés

Les avocats de Sarkozy ont présenté des calculs selon lesquels sur les 6 millions d'euros envoyés par les Libyens, la moitié serait retournée dans les poches libyennes, via le fils d'Abdallah Senoussi. Cette affirmation vise à démontrer que l'argent n'était pas destiné à financer la campagne présidentielle de 2007. L'accusation, elle, maintient que ces fonds ont servi à la campagne, en échange de contreparties diplomatiques. Le montant exact et la destination finale de l'argent restent flous, mais les chiffres avancés par la défense créent une brèche dans le récit accusatoire. Il est impossible, à ce stade, de vérifier ces calculs. Mais leur simple énoncé suffit à semer le doute et à détourner l'attention des aveux de Guéant.

Le spectre de l'attentat du DC-10 d'UTA

Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et ancien chef des renseignements libyens, est au centre de l'affaire. Condamné par contumace en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989, qui a fait 170 morts dont 142 Français, il était protégé par Kadhafi. Pour l'accusation, Kadhafi aurait financé la campagne de Sarkozy en échange d'une levée du mandat d'arrêt international contre Senoussi. La défense conteste toute négociation en ce sens. La mémoire des victimes de l'attentat plane sur le procès, rappelant les enjeux humains derrière les arguties juridiques. La justice française doit trancher entre deux versions inconciliables.

Un procès sous tension, verdict attendu en novembre

Le procès en appel, ouvert le 16 mars 2026, doit durer jusqu'au 3 juin. La décision est attendue en novembre. En première instance, Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs. La ligne de défense reste constante: il n'y aurait eu ni décision, ni ordre, ni action en faveur de Senoussi. Sarkozy insiste sur la présomption d'innocence de Guéant et sur le fait qu'il ne pouvait intervenir pour un homme qu'il dit avoir combattu politiquement. Les prochaines semaines seront décisives. Les juges devront évaluer la crédibilité des témoignages et des chiffres, dans un dossier où chaque détail compte. L'issue du procès pourrait redéfinir l'héritage politique de l'ancien président.

À retenir

  • Nicolas Sarkozy affirme que la moitié des 6 millions d'euros libyens a été reversée au fils d'Abdallah Senoussi, contredisant l'accusation de financement de campagne.
  • Claude Guéant maintient que Sarkozy lui a demandé de s'occuper du dossier Senoussi lors d'un dîner à Tripoli en juillet 2007.
  • Le procès en appel se déroule à Paris depuis le 16 mars 2026, avec un verdict attendu en novembre.
  • Abdallah Senoussi, condamné pour l'attentat du DC-10 d'UTA, est au cœur des échanges présumés entre la France et la Libye.
  • La défense de Sarkozy tente de fissurer le récit de Guéant en ouvrant un nouveau front sur la destination des fonds.
  • Les contradictions entre les deux anciens collaborateurs fragilisent la thèse d'une défense commune.
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