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Au Sénégal, les travailleurs de Senelec mêlent revendications sociales et inquiétudes géopolitiques

Entre hommage à l'ancien directeur général Samuel A. Sarr et doléances sur la vétusté des infrastructures, le 1er mai a révélé les tensions qui traversent l'entreprise électrique nationale.

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Au Sénégal, les travailleurs de Senelec mêlent revendications sociales et inquiétudes géopolitiques
Entre hommage à l'ancien directeur général Samuel A. Sarr et doléances sur la vétusté des infrastructures, le 1er mai a Crédit · Leral.net

Les faits

  • Samuel A. Sarr a reçu une distinction de la Convergence des Travailleurs de la Senelec le 1er mai.
  • La CSTS de Matam a organisé un panel sur la santé au travail, axé sur la mauvaise qualité de l'eau et les problèmes rénaux.
  • Alpha Oumar Diallo a signalé la vétusté des bâtiments à Matam, Ourossogui, Sémé et Kanel.
  • Le parc automobile de Senelec à Matam ne compte que deux véhicules pour tous les agents.
  • Le secrétaire général de la CSTS, Habib Aïdara, a dénoncé le non-respect du Pacte de stabilité sociale par l'État.
  • Le directeur général Pape Toby Gaye a annoncé des contrats d'approvisionnement en gaz à prix compétitifs.
  • La centrale de West African Energy, alimentée au gaz national, devrait réduire les coûts de production.
  • Pape Toby Gaye a évoqué un remboursement de la dette de Senelec sur environ dix ans.

Un 1er mai sous le signe du dialogue social et des défis énergétiques

À l'occasion de la Fête du Travail, les travailleurs de la Senelec ont célébré la Journée mondiale des travailleurs dans les locaux de la direction générale à Dakar, en présence du directeur général Pape Toby Gaye. La Convergence syndicale des travailleurs de la Senelec (CSTS) a profité de cette tribune pour présenter ses doléances tout en exprimant une satisfaction mesurée quant à la gestion de l'entreprise. Dans le même temps, à Matam, dans le nord du pays, la section locale de la CSTS a organisé un panel sur la santé en milieu de travail, centré sur les conséquences de la mauvaise qualité de l'eau. Cette double célébration illustre les préoccupations contrastées des agents: d'un côté, la reconnaissance de l'action de l'ancien directeur général Samuel A. Sarr, distingué par la Convergence des Travailleurs pour son engagement en faveur du dialogue social; de l'autre, des revendications concrètes sur les conditions de travail et l'impact du contexte international sur l'approvisionnement en carburant.

À Matam, des conditions de travail dégradées et des risques sanitaires

Alpha Oumar Diallo, coordonnateur de la CSTS de Matam, a détaillé les problèmes rencontrés par les agents de la région. « Pour cette année, nous avons invité un médecin du travail qui nous a parlé de la santé, notamment les conséquences de la mauvaise qualité de l'eau utilisée dans certaines zones de la région. Ici, l'eau est parfois accompagnée de calcaire, ce qui fait que beaucoup de nos camarades souffrent de problèmes rénaux », a-t-il déclaré. Le panel, dont le thème central portait sur « la santé en milieu de travail dans une zone de forte chaleur », a également abordé un sous-thème sur l'unité syndicale. Les agents ont reçu des recommandations pour se prémunir du soleil, éviter l'eau calcaire et diversifier leur alimentation. Mais au-delà des conseils, Diallo a signalé des défaillances structurelles: la vétusté des bâtiments abritant les agences de Senelec à Matam, Ourossogui, Sémé et Kanel, un parc automobile limité à deux véhicules pour l'ensemble des agents, l'étroitesse de certains bureaux et le manque d'ordinateurs.

À Dakar, des revendications nationales et un contexte international tendu

Le secrétaire général de la CSTS, Habib Aïdara, a affirmé la détermination des agents à défendre leur outil de travail, tout en évoquant un environnement mondial perturbé par des conflits qui affectent les circuits d'approvisionnement en carburant. Il a également dénoncé le non-respect du Pacte de stabilité sociale par l'État, une critique qui résonne alors que les syndicats cherchent à préserver les acquis sociaux dans un secteur stratégique. En réponse, le directeur général Pape Toby Gaye a apporté des assurances aux travailleurs et aux consommateurs. Il a rappelé que la crise au Moyen-Orient a un impact direct sur les coûts de production de l'électricité, et que la stratégie actuelle de Senelec vise à maîtriser ces coûts grâce à un approvisionnement stable en combustibles à des prix compétitifs.

Des contrats gaziers et l'arrivée de West African Energy pour stabiliser les coûts

Pape Toby Gaye a précisé que les coûts de production restent fortement dépendants du prix du combustible. Depuis le début de l'année, Senelec a signé plusieurs contrats avec l'appui de l'État et du ministère de l'Énergie, permettant de maintenir des coûts compétitifs, en particulier pour le gaz, malgré les tensions sur le marché international. Il a également salué l'arrivée de West African Energy, une centrale alimentée au gaz national, qui devrait contribuer à la réduction des coûts de production. Cette évolution, selon le directeur général, pourrait permettre à Senelec d'améliorer sa situation financière et d'envisager le remboursement de sa dette sur une période d'environ dix ans. Un signal positif pour une entreprise qui doit concilier viabilité économique et pression sociale.

Entre reconnaissance et inquiétudes, l'avenir de Senelec en suspens

La distinction accordée à Samuel A. Sarr par la Convergence des Travailleurs de la Senelec lors de la Fête du Travail symbolise une certaine reconnaissance du dialogue social mené sous son mandat. Mais les doléances exprimées à Matam comme à Dakar montrent que les défis restent nombreux: vétusté des infrastructures, manque de moyens, risques sanitaires et dépendance aux combustibles importés. Alors que le contexte énergétique mondial reste instable, la capacité de Senelec à maintenir un équilibre entre les revendications de ses agents, les attentes des consommateurs et les impératifs financiers sera cruciale. Les annonces de Pape Toby Gaye sur les contrats gaziers et la centrale de West African Energy offrent une perspective, mais les syndicats restent vigilants quant au respect des engagements de l'État.

À retenir

  • Les travailleurs de Senelec ont célébré le 1er mai en mêlant hommage à l'ancien DG Samuel A. Sarr et doléances sur les conditions de travail.
  • À Matam, la mauvaise qualité de l'eau et la vétusté des bâtiments et du parc automobile sont au cœur des revendications.
  • Le secrétaire général de la CSTS, Habib Aïdara, a dénoncé le non-respect du Pacte de stabilité sociale par l'État.
  • Le directeur général Pape Toby Gaye a annoncé des contrats d'approvisionnement en gaz compétitifs et l'arrivée de la centrale West African Energy.
  • Senelec espère réduire ses coûts de production et rembourser sa dette en dix ans grâce à ces mesures.
  • Les syndicats restent vigilants face aux engagements de l'État et aux tensions géopolitiques affectant le secteur énergétique.
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