Politique

L'Arménie, nouveau champ de bataille entre Bruxelles et Moscou à un mois des législatives

Erevan accueille un sommet européen tandis que la campagne électorale s'ouvre, dans un contexte de défiance historique envers la Russie après la perte du Haut-Karabakh.

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L'Arménie, nouveau champ de bataille entre Bruxelles et Moscou à un mois des législatives
Erevan accueille un sommet européen tandis que la campagne électorale s'ouvre, dans un contexte de défiance historique eCrédit · France 24

Les faits

  • L'Arménie accueille lundi un sommet avec des représentants européens, un mois avant les législatives du 7 juin.
  • Le Premier ministre Nikol Pachinian, arrivé au pouvoir en 2018 après la Révolution de velours, mène une campagne pro-européenne et est en tête des sondages.
  • Samvel Karapetyan, milliardaire russo-arménien à la tête du parti « Arménie forte », est un rival majeur; il avait été arrêté en 2025 avec 13 autres personnes pour tentative de déstabilisation.
  • Près de 100 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh en 2023 après la prise de contrôle de la région par l'Azerbaïdjan.
  • L'Arménie a suspendu son adhésion à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par la Russie.
  • L'analyste politique Eric Hacopian (CivilNet) note l'émergence d'une opposition pro-occidentale, dont l'ancien maire d'Erevan Hayk Marutyan.

Un sommet européen à Erevan à trente jours du scrutin

L'Arménie accueille ce lundi un sommet avec des représentants européens, à exactement un mois des élections législatives cruciales prévues le 7 juin. Ce scrutin, suivi de près par Moscou et Bruxelles, cristallise les tensions géopolitiques entre la Russie et l'Union européenne. Les défenseurs de la démocratie dans le pays redoutent des ingérences étrangères dans le processus électoral. La campagne officielle débute ce lundi, trente jours avant le vote, mais les candidats sont déjà sur le terrain. L'attention se porte sur l'Arménie après les élections hongroises, qui ont vu la victoire du pro-européen Peter Magyar face au Premier ministre Viktor Orbán.

Nikol Pachinian en tête des sondages, porté par un discours pro-européen

Le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, chef du parti Contrat civil, est actuellement en tête des intentions de vote. Arrivé au pouvoir en 2018 à la suite de la Révolution de velours, il brigue un nouveau mandat en menant une campagne résolument tournée vers Bruxelles. Son principal rival est Samvel Karapetyan, un milliardaire russo-arménien à la tête du parti « Arménie forte ». Karapetyan avait été arrêté en 2025 avec treize autres personnes, soupçonnés d'avoir tenté de déstabiliser le gouvernement. D'autres candidats pro-européens, comme l'ancien maire d'Erevan Hayk Marutyan, tentent de se faire une place dans un paysage politique en pleine recomposition.

L'émergence d'une opposition pro-occidentale inédite

« C'est un scrutin très intéressant car on assiste à l'émergence d'une opposition pro-occidentale qui n'appartient pas à l'ancien régime », analyse Eric Hacopian, analyste politique chez CivilNet. « Et s'ils parviennent réellement à percer et à entrer au parlement, cela changera notre système politique d'une manière inédite depuis la révolution de 2018. » Cette nouvelle opposition, distincte des partis hérités de l'ère post-soviétique, pourrait redessiner les équilibres parlementaires. Leur percée potentielle est perçue comme un signe de la maturation démocratique du pays, mais aussi comme un défi pour les forces pro-russes traditionnelles.

La rupture avec Moscou après la perte du Haut-Karabakh

Les relations entre Erevan et Moscou sont au plus bas depuis 2023, lorsque près de 100 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh après la prise de contrôle de la région par l'Azerbaïdjan. Erevan a accusé les forces de maintien de la paix russes déployées dans l'enclave de ne pas avoir suffisamment agi pour protéger la population arménienne. En conséquence, l'Arménie a suspendu sa participation à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l'alliance militaire dirigée par la Russie qui, à l'instar de l'OTAN, prévoit une clause de défense mutuelle. « Cette cicatrice va hanter cette région pendant des décennies », estime Eric Hacopian, soulignant le traumatisme national que constitue la perte du Haut-Karabakh.

Un scrutin sous le signe de la rivalité UE-Russie

Les élections législatives arméniennes s'inscrivent dans un contexte de compétition accrue entre l'Union européenne et la Russie pour l'influence dans le Caucase du Sud. Bruxelles cherche à renforcer ses liens avec Erevan, tandis que Moscou tente de maintenir son emprise historique. Le sommet européen de ce lundi est un signal fort de l'engagement de l'UE, mais il suscite aussi des inquiétudes quant à d'éventuelles ingérences russes dans le scrutin. L'opinion publique arménienne, longtemps alignée sur la Russie, se tourne désormais vers Bruxelles, un basculement qui pourrait redéfinir l'équilibre régional. Les résultats du 7 juin seront scrutés avec attention, tant par les capitales européennes que par le Kremlin.

Quel avenir pour la démocratie arménienne?

Au-delà des enjeux géopolitiques, ce scrutin est un test pour la démocratie arménienne. La diversité des candidatures, y compris celles d'opposants pro-occidentaux, témoigne d'une vitalité politique rare dans la région. Cependant, les craintes d'ingérences étrangères et la polarisation croissante entre camps pro-européens et pro-russes pourraient fragiliser le processus. Les prochains jours seront décisifs: la campagne officielle s'ouvre dans un climat de défiance envers Moscou, mais aussi d'espoir pour une intégration européenne accrue. Le 7 juin, les Arméniens choisiront non seulement leurs représentants, mais aussi l'orientation géopolitique de leur pays pour les années à venir.

À retenir

  • L'Arménie organise des élections législatives le 7 juin, dans un contexte de tensions accrues entre l'UE et la Russie.
  • Le Premier ministre Nikol Pachinian, en tête des sondages, mène une campagne pro-européenne, tandis que son rival Samvel Karapetyan représente la mouvance pro-russe.
  • La perte du Haut-Karabakh en 2023 a provoqué une rupture historique entre Erevan et Moscou, conduisant à la suspension de l'adhésion arménienne à l'OTSC.
  • L'émergence d'une opposition pro-occidentale, comme l'ancien maire d'Erevan Hayk Marutyan, pourrait remodeler le paysage politique.
  • Le sommet européen à Erevan ce lundi illustre l'engagement de Bruxelles, mais suscite des craintes d'ingérence russe dans le scrutin.
  • Ces élections détermineront l'orientation future de l'Arménie, entre rapprochement avec l'UE et maintien des liens avec la Russie.
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