La Bourse en surchauffe: une « melt-up » à l'horizon?
Malgré les crises, les marchés financiers connaissent une ascension fulgurante, alimentée par l'IA et une confiance aveugle, soulevant des inquiétudes d'une bulle imminente.

BELGIUM —
Les faits
- Les marchés boursiers connaissent une hausse rapide et inattendue.
- Ce phénomène, appelé « melt-up », se caractérise par une ascension non nécessairement soutenue par des fondamentaux économiques solides.
- L'enthousiasme est alimenté par les investissements massifs dans l'intelligence artificielle (IA) et les puces.
- Des experts craignent une bulle spéculative, rappelant les précédents de la bulle Internet en 2000 et du krach de 1929.
- Les valorisations de certaines entreprises sont jugées « sportives » par les acteurs établis.
- Les investisseurs semblent ignorer les effets secondaires potentiels des crises actuelles, comme la hausse des prix du pétrole.
Un enthousiasme boursier déconnecté des réalités
Malgré un contexte géopolitique tendu, marqué par une guerre et une crise pétrolière, l'optimisme sur les marchés financiers ne faiblit pas. Une effervescence inhabituelle pousse les investisseurs à vouloir profiter de la tendance, suscitant l'inquiétude d'une « melt-up » parmi les experts. Ce phénomène, à l'opposé d'un « meltdown » (un krach boursier), voit les cours des actions grimper de manière spectaculaire et prolongée. Ce qui distingue une « melt-up », c'est que cette ascension n'est pas toujours justifiée par une conjoncture économique favorable. Elle est souvent le fruit d'une dynamique d'« acheter ou mourir » (FOMO - fear of missing out), où les investisseurs, en particulier les plus novices, se ruent sur les valeurs en vogue sans analyse approfondie. « Le succès attire le succès », explique Erik Joly, économiste en chef chez ABN Amro Private Banking. « Beaucoup, souvent de jeunes investisseurs, achètent aveuglément les gagnants en bourse lors d'une melt-up. » Cette dynamique crée une bulle où la valeur attribuée aux entreprises dépasse leur capacité réelle à générer des profits.
Les fantômes du passé: la bulle Internet et le krach de 1929
L'histoire financière offre des précédents troublants. La période précédant le krach de la bulle Internet en 2000 ressemblait déjà à une « melt-up », avec des valorisations astronomiques pour des entreprises technologiques réalisant peu ou pas de bénéfices. Ces valorisations élevées, déconnectées de la réalité économique, ont fini par éclater, formant une bulle spéculative. De même, le krach boursier de 1929 avait été précédé par une euphorie d'après-guerre débridée sur les marchés, qui avait propulsé les actions à des niveaux sans précédent. Ces épisodes rappellent la fragilité des marchés lorsqu'ils sont guidés par l'émotion plutôt que par les fondamentaux. « Beaucoup d'éléments du climat boursier actuel y ressemblent », constate Hans Degryse, professeur d'économie financière à la KU Leuven. « Après les attaques américaines contre l'Iran, les bourses ont chuté, mais se sont rapidement redressées. »
L'IA, moteur de la bulle ou véritable révolution?
Le principal moteur de cette ascension boursière semble être l'engouement pour l'intelligence artificielle (IA). Les investissements massifs dans l'IA et les puces informatiques, essentiels à son développement, alimentent une croissance spectaculaire. Philippe Gijsels, stratège en chef chez BNP Paribas Fortis, soulignait récemment que l'IA pourrait représenter la moitié de la croissance américaine. Cette dynamique est renforcée par la perception que le conflit avec l'Iran est résolu et que le flux de pétrole reprendra rapidement. Les marchés semblent ignorer les risques persistants liés aux prix élevés du pétrole et aux perturbations logistiques, ainsi que les implications à long terme sur les coûts de production et les prix des biens de consommation. « Les acteurs établis sur la bourse constatent que de nombreuses valorisations de certaines entreprises sont du côté sportif, c'est-à-dire chères », observe Degryse. Les investisseurs semblent également négliger les effets de second ordre: la baisse future du prix du pétrole ne ramènera pas nécessairement les prix à leurs niveaux d'antan.
La gestion du risque Trump et les effets de second ordre
La volatilité politique, notamment les actions du président américain Donald Trump, est souvent neutralisée par le phénomène « TACO » (Trump Always Chickens Out). Les investisseurs semblent habitués à ses déclarations contradictoires et à son retrait face aux crises sérieuses, ce qui leur permet de maintenir une confiance relative. Cependant, les conséquences économiques des crises actuelles, comme la hausse des prix du pétrole, commencent à se faire sentir. Les coûts de production augmentent, rendant les produits plus chers. Aux États-Unis, le niveau boursier a déjà dépassé celui d'avant la crise iranienne, malgré la persistance de prix du pétrole élevés et de problèmes logistiques. « On dirait qu'une tarte grandit sans s'affaisser: y a-t-il de l'air dessous? », s'interroge Degryse, illustrant l'idée d'une croissance artificielle et potentiellement fragile.
Les similitudes et divergences avec les bulles passées
La situation actuelle présente des similitudes frappantes avec la période précédant l'éclatement de la bulle Internet. La peur de manquer une opportunité (FOMO), le financement des entreprises technologiques par des levées de fonds successives, et des valorisations élevées sont des points communs notables. Cependant, des différences existent. L'essor de l'IA, par exemple, est une tendance technologique de fond qui pourrait avoir des implications économiques plus durables que la simple spéculation sur les valeurs technologiques du début des années 2000. Néanmoins, la prudence reste de mise. L'histoire financière enseigne que les périodes d'euphorie excessive précèdent souvent des corrections brutales. La question demeure: cette « melt-up » est-elle le prélude à une nouvelle crise, ou une phase de transition vers une nouvelle économie portée par l'innovation?
À retenir
- Une « melt-up » boursière est en cours, caractérisée par une hausse rapide des cours, potentiellement déconnectée des fondamentaux économiques.
- L'intelligence artificielle et les puces informatiques sont les principaux catalyseurs de cette tendance haussière.
- Les leçons des bulles passées, comme celle de l'an 2000, incitent à la prudence face à l'enthousiasme actuel.
- Les investisseurs semblent minimiser les risques liés aux crises géopolitiques et énergétiques.
- Les valorisations de certaines entreprises sont jugées excessivement élevées par les experts du marché.
- L'avenir des marchés financiers dépendra de la capacité de l'innovation à soutenir durablement la croissance, sans créer de nouvelles bulles spéculatives.




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