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Assimi Goïta cumule la Défense après la mort de Sadio Camara dans les attaques jihadistes

Le chef de la junte malienne, invisible quatre jours, a repris la main en s'adressant à la nation et en rencontrant l'ambassadeur russe, tandis que les jihadistes menacent d'un blocus sur Bamako.

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Assimi Goïta cumule la Défense après la mort de Sadio Camara dans les attaques jihadistes
Le chef de la junte malienne, invisible quatre jours, a repris la main en s'adressant à la nation et en rencontrant l'amCrédit · France 24

Les faits

  • Sadio Camara, ministre de la Défense, tué le 25 avril 2026 lors d'attaques coordonnées du Jnim et du FLA.
  • Assimi Goïta a pris la parole le 28 avril, trois jours après le début des attaques, pour affirmer que 'la situation est maîtrisée'.
  • Le 4 mai, un décret confie à Goïta les fonctions de ministre de la Défense et des Anciens combattants.
  • Le général Oumar Diarra est nommé ministre délégué auprès du ministre de la Défense.
  • Les jihadistes du Jnim menacent d'imposer un blocus sur les entrées de Bamako.
  • Les attaques des 25 et 26 avril ont visé plusieurs villes: Bamako, Kati, Kidal, Sévaré, Gao.
  • Les rebelles du FLA ont pris le contrôle de Kidal.
  • Goïta a rencontré l'ambassadeur de Russie le 28 avril avant son allocution.

Une réapparition sous haute tension

Le général Assimi Goïta, chef de la junte malienne, est réapparu le mardi 28 avril après quatre jours d'invisibilité, brisant le silence qui alimentait les spéculations sur son maintien au pouvoir. Il s'est d'abord rendu dans un hôpital de Bamako au chevet des militaires blessés, sans prononcer un mot, puis a rencontré l'ambassadeur de Russie, partenaire stratégique du Mali. Le soir même, il s'est adressé à la nation sur la chaîne publique ORTM, une allocution de près de dix minutes. 'La situation est maîtrisée', a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que le pays avait subi 'des attaques coordonnées d'une extrême gravité'. Il a appelé à un 'sursaut national' et mis en garde contre la 'division et la fracture nationale'.

Des attaques sans précédent et un ministre tué

Les 25 et 26 avril, les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda) et les rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA), mouvement indépendantiste à dominante touareg, ont lancé des attaques coordonnées contre plusieurs localités. Le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, un des piliers de la junte, a été tué le 25 avril lors d'un attentat suicide. Les rebelles ont pris le contrôle de Kidal, bastion touareg dans le nord. Les villes visées incluent Bamako, la capitale, Kati, fief de la junte, ainsi que Kidal, Sévaré et Gao. Ces assauts, d'une ampleur inédite, ont plongé le Mali dans une situation sécuritaire critique, marquée par l'incertitude et la fébrilité.

Goïta cumule la Défense, secondé par un ex-chef d'état-major

Le 4 mai 2026, un décret lu sur l'ORTM officialise la décision d'Assimi Goïta d'assumer lui-même les fonctions de ministre de la Défense et des Anciens combattants, en remplacement de Sadio Camara, décédé neuf jours plus tôt. Cette concentration du commandement suprême des armées et de la gestion administrative de la défense entre les mains du chef de l'État marque un tournant stratégique. Par un décret distinct, le général de division Oumar Diarra, ancien chef d'état-major général des armées, est nommé ministre délégué auprès du ministre de la Défense. Diarra, qui avait été arrêté lors du coup d'État d'août 2020 avant d'être nommé chef d'état-major en septembre 2020, bénéficie d'un rang protocolaire immédiatement après les ministres d'État.

La menace d'un blocus jihadiste sur Bamako

Alors que Goïta tentait de rassurer, les jihadistes du Jnim ont annoncé un nouveau blocus sur les entrées de Bamako. Dans une vidéo, leur porte-parole Bina Diarra, s'exprimant en bamanakan, a déclaré: 'La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. En revanche, il est désormais interdit de s'y rendre jusqu'à nouvel ordre.' Ce blocus, plus dur que le précédent, vise à contrôler les entrées et sorties des biens et des personnes de la capitale. Les autorités maliennes n'ont pas encore réagi à cette menace, tandis que la situation reste tendue.

Un partenaire russe sous le feu des critiques

La Russie, partenaire stratégique du Mali, a vu ses forces accusées d'avoir abandonné l'armée malienne sur le terrain face à l'avancée des rebelles. Avant son allocution, Goïta a reçu l'ambassadeur de Russie, et la présidence a publié des photos de l'entretien, évoquant une discussion sur 'la situation actuelle'. Dans son discours, le chef de la junte a loué 'la qualité de la coopération avec les partenaires stratégiques du Mali, notamment la Fédération de Russie'. Cette dépendance militaire vis-à-vis de Moscou, renforcée depuis le coup d'État de 2020, est désormais remise en question par l'efficacité des forces russes sur le terrain, alors que les jihadistes et les rebelles ont démontré leur capacité à frapper au cœur du pouvoir.

Une crise sécuritaire aux racines profondes

Le Mali est confronté depuis 2012 à une crise sécuritaire multidimensionnelle, alimentée par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique, ainsi que par des groupes criminels et des mouvements indépendantistes. La junte, arrivée au pouvoir en 2020, avait promis de restaurer la sécurité et la souveraineté, mais les récentes attaques montrent les limites de son contrôle. Goïta a évoqué dans son allocution le 'choix de la souveraineté et de la dignité' fait par le peuple malien, affirmant que 'ce choix a un prix'. Il a promis que les forces armées continueraient d'agir 'jusqu'au rétablissement durable de la sécurité sur l'ensemble du territoire national'.

L'avenir incertain de la transition

La décision de Goïta de cumler la présidence et le ministère de la Défense renforce son emprise sur l'appareil sécuritaire, mais soulève des questions sur sa capacité à gérer la crise. L'absence de réaction de l'Alliance des États du Sahel, qui a réagi a minima aux attaques, isole un peu plus le Mali. Alors que les jihadistes durcissent leur blocus et que les rebelles contrôlent Kidal, le régime de transition semble plus fragile que jamais. Goïta a appelé à la 'lucidité' et mis en garde contre la 'panique', mais les prochains jours diront si son sursaut national suffira à endiguer la menace.

À retenir

  • Assimi Goïta a repris la parole le 28 avril après quatre jours de silence, affirmant que la situation est maîtrisée malgré des attaques d'une extrême gravité.
  • Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué le 25 avril lors d'attaques coordonnées du Jnim et du FLA, qui ont visé plusieurs villes et pris le contrôle de Kidal.
  • Goïta cumule désormais les fonctions de président et de ministre de la Défense, secondé par le général Oumar Diarra comme ministre délégué.
  • Les jihadistes du Jnim menacent d'imposer un blocus sur Bamako, interdisant l'entrée dans la capitale.
  • La Russie, partenaire stratégique, est critiquée pour avoir abandonné l'armée malienne face à l'avancée des rebelles.
  • La crise sécuritaire malienne, qui dure depuis 2012, s'aggrave avec cette alliance de circonstance entre jihadistes et séparatistes.
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