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La Côte d'Ivoire dissout sa Commission électorale indépendante

Une décision gouvernementale qui intervient après des critiques récurrentes de l'opposition sur le manque d'indépendance de l'institution.

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La Côte d'Ivoire dissout sa Commission électorale indépendante
Une décision gouvernementale qui intervient après des critiques récurrentes de l'opposition sur le manque d'indépendanceCrédit · Jeune Afrique

Les faits

  • La Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d'Ivoire a été dissoute le 6 mai.
  • La décision a été annoncée par le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly.
  • La CEI, créée en 2001, était critiquée par l'opposition pour son manque d'indépendance.
  • Un nouveau mécanisme pour organiser les élections sera mis en place.
  • L'opposition avait dénoncé des dysfonctionnements lors des législatives de décembre 2025.
  • L'élection présidentielle est prévue pour octobre 2025.

La CEI n'est plus: une dissolution gouvernementale

La Côte d'Ivoire se retrouve sans Commission électorale indépendante (CEI), l'organe chargé d'organiser les scrutins dans le pays. Le gouvernement a acté sa dissolution lors du Conseil des ministres du mercredi 6 mai. Cette décision, qui met fin à plus de deux décennies d'existence pour l'institution, survient dans un contexte de tensions récurrentes autour de l'organisation des élections. Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a officialisé la nouvelle à l'issue de la réunion ministérielle. "Le Conseil des ministres a décidé de la dissolution de la CEI", a-t-il déclaré, précisant que les contours de l'instance qui la remplacera n'étaient pas encore définis. Ce nouveau mécanisme, selon lui, sera placé sous l'égide directe de l'administration. La CEI, fondée en 2001, avait pour mission de superviser le bon déroulement des élections, un rôle qui l'avait placée au cœur de nombreuses controverses. Sa dissolution intervient quelques mois après la réélection du président Alassane Ouattara lors de la présidentielle d'octobre 2025, scrutin marqué par l'absence de plusieurs figures de l'opposition.

Des critiques persistantes de l'opposition

L'opposition ivoirienne n'avait de cesse de dénoncer le manque d'indépendance de la CEI. Des formations politiques et des organisations de la société civile avaient régulièrement exprimé des réserves quant à son fonctionnement, pointant du doigt des "dysfonctionnements". Le mouvement politique "Aujourd'hui et Demain, la Côte d'Ivoire" (ADCI), créé en juin 2024, avait notamment dénoncé la manière dont s'étaient déroulées les élections législatives de décembre 2025. Ces critiques visaient une institution qui, selon ses détracteurs, n'était pas impartiale. L'ADCI, qui avait présenté 47 candidats sans remporter de siège, avait vu ses préoccupations relayées par d'autres acteurs. L'absence de figures d'envergure comme Laurent Gbagbo, empêché par une condamnation judiciaire, ou Tidjane Thiam, pour des questions de nationalité, à la présidentielle d'octobre 2025, avait accentué le malaise. Face à ces critiques, les formations politiques concernées avaient même annoncé suspendre leurs activités au sein de la CEI. L'institution s'était toujours défendue, affirmant n'être "inféodée à aucune chapelle politique". Mais les réserves soulevées ont visiblement pesé dans la décision gouvernementale.

Un "nouveau mécanisme" pour "rassurer"

Amadou Coulibaly a justifié la dissolution par "les réserves relevées à l'endroit de cette institution, ainsi que des critiques dont elle a fait l'objet". Le porte-parole du gouvernement a ajouté que l'objectif était "de garantir de façon durable l'organisation des élections apaisées en créant davantage de confiance et en rassurant l'ensemble des Ivoiriens et de la classe politique". Il a reconnu que le "nouveau mécanisme" qui remplacera la CEI n'était pas encore défini. "Je ne peux vous dire en l'état actuel quel sera ce nouveau mécanisme qui sera mis en place, qui sera discuté au niveau du gouvernement très certainement", a-t-il précisé. Cette annonce laisse planer une incertitude sur la structure qui aura la charge de superviser les prochains scrutins, notamment la présidentielle d'octobre 2025. L'ancien Premier ministre Pascal Affi N'Guessan, dont la candidature à la présidentielle avait été rejetée, a vu dans cette dissolution une opportunité. Il a appelé le gouvernement à "ouvrir le dialogue avec les organisations politiques et de la société civile pour refonder le système électoral, au nom de la paix et de la stabilité". Sur son compte X, il a qualifié la CEI de "CEI des crises électorales et de la mort" qui a "tiré sa révérence".

Vers une refonte du système électoral?

La décision de dissoudre la CEI ouvre la voie à une refonte potentielle du système électoral ivoirien. L'opposition et la société civile appellent à un dialogue inclusif pour bâtir une nouvelle institution garante de la transparence et de l'équité. L'ancien Premier ministre Pascal Affi N'Guessan a souligné l'importance de cette démarche pour "la paix et la stabilité" du pays. Son appel au dialogue résonne avec les demandes de transparence formulées par divers acteurs politiques. La mise en place d'un "nouveau mécanisme" sous l'égide de l'administration soulève des interrogations quant à son indépendance réelle. L'enjeu sera de taille pour restaurer la confiance et assurer la crédibilité des futurs processus électoraux, à l'approche de la présidentielle de 2025.

À retenir

  • La Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d'Ivoire a été dissoute le 6 mai par le gouvernement.
  • Cette décision fait suite à des critiques récurrentes de l'opposition concernant le manque d'indépendance de l'institution.
  • Un nouveau mécanisme électoral sera mis en place, mais ses contours restent flous.
  • L'objectif affiché est de renforcer la confiance dans l'organisation des élections.
  • Des appels au dialogue ont été lancés par des figures de l'opposition pour refonder le système électoral.
  • La présidentielle est prévue pour octobre 2025, rendant la mise en place d'une nouvelle structure électorale urgente.
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