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Bassirou Diomaye Faye menace de limoger Ousmane Sonko et met en garde contre la « personnification » du Pastef

Dans une interview marathon, le président sénégalais a pour la première fois évoqué la possibilité de remplacer son Premier ministre, tout en critiquant la dérive personnaliste du parti au pouvoir.

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Bassirou Diomaye Faye menace de limoger Ousmane Sonko et met en garde contre la « personnification » du Pastef
Dans une interview marathon, le président sénégalais a pour la première fois évoqué la possibilité de remplacer son PremCrédit · Jeune Afrique

Les faits

  • Le président Bassirou Diomaye Faye a accordé une interview de plus de deux heures le samedi 2 mai 2026.
  • Il a été interrogé par trois journalistes de la RTS, Walf TV et TFM.
  • Le chef de l'État a laissé entendre qu'il pourrait limoger son Premier ministre Ousmane Sonko.
  • Il a critiqué la « personnification » du projet du Pastef, sans citer directement Sonko.
  • Le président a émis des réserves sur la réforme du code électoral adoptée mardi par l'Assemblée nationale.
  • Le prix du baril de pétrole, base de la croissance sénégalaise, est passé de 64,5 dollars à 119 dollars.
  • Le Sénégal ne soutient pas la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l'ONU.
  • L'opposition estime que la réforme du code électoral vise à sécuriser l'éligibilité d'Ousmane Sonko en 2029.

Un avertissement présidentiel sans précédent

Pour la première fois depuis son élection, Bassirou Diomaye Faye a ouvertement évoqué la possibilité de limoger son Premier ministre, Ousmane Sonko. C'était samedi soir, lors d'un entretien télévisé de plus de deux heures avec trois journalistes sénégalais, diffusé sur la RTS, Walf TV et TFM. Interrogé sur ses relations avec le chef du gouvernement, le président a déclaré que sa confiance demeurait, mais que le maintien de M. Sonko à la primature dépendait de celle-ci. « Le jour où ce ne sera plus le cas, un remplacement reste possible », a-t-il averti, sans préciser de calendrier.

La réforme du code électoral au cœur des tensions

M. Faye a également exprimé des réserves sur la réforme du code électoral, portée dans l'urgence par des députés du Pastef et adoptée mardi à l'Assemblée nationale. L'opposition y voit une manœuvre pour garantir l'éligibilité d'Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029, après que ce dernier a été empêché de se présenter en mars 2024. Le président a souligné qu'il n'avait pas été associé à cette initiative, tout en reconnaissant des divergences avec son Premier ministre sur le sujet. La réforme a été adoptée sans consensus, creusant un peu plus le fossé entre les deux hommes.

La personnification du projet Pastef dénoncée

Sans citer directement Ousmane Sonko, le chef de l'État a mis en garde contre une « personnification » excessive du projet politique du Pastef. « Des gens ont perdu leur travail, d'autres ont perdu leurs biens pour ce projet. Cela n'a pas été fait pour les beaux yeux d'un homme, mais pour la quintessence du projet », a-t-il asséné. « Le Sénégal n'a pas besoin de messie, mais d'une masse critique de citoyens », a-t-il ajouté, appelant à dissocier le projet du leader qui l'a incarné à un moment donné. Ces propos interviennent dans un contexte de tensions larvées entre le président et le Premier ministre, figures centrales du même parti.

Une crise économique aggravée par la flambée du pétrole

L'interview a aussi été l'occasion de dresser un tableau sombre de la situation économique. Le président a annoncé que des temps difficiles attendent les Sénégalais, en raison de la dette et des chocs à venir liés à l'envolée des cours du pétrole. « Nous avions basé notre croissance sur un prix du baril fixé à 64,5 dollars. Aujourd'hui il est à 119 dollars », a-t-il expliqué, précisant que si cette tendance se poursuit, le pays risque d'être contraint d'appliquer la vérité des prix. Les mesures d'austérité déjà en place pourraient donc être renforcées.

Le non-soutien à la candidature de Macky Sall

Interrogé sur la candidature de l'ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général de l'ONU, Bassirou Diomaye Faye a indiqué que l'État sénégalais ne la soutenait pas. La raison invoquée: le gouvernement n'a été ni prévenu, ni associé à cette initiative. Cette prise de position marque une rupture nette avec la diplomatie de l'ancien régime, alors que M. Sall avait quitté le pouvoir en mars 2024 après avoir été contraint de renoncer à un troisième mandat.

Un équilibre politique fragile

Le Sénégal traverse une situation politique inédite où le président doit son élection à Ousmane Sonko, empêché de se présenter. Le Pastef a remporté la présidentielle dès le premier tour en mars 2024, sur fond de contestation contre Macky Sall et de promesses de réformes. Mais depuis, les tensions entre les deux hommes se sont accrues, alimentées par des divergences sur la stratégie politique et la gestion du parti. La menace de limogeage formulée par M. Faye pourrait précipiter une recomposition de l'exécutif, avec des conséquences sur la stabilité du gouvernement.

L'avenir incertain de la coalition au pouvoir

Le président a rappelé que le Pastef « est plus grand que n'importe quel homme », et que le parti « risque d'être détruit si ses membres ne changent pas de cap ». Cette mise en garde intervient alors que les dissensions internes menacent l'unité du mouvement. La question centrale reste de savoir si Bassirou Diomaye Faye mettra à exécution sa menace. Si tel était le cas, le départ d'Ousmane Sonko pourrait ouvrir une crise politique majeure, mais aussi offrir au président l'opportunité d'affirmer son autorité et de redéfinir la ligne politique du gouvernement.

À retenir

  • Bassirou Diomaye Faye a pour la première fois menacé de limoger Ousmane Sonko, signalant une rupture dans leur relation.
  • Le président a critiqué la « personnification » du Pastef et appelé à recentrer le parti sur son projet collectif.
  • La réforme du code électoral, adoptée sans consensus, est perçue comme un outil pour garantir l'éligibilité de Sonko en 2029.
  • La flambée du prix du pétrole (de 64,5 à 119 dollars le baril) aggrave la crise économique et pourrait entraîner de nouvelles mesures d'austérité.
  • Le Sénégal ne soutient pas la candidature de Macky Sall à l'ONU, marquant une rupture diplomatique avec l'ancien président.
  • L'équilibre politique entre le président et le Premier ministre est de plus en plus fragile, avec un risque de crise gouvernementale.
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