Monde

Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes

La chute de Tessalit, dotée d'une piste d'atterrissage pour gros porteurs, aggrave la crise de la junte malienne, déjà fragilisée par la perte de Kidal et la mort du ministre de la Défense.

6 min
Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes
La chute de Tessalit, dotée d'une piste d'atterrissage pour gros porteurs, aggrave la crise de la junte malienne, déjà fCrédit · Reuters

Les faits

  • Les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont pris le contrôle du camp d’Amachach-Tessalit le 1er mai 2026.
  • Les paramilitaires russes d’Africa Corps et l’armée malienne ont abandonné leurs positions sans combat.
  • Le camp dispose d’une piste d’atterrissage en bon état, capable d’accueillir hélicoptères et avions militaires lourds.
  • Les rebelles ont saisi un hélicoptère d’attaque Mi-24, une station de contrôle de drones, des véhicules blindés et un important stock de munitions et missiles.
  • Le FLA combat en collaboration avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
  • Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors d’une attaque à Kati plus tôt dans la semaine.
  • Le JNIM a appelé le 30 avril à un « front commun » pour « mettre fin à la junte » au pouvoir depuis 2020.

Un retrait sans combat, une prise sans effusion de sang

Vendredi 1er mai 2026, aux premières heures du jour, les paramilitaires russes d’Africa Corps ont plié bagage au camp d’Amachach-Tessalit, dans le nord du Mali. Ils ont démonté leurs installations, abandonné le matériel qu’ils ne pouvaient emporter, puis quitté la ville en convoi escorté par un hélicoptère de combat. Aucun coup de feu n’a été échangé. Les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) sont alors entrés sans résistance. Ils ont hissé leur drapeau sur le camp et pris possession des lieux. Le même scénario s’est répété à Aguelhok, situé à une centaine de kilomètres de Kidal, où le FLA a également pris le contrôle du camp militaire. « Aucun combat n’a eu lieu », a confirmé une source sécuritaire. Les forces maliennes et russes avaient déjà évacué avant l’arrivée des assaillants, selon plusieurs sources locales.

Tessalit, un point névralgique aux portes de l’Algérie

Tessalit n’est pas une localité ordinaire. Située dans la région de Kidal, à quelques kilomètres de la frontière algérienne, elle abrite une piste d’atterrissage en bon état, capable d’accueillir des hélicoptères et des avions militaires de grande taille. Cette infrastructure en fait un point stratégique pour le contrôle du nord du Mali. Avec Kidal, tombée en début de semaine, et Tessalit, les groupes armés opposés à Bamako disposent désormais de plusieurs infrastructures aéroportuaires où des avions venus du monde entier peuvent atterrir directement. Le camp d’Amachach, à sept kilomètres du centre-ville, est un atout militaire de premier ordre. Le butin laissé par les forces en retraite est considérable: un hélicoptère d’attaque Mi-24, une station de contrôle de drones, des véhicules blindés et un important stock de munitions et de missiles. Les rebelles ont également récupéré du matériel que les soldats avaient incendié avant de partir.

Une alliance de circonstance entre le FLA et le JNIM

Le FLA ne combat pas seul. Depuis le début de l’offensive, il agit en coordination avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. « Actuellement, nous mettons en œuvre aux côtés du JNIM une stratégie commune de guerre contre nos ennemis », a déclaré le chef d’état-major du FLA, Chafigu Ag Bohada, dans une vidéo diffusée en ligne. Cette alliance tactique a été précisée par le commandant rebelle: « Certains nous accusent d’être alliés. Nous combattons effectivement ensemble mais uniquement pendant les opérations militaires. L’objectif est de chasser le gouvernement de Goïta et Africa Corps. Une fois cette mission accomplie, il y aura des discussions en vue d’une paix durable. » Le gouvernement de Bamako considère le FLA et le JNIM comme des organisations terroristes. La coordination entre séparatistes touaregs et djihadistes marque une escalade inédite depuis plus d’une décennie.

Une offensive éclair qui a déjà coûté la vie au ministre de la Défense

L’offensive a débuté samedi 26 avril par des attaques quasi simultanées contre l’aéroport international de Bamako et plusieurs autres villes, menées à moto et en camion. Au moins dix sites ont été ciblés. Les rebelles ont ensuite pris Kidal, ancien bastion séparatiste, forçant les forces maliennes et russes à se retirer. Le bilan humain est lourd: le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors d’une attaque à Kati. Figure centrale du régime et artisan du rapprochement avec la Russie, sa disparition constitue un choc majeur pour le pouvoir. Sa mort n’a pas été officiellement confirmée par les autorités maliennes, mais plusieurs sources la tiennent pour acquise. Le JNIM a par ailleurs appelé, jeudi 30 avril, à un large « front commun » pour « mettre fin à la junte » au pouvoir depuis 2020, en vue d’« une transition pacifique et inclusive ». Le groupe djihadiste affirme avoir instauré un blocus routier autour de Bamako, accentuant la pression sur les autorités.

Deux hypothèses pour expliquer le retrait russe

Le repli des forces russes intervient alors qu’un responsable russe affirmait, jeudi 30 avril à Moscou, que la Russie resterait aux côtés du Mali dans la lutte contre les groupes armés. Ce décalage entre les déclarations et les faits alimente les interrogations. Deux hypothèses sont avancées par les observateurs. La première: la chute de Kidal aux mains des rebelles aurait poussé les forces russes à évacuer Tessalit et Aguelhok, car les rebelles approchaient dangereusement de ces positions. La seconde: ce mouvement pourrait traduire une volonté de regroupement des forces dans des zones jugées plus stratégiques, notamment le long de la route nationale 18, où des éléments russes seraient toujours présents. Le contingent russe n’est plus présent que dans une seule ville de la région de Kidal. Reste à savoir s’il poursuivra son retrait vers le sud ou s’il se prépare à une contre-offensive.

Une dynamique défavorable pour Bamako

La perte successive de Kidal, Tessalit et Aguelhok remet en cause le discours officiel de la junte, selon lequel la rupture avec les partenaires occidentaux et le renforcement militaire russe avaient permis d’inverser la menace djihadiste. Malgré les déclarations du chef de la transition, Assimi Goïta, assurant que la situation est maîtrisée, plusieurs observateurs estiment que le régime traverse l’une des périodes les plus critiques depuis son arrivée au pouvoir. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous dirigés par des militaires issus de coups d’État récents, ont rompu leurs liens sécuritaires avec les partenaires occidentaux et se sont tournés vers la Russie. Mais l’offensive en cours montre les limites de ce rééquilibrage. La chute de Tessalit confirme une dynamique défavorable pour Bamako et pourrait rebattre les équilibres sécuritaires et politiques au Mali. Les groupes armés contrôlent désormais une grande partie de la région de Kidal, et la pression sur la capitale s’intensifie.

À retenir

  • Les rebelles du FLA ont pris Tessalit et Aguelhok sans combat après le retrait des forces maliennes et russes.
  • Le camp de Tessalit dispose d’une piste d’atterrissage stratégique pour gros porteurs, renforçant le contrôle des rebelles dans le nord.
  • Le FLA et le JNIM mènent une offensive coordonnée, avec pour objectif commun de chasser la junte et Africa Corps.
  • Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué, fragilisant davantage le régime.
  • Le retrait russe interroge: repli tactique ou signe de faiblesse face à l’avancée rebelle?
  • La junte malienne perd le contrôle de plusieurs bastions, remettant en cause sa stratégie de sécurité.
Galerie
Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 1Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 2Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 3Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 4Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 5Les rebelles du FLA s'emparent du camp stratégique de Tessalit après le retrait des forces russes et maliennes — image 6
Pour aller plus loin