Politique

Jordan Bardella promet de retirer le drapeau européen de l'Élysée et se dit ouvert à une taxation des superprofits

Le président du Rassemblement national a dévoilé une série de mesures lors d'un entretien télévisé, allant du symbole national à la géopolitique du détroit d'Ormuz.

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Jordan Bardella promet de retirer le drapeau européen de l'Élysée et se dit ouvert à une taxation des superprofits
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Les faits

  • Jordan Bardella, président du RN, propose de retirer le drapeau européen des perrons de l'Élysée et de Matignon.
  • TotalEnergies a réalisé un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros) au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an.
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé le 29 avril à TotalEnergies de redistribuer ses profits exceptionnels.
  • Bardella se dit favorable à une taxation des superprofits dans le contexte de crise actuelle.
  • Il s'oppose à l'envoi de la marine française dans le détroit d'Ormuz sans un cessez-le-feu durable.
  • Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est fermé.
  • Jean-Philippe Allenbach dénonce le double jeu du RN, qui critique l'Europe mais recourt à la CEDH.
  • Marine Le Pen a saisi la CEDH en juillet 2025 contre l'État français.

Un geste symbolique fort pour l'Élysée

Jordan Bardella a annoncé mercredi 29 avril sur BFMTV que, s'il était élu président de la République en 2027, il ferait retirer le drapeau européen des perrons de l'Élysée et de l'hôtel de Matignon pour n'y laisser que le drapeau tricolore. « Sur le perron de l'Élysée, sur le perron de Matignon, oui, je pense que je ne laisserais que le drapeau français parce que c'est un symbole », a-t-il déclaré, ajoutant que l'Élysée « a une portée évidemment historique, une portée symbolique (...) c'est la maison du peuple français ». Cette proposition intervient alors que le président du Rassemblement national cherche à incarner une rupture avec les institutions européennes, qu'il critique régulièrement. Le geste vise à affirmer une souveraineté nationale que le parti juge mise à mal par l'Union européenne.

Une ouverture inattendue sur la taxation des superprofits

Interrogé sur les résultats de TotalEnergies, qui a affiché un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros) au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an grâce à la flambée des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient, Jordan Bardella n'a pas fermé la porte à une taxation des superprofits. « Dans le contexte de crise que nous connaissons, la mobilisation de tous est évidemment indispensable », a-t-il déclaré, tout en saluant le blocage des prix des carburants décidé par le géant pétrolier et en appelant à ce que « ce geste soit poursuivi ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé le même jour à TotalEnergies de redistribuer ses profits « d'une manière ou d'une autre ». Bardella s'est ainsi aligné sur la position gouvernementale, tout en critiquant l'impuissance de l'exécutif face à la hausse des prix à la pompe, qu'il a qualifiée de « complètement folle » et qui, selon lui, « va sans doute l'être pendant plusieurs mois, voire plusieurs années ».

Fermeté sur le détroit d'Ormuz: pas de marine française sans cessez-le-feu

La fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % de la consommation mondiale de pétrole, aggrave la crise énergétique. La France et le Royaume-Uni ont lancé une « mission multilatérale » défensive, mais les modalités restent à préciser. L'Élysée a rappelé que la France dispose d'un porte-avions, d'une dizaine de bateaux et d'une cinquantaine d'avions dans la région. Jordan Bardella s'est dit favorable à la réouverture du détroit, mais a exclu tout envoi de la marine française « tant qu'il n'y a pas de cessez-le-feu durable ». « Il serait périlleux, et peut-être à perte, d'envoyer des soldats de la marine française dans le détroit d'Ormuz », a-t-il affirmé, tout en envisageant des « missions d'accompagnement » après la réouverture, notamment pour le déminage. Il a également fermé la porte à une mission terrestre en Iran, critiquant les objectifs « erratiques » du président américain qui « crée le doute dans le camp occidental ».

Une souveraineté à la carte dénoncée par un adversaire politique

La promesse de Bardella de retirer le drapeau européen a suscité une réaction cinglante de Jean-Philippe Allenbach, président du Mouvement Franche-Comté. Dans une charge virulente, Allenbach dénonce le « double jeu » du Rassemblement national, qui critique l'Europe en public mais n'hésite pas à recourir à ses institutions lorsque ses intérêts sont en jeu. Il rappelle qu'en juillet 2025, Marine Le Pen a saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) contre l'État français, suivant l'exemple de son père qui avait déjà utilisé cette voie pour défendre sa liberté d'expression. Allenbach fustige ce « primitivisme nationaliste » et un manque de « décence morale » chez ceux qui « conspuent Strasbourg devant les caméras mais s'empressent de demander à cette même Europe de condamner la France ».

Les enjeux de la présidentielle de 2027 se précisent

Les déclarations de Jordan Bardella s'inscrivent dans une stratégie de positionnement en vue de l'élection présidentielle de 2027. En mêlant symboles nationaux, propositions économiques et prudence géopolitique, le président du RN tente de construire une image de chef d'État crédible, tout en maintenant une ligne eurosceptique. Cependant, les contradictions soulevées par Allenbach pourraient fragiliser ce discours. La capacité du RN à concilier sa rhétorique souverainiste avec le recours effectif aux instances européennes reste une question ouverte, qui pourrait être exploitée par ses adversaires dans la campagne à venir.

À retenir

  • Jordan Bardella promet de retirer le drapeau européen de l'Élysée et de Matignon en cas de victoire en 2027.
  • Il se dit ouvert à une taxation des superprofits, en phase avec la demande du Premier ministre Lecornu.
  • Il s'oppose à l'envoi de la marine française dans le détroit d'Ormuz sans cessez-le-feu, mais envisage des missions d'accompagnement post-réouverture.
  • TotalEnergies a enregistré un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 51 %.
  • Jean-Philippe Allenbach dénonce l'incohérence du RN, qui critique l'Europe mais utilise la CEDH.
  • La fermeture du détroit d'Ormuz, qui voit passer 20 % du pétrole mondial, exacerbe la crise énergétique.
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