Bruno Le Maire dépeint un monde où la force a supplanté le droit
Dans son nouveau livre, l'ancien ministre de l'Économie raconte ses face-à-face avec Trump, Poutine et Musk, et appelle l'Europe à rompre mentalement avec les États-Unis.

FRANCE —
Les faits
- Bruno Le Maire publie 'Le temps d’une décision' (Gallimard).
- Il y décrit ses rencontres avec Donald Trump, Vladimir Poutine et Elon Musk.
- Il qualifie Trump d'homme d'instincts, imprévisible, sans respect pour les règles démocratiques.
- Il estime que Trump aspire à établir un régime autoritaire aux États-Unis.
- Il appelle l'Europe à rompre mentalement, économiquement et technologiquement avec les États-Unis.
- Il décrit Elon Musk comme un génie potentiellement malfaisant, plus puissant que la plupart des chefs d'État.
- Il craint que les technologies, notamment l'IA, ne transforment les démocraties en régimes illibéraux.
- Il critique le fonctionnement de l'UE à 27, citant un blocage lors de la crise du lait en 2009.
Un récit au cœur du pouvoir mondial
Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, publie 'Le temps d’une décision', un livre qui plonge le lecteur dans les coulisses du pouvoir au XXIe siècle. L'ouvrage relate ses rencontres avec les figures les plus influentes de la planète, de Donald Trump à Vladimir Poutine en passant par Elon Musk. À travers ces récits, Le Maire dresse un portrait sans concession d'un monde où la force a repris le pas sur le droit. Le livre, qualifié de 'livre de vérité' par l'éditeur, met à nu ce que l'auteur appelle la 'grande bascule du monde'. Il interroge le sens de la décision politique dans un contexte où les nations semblent perdre leur souveraineté face aux géants de la tech et aux régimes autoritaires. Le Maire y décrit des négociations internationales vidées de leur substance, des G20 et Conseils européens où les décisions se prennent ailleurs.
Trump, l'homme d'instincts qui méprise l'Europe
Le Maire consacre plusieurs passages à Donald Trump, qu'il a rencontré à plusieurs reprises. Il le décrit comme 'un homme d'instincts' qui 'flaire' les situations et les personnes, et qui a fait de l'imprévisibilité une méthode de gouvernement. Trump, 'n’a aucun respect pour les règles démocratiques' et son ambition serait d'établir 'une forme de régime autoritaire aux États-Unis'. L'ancien ministre affirme que Trump 'n'aime ni ne respecte le continent européen'. Il en tire une conclusion politique radicale: 'L'Europe doit rompre avec ces États-Unis. Pas seulement financièrement, économiquement et technologiquement, mais aussi mentalement.' Il exhorte les Européens à 'devenir adultes' et à cesser de considérer les États-Unis comme un 'papa' protecteur.
Elon Musk, le génie libertarien qui veut forcer les portes du réel
Le portrait d'Elon Musk est tout aussi saisissant. Le Maire le décrit comme 'un génie' mais prévient que 'les génies peuvent aussi être malfaisants'. Il raconte leur rencontre lors du sommet Choose France, où Musk ne s'intéressait qu'à la vie sur Mars, considérant le reste comme 'anecdotique'. Pour Le Maire, Musk 'veut forcer les portes du réel'. Il souligne que Musk est 'plus puissant que la plupart des chefs d’État de la planète' et qu'il met cette puissance au service d'un projet politique libertarien, sans aucune limite à la liberté, 'même pas celle du respect d’autrui'. Le Maire alerte sur la dépendance des Européens à l'égard de Starlink, le réseau de satellites de Musk, posant la question: 'Les Européens veulent-ils dépendre de lui pour leurs communications?'
La menace des 'minotaures de la tech' sur la démocratie
Le Maire forge le terme 'minotaures de la tech' pour désigner les patrons de Google, Amazon et autres géants du numérique, qui selon lui 'prennent possession de nos cerveaux après avoir organisé notre vie quotidienne'. Il estime que ces entreprises incarnent une 'option civilisationnelle différente' de celle de l'Europe. Il met en garde contre le risque que les technologies, notamment l'intelligence artificielle, orientent la pensée dès l'enfance, transformant les démocraties en 'régimes illibéraux'. 'Penser, c’est s’ouvrir à ce qui n’est pas soi. Or ces technologies nous enferment dans un seul type de pensée', explique-t-il. Il appelle la France à porter le 'combat de la lecture' au niveau européen pour contrer cette dérive.
L'Europe à 27: une machine à ne pas décider
Le livre rapporte une anecdote de Patrick Pouyanné, PDG de Total, qui décrit l'Europe comme 'une anti-puissance' et suggère de 'tout faire péter' pour repartir à cinq ou six. Le Maire partage ce constat d'échec. Il raconte son expérience lors de la crise du lait en 2009, où il avait négocié des nuits entières pour obtenir 600 millions d'euros d'aide aux producteurs, avant que le représentant de Malte ne bloque l'accord. 'Si nous continuons à 27, nous n'obtiendrons pas les résultats attendus par nos compatriotes, ni sur le prix de l'énergie, ni sur la relance industrielle, ni sur la protection de nos frontières', affirme-t-il. Il estime que 'l'absence de décision est la première cause de la montée des extrêmes en Europe'.
Un appel à l'indépendance et à l'action
Le Maire conclut sur un appel urgent à l'action. Il estime que l'Europe doit 'assumer son indépendance mentale, morale, intellectuelle, scientifique par rapport aux États-Unis d’Amérique'. Il souligne que ce n'est pas une option mais une nécessité pour les 'prochaines décennies'. Il évoque également le dossier des semi-conducteurs, sur lequel il se bat depuis un an avec ASML, affirmant que 'c'est maintenant ou jamais'. Le livre se veut un récit haletant qui fait vivre le pouvoir 'minute par minute, jour par jour', et qui montre l'engagement public comme un 'combat moral et physique'.
À retenir
- Bruno Le Maire publie 'Le temps d’une décision', un récit de ses expériences au plus haut niveau du pouvoir mondial.
- Il décrit Donald Trump comme un homme d'instincts, imprévisible et sans respect pour les règles démocratiques, visant un régime autoritaire.
- Il qualifie Elon Musk de génie potentiellement malfaisant, plus puissant que la plupart des chefs d'État, et alerte sur la dépendance européenne à Starlink.
- Il invente le terme 'minotaures de la tech' pour dénoncer le pouvoir des géants du numérique sur les démocraties.
- Il critique l'UE à 27 comme incapable de décider, citant l'exemple du blocage par Malte en 2009.
- Il appelle l'Europe à rompre mentalement avec les États-Unis et à agir rapidement pour sa souveraineté technologique.


Fête du Travail : le gouvernement retire son communiqué après le recours des syndicats

Jordan Bardella étrille Attal, Philippe et Retailleau et les somme de « se couvrir la tête de cendres »

« C’était pour casser du Macron » : le neveu de Brigitte Macron raconte l’enfer vécu par la famille Trogneux
