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Crans-Montana : l'enquête s'étend aux secours et à l'ancienne commune de Chermignon

Quatre mois après l'incendie du bar Le Constellation qui a fait 41 morts, le Ministère public valaisan ouvre une procédure distincte sur la gestion des secours, tandis que l'ancien président de Chermignon est convoqué comme prévenu.

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Crans-Montana : l'enquête s'étend aux secours et à l'ancienne commune de Chermignon
Quatre mois après l'incendie du bar Le Constellation qui a fait 41 morts, le Ministère public valaisan ouvre une procéduCrédit · Le Temps

Les faits

  • Incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana le 1er janvier 2026.
  • 41 morts et plus d'une centaine de blessés.
  • Le Ministère public valaisan ouvre une nouvelle instruction pénale sur la gestion des secours.
  • Treize personnes, dont les propriétaires Jessica et Jacques Moretti, poursuivies pour homicide par négligence.
  • L'ancien président de Chermignon, Jean-Claude Savoy, convoqué comme prévenu le 13 mai.
  • Jérémie Rey, ancien chargé des constructions de Chermignon (2013-2016), entendu le 3 juin.
  • Factures médicales envoyées à des familles de victimes, allant de 17 000 CHF à 68 000 CHF.
  • La Première ministre italienne Giorgia Meloni s'est dite 'choquée' le 21 avril.

Le drame et ses suites judiciaires

Dans la nuit du Nouvel An, un incendie a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana, faisant 41 morts et plus d'une centaine de blessés. Quatre mois plus tard, l'enquête pénale s'élargit à de nouveaux acteurs. Le Ministère public valaisan a annoncé l'ouverture d'une instruction distincte portant sur la gestion des secours, tandis que les regards se tournent vers l'ancienne commune de Chermignon, dissoute en 2017 lors de la fusion ayant créé Crans-Montana. Cette décision vise à éviter d'alourdir la procédure principale, qui vise déjà treize personnes, dont les époux Jessica et Jacques Moretti, propriétaires du bar, poursuivis pour homicide par négligence.

La responsabilité des secours en question

La nouvelle procédure examine si les secouristes ont sous-évalué la gravité des blessures. Me Philippe Nantermod, avocat d'une victime de 16 ans, estime que des « complications considérables » auraient pu être évitées avec une meilleure prise en charge. Me Fabrizio Ventimiglia, représentant une ressortissante italienne, déplore le manque de civières, de couvertures thermiques et de bouteilles d'oxygène. « Enquêter sur la gestion des secours est une question de respect des victimes », a-t-il déclaré. L'Organisation cantonale valaisienne des secours s'est dite surprise par ces « allégations », affirmant que ses équipes sont « composées de professionnels qualifiés spécifiquement formés à la gestion de situations d'urgence en contexte de victimes multiples ».

Les anciens élus de Chermignon dans le viseur

L'enquête se concentre désormais sur les faits survenus en 2015 au Constellation, alors situé sur le territoire de Chermignon. Une lettre datée du 6 juillet 2015 montre que les autorités communales ne pouvaient ignorer l'ampleur des travaux menés dans le bar, notamment au sous-sol. L'ancien président de Chermignon, Jean-Claude Savoy, sera entendu comme prévenu le 13 mai, suivi le 3 juin par Jérémie Rey, chargé des constructions de 2013 à 2016. Ces auditions marquent un tournant dans l'enquête, qui remonte jusqu'aux responsabilités politiques locales avant la fusion communale.

Des factures médicales qui enflamment les tensions diplomatiques

La tragédie a pris une dimension politique après que des médias italiens ont révélé que trois familles de victimes avaient reçu des factures médicales d'un hôpital de Sion, allant de 17 000 CHF à 68 000 CHF (17 700 € à 71 000 €). Le 21 avril, la Première ministre italienne Giorgia Meloni s'est dite « choquée » sur X. L'ambassadeur italien en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, a indiqué avoir parlé avec le président du canton du Valais, Mathias Reynard, qui a qualifié ces envois d'« erreur ». Les autorités suisses ont précisé que les victimes n'auraient pas à payer, les factures étant couvertes par les assurances et les centres d'aide aux victimes. Un porte-parole du Département fédéral de l'intérieur a expliqué que les copies avaient été envoyées à titre d'information, conformément à la loi suisse, et que les documents comportaient une mention « ne doit pas être payée ».

La colère des avocats des victimes

Malgré ces explications, Domenico Radice, avocat de plusieurs victimes, a qualifié les documents d'« inappropriés ». Il estime que, compte tenu des « prétendues responsabilités publiques », les coûts devraient être pris en charge par les autorités suisses sans qu'il soit nécessaire d'envoyer de tels documents. Cette affaire ravive les tensions entre l'Italie et la Suisse, alors que six adolescents italiens figurent parmi les morts et qu'au moins treize ressortissants italiens ont été hospitalisés pour de graves brûlures. La question du remboursement des frais médicaux par l'Italie reste en suspens, ajoutant une couche diplomatique à une tragédie déjà complexe.

Une enquête à plusieurs volets

Le Ministère public valaisan a choisi de séparer les procédures pour gérer efficacement les différentes dimensions de l'affaire. Outre les propriétaires du bar et les secours, l'enquête explore les éventuelles négligences des autorités locales de l'époque. La fusion des communes en 2017 complique la traçabilité des responsabilités, mais les convocations de Jean-Claude Savoy et Jérémie Rey montrent que la justice remonte le fil jusqu'aux décisions prises avant la catastrophe. L'incendie du Constellation restera comme l'une des tragédies les plus meurtrières de l'histoire récente de la Suisse, et ses répercussions judiciaires et politiques sont loin d'être closes.

À retenir

  • Le Ministère public valaisan ouvre une instruction distincte sur la gestion des secours après l'incendie du Constellation.
  • L'ancien président de Chermignon et son chargé des constructions sont convoqués comme prévenus.
  • Des factures médicales envoyées à des familles de victimes italiennes suscitent une controverse diplomatique.
  • Les autorités suisses affirment que les victimes ne paieront pas, mais les avocats jugent l'envoi inapproprié.
  • Treize personnes sont poursuivies pour homicide par négligence, dont les propriétaires du bar.
  • L'enquête remonte jusqu'aux travaux effectués en 2015 au sous-sol du bar, connus des autorités de Chermignon.
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