Gabriel Attal veut supprimer le plafond des heures supplémentaires et l'âge légal de la retraite
L'ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance détaille sa philosophie du travail à un an de la présidentielle, entre démassification de l'université et refonte du Code du travail.

FRANCE —
Les faits
- Gabriel Attal propose de supprimer le plafond de 220 heures supplémentaires annuelles autorisées.
- Il plaide pour une démassification de l'enseignement supérieur et un raccourcissement de la durée moyenne des études.
- Attal veut remplacer l'âge légal de départ à la retraite par une durée de cotisation, avec des décotes et surcotes renforcées.
- Le 1er mai 2026, sa proposition de loi visant à autoriser le travail salarié dans les commerces de bouche, fleuristes et établissements culturels a été écartée par le gouvernement.
- Il regrette que les bouchers aient été exclus du texte final, recentré sur les boulangers et fleuristes.
- Attal promet de reprendre la réforme de l'assurance chômage interrompue par la dissolution, avec réduction de la durée d'indemnisation.
- Il appelle à un nouveau Code du travail, simple, négocié avec les partenaires sociaux, les partis et le gouvernement.
Une offensive sur le terrain du travail à un an de la présidentielle
Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance et ancien Premier ministre, a choisi le 1er mai 2026 pour préciser sa vision du travail, qu'il entend ériger en « enjeu majeur de l'élection présidentielle ». Dans un entretien au Figaro publié le 30 avril, il déclare: « Je me bats pour le droit au travail et la liberté de travailler. C’est ma philosophie et je veux en faire un enjeu majeur de l’élection présidentielle. » Le même jour, sur RMC, il revient sur l'échec de sa proposition de loi visant à permettre le travail salarié le 1er mai dans les commerces de bouche, les fleuristes et les établissements culturels. Le gouvernement a écarté son texte pour le recentrer sur les seuls artisans boulangers et fleuristes, sous réserve d'accords de branche, avec une entrée en vigueur prévue avant le 1er mai 2027. Attal exprime son regret: « Je ne jette la pierre à personne, mais je regrette que le gouvernement ait fait le choix de retirer le texte. » Il déplore que les bouchers aient été exclus, alors que « dans une rue commerçante, il y a le boulanger, le fleuriste et bien souvent le boucher. Ça n'a pas vraiment de sens de leur demander de fermer. » Il propose pour les autres activités une approche branche par branche, avec discussion entre partenaires sociaux.
Supprimer le plafond des heures supplémentaires et réécrire le Code du travail
Au cœur de son programme, Attal prône la suppression du plafond annuel de 220 heures supplémentaires autorisées. « Il n’y a pas de raison que ce seuil existe alors que tant de Français veulent améliorer leur rémunération. Il faut laisser tranquilles les Français qui veulent travailler! On travaille 110 heures de moins que les autres pays européens, ce n’est pas tenable », argue-t-il. Il appelle à une refonte en profondeur du Code du travail: « Repartir de zéro avec les partenaires sociaux, les partis politiques et le gouvernement autour de la table pour écrire un nouveau Code du travail, simple, qui soit une sorte de Constitution du travail, avec un petit nombre de grands principes, tout en laissant le reste aux accords de branche et accords d’entreprise. » Attal insiste sur le fait qu'il ne veut pas « forcer les Français qui travaillent à travailler davantage », mais permettre à ceux qui le souhaitent de le faire, en levant les obstacles légaux actuels.
Démassification de l'enseignement supérieur et raccourcissement des études
Ancien ministre de l’Éducation, Gabriel Attal lie sa vision du travail à une réforme du système éducatif. « Les Français entrent plus tard que les autres sur le marché du travail et en sortent trop tôt. Pour corriger le tir, il faut plus d’apprentissage et la démassification de l’enseignement supérieur », estime-t-il. Il prône une transparence sur le taux d’insertion professionnelle des filières et une augmentation des places dans les formations menant aux métiers d’avenir: industrie, transition écologique, intelligence artificielle. « Il faut aussi raccourcir la durée moyenne des études pour arriver plus tôt sur le marché du travail », ajoute-t-il. Cette approche s'inscrit dans sa « révolution du travail » autour de trois principes: « travailler tous, travailler mieux, pour mieux en vivre ».
Retraites: l'âge légal « ne sert plus à rien », place à la durée de cotisation
Sur le dossier des retraites, Gabriel Attal propose un changement radical: supprimer la notion d'âge légal de départ pour ne retenir que la durée de cotisation. « La question de l'âge légal ne sert plus à rien. Vous avez plein de dispositifs, carrière longue, pénibilité, etc. Quand vous décalez l'âge légal de départ de 2 ans, les gens partent en moyenne 6 mois plus tard tellement il y a de cas particuliers », explique-t-il sur RMC. Il souhaite instaurer « des vraies décotes et des vraies surcotes », donnant ainsi de la liberté aux individus: ceux qui partent tôt n'auront pas une pension à 100 %, ceux qui partent plus tard obtiendront « beaucoup plus ». Il défend également le développement de la capitalisation, qu'il juge bénéfique pour les pensions, les salaires (moins de cotisations) et l'économie (financement de l'innovation et de l'entreprenariat). Ce projet intervient trois ans après l'adoption controversée par 49.3 de la loi Borne, qui a relevé progressivement l'âge légal à 64 ans pour les générations nées à partir de 1969. Attal critique implicitement cette réforme, estimant que l'âge légal est inefficace.
Assurance chômage et critique des oppositions
Gabriel Attal promet de reprendre la réforme de l'assurance chômage qu'il avait préparée comme Premier ministre, interrompue par la dissolution. Celle-ci prévoyait une réduction de la durée d'indemnisation et une augmentation de la durée de cotisation pour toucher les allocations d'aide au retour à l'emploi (ARE). Il fustige les autres partis: « Le rapport au travail est l’une des questions les plus centrales, mais tous les politiques en parlent avec les mêmes vieilles lunes qu’il y a 20 ou 30 ans. » Il reproche à la droite son slogan inchangé « travailler plus pour gagner plus » et à la gauche un « travailler moins et taxer plus ». Le Rassemblement national, selon lui, « s’est toujours opposé à la France du travail », ce qui lui vaut « la médaille de l’hypocrisie ». Attal affirme que les Français « qui travaillent ne demandent pas des chèques, ne demandent pas des aides, ne demandent pas des subventions, ils veulent juste que le net se rapproche du brut ».
Une pré-campagne déjà lancée avec un livre et des propositions concrètes
L'ancien Premier ministre, entré en pré-campagne présidentielle avec la publication de son livre « En homme libre », multiplie les interventions. Il admet que cet ouvrage est « une étape importante dans ce chemin vers 2027 ». Il se projette déjà: « Si j'avais la possibilité d'avoir des responsabilités à nouveau dans l'exécutif, j'irai au bout de la réforme de l'assurance chômage que j'avais préparée. » Ses propositions, bien que rejetées en partie par le gouvernement actuel, dessinent une ligne cohérente: libéralisation du travail, recentrage sur la durée de cotisation, démassification de l'université. Attal semble vouloir incarner une droite réformatrice, en rupture avec les « vieilles lunes » qu'il dénonce. Reste à savoir si son agenda séduira au-delà de son camp, alors que les syndicats et la gauche ont vivement critiqué sa proposition sur le 1er mai, et que la réforme des retraites reste un sujet inflammable.
À retenir
- Gabriel Attal veut supprimer le plafond des heures supplémentaires (220 h/an) et l'âge légal de la retraite au profit d'une durée de cotisation.
- Il propose une démassification de l'enseignement supérieur et un raccourcissement des études pour faciliter l'entrée sur le marché du travail.
- Sa proposition de loi sur le travail le 1er mai a été écartée par le gouvernement, recentrée sur les boulangers et fleuristes.
- Il promet une refonte complète du Code du travail, négociée avec tous les partenaires sociaux.
- Attal critique la droite, la gauche et le RN sur leurs positions jugées dépassées ou hypocrites sur le travail.
- Il se positionne comme candidat potentiel à la présidentielle de 2027, avec un programme centré sur la valeur travail.






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