Culture

« On est la CGT ! 130 ans après » : un documentaire entre portraits militants et hommage institutionnel

Gilles Perret et Marion Richoux célèbrent les 130 ans du syndicat en donnant la parole à des syndicalistes de terrain, mais le film souffre d'un ton trop lisse qui le rapproche d'une communication officielle.

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« On est la CGT ! 130 ans après » : un documentaire entre portraits militants et hommage institutionnel
Gilles Perret et Marion Richoux célèbrent les 130 ans du syndicat en donnant la parole à des syndicalistes de terrain, mCrédit · Télérama

Les faits

  • La CGT a fêté ses 130 ans en septembre 2025.
  • Le documentaire est réalisé par Gilles Perret et Marion Richoux.
  • Le film suit des militants en Isère, Savoie et Sarcelles.
  • Séverine Dejoux porte un projet de reprise de l'usine Vencorex menacée de liquidation.
  • Anita Rousselot, secrétaire médicale en réanimation, se bat pour les conditions de travail.
  • Hervé Souprayen, conducteur de RER, défend le service public.
  • Christophe Ferrari, ex-président de la métropole de Grenoble, salue l'action de la CGT pour l'industrie française.
  • Le film met en avant un syndicalisme féminisé, jeune et diversifié.

Un anniversaire filmé à hauteur de militants

En septembre 2025, la Confédération générale du travail a soufflé ses 130 bougies. Pour marquer l'événement, les réalisateurs Gilles Perret et Marion Richoux ont choisi de braquer leurs caméras sur des syndicalistes de base, loin des images de merguez et de feux de palettes. Leur documentaire, intitulé « On est la CGT! 130 ans après », se veut un portrait vivant et optimiste du premier syndicat français. Le film alterne les rencontres avec des militants de terrain, en Isère, en Savoie et à Sarcelles. Chaque portrait illustre une facette des luttes actuelles: reprise d'usine, conditions de travail à l'hôpital, défense du service public. Les réalisateurs entendent montrer un syndicalisme plus féminisé, plus jeune et aux actions plus diverses que ce que la télévision donne habituellement à voir.

Séverine Dejoux et le combat pour Vencorex

En Isère, Séverine Dejoux incarne la lutte pour la sauvegarde de l'industrie française. Elle porte un ambitieux projet de reprise de l'usine Vencorex, menacée de liquidation. Son combat l'a menée des ateliers de l'usine jusqu'aux bureaux de Bercy, où elle a tenté de convaincre les pouvoirs publics de soutenir le plan de reprise. Christophe Ferrari, l'ancien président de la métropole de Grenoble, a salué l'engagement de la CGT dans ce dossier. « La CGT a montré ici qu'elle était là, plus peut-être que l'État, pour défendre l'industrie française », a-t-il déclaré. Une phrase qui résonne comme un constat amer sur le désengagement étatique.

Anita Rousselot et Hervé Souprayen: soignants et cheminots en première ligne

En Savoie, Anita Rousselot, secrétaire médicale dans un service de réanimation, se bat pour les conditions de travail des soignants. Son quotidien est fait de turn-over, de sous-effectifs et de charge mentale. Le documentaire la montre écoutant, conseillant et accompagnant ses collègues, un rôle de soutien souvent invisible. À Sarcelles, Hervé Souprayen, conducteur de RER, s'engage pour la défense du service public. Il incarne la figure du cheminot syndiqué, attaché à la qualité du transport ferroviaire. Ces deux portraits illustrent la diversité des combats menés par la CGT, au-delà des seuls bastions ouvriers.

Un ton trop lisse qui frôle l'institutionnel

Malgré la sincérité des portraits, la critique pointe un défaut majeur: le film donne l'impression d'un survol trop lisse, qui lui confère des allures de documentaire institutionnel. En évitant les angles polémiques et les aspérités du syndicalisme, les réalisateurs auraient sacrifié la profondeur au profit d'un message consensuel. Le film met en avant « le souci de l'intérêt général contre les logiques comptables » et la notion de responsabilité, mais sans jamais montrer les tensions internes ou les échecs. Ce parti pris risque de décevoir ceux qui attendaient un regard plus critique sur l'évolution de la CGT.

Un îlot de solidarité et d'optimisme

Les réalisateurs assument leur parti pris optimiste. Marion Richoux souligne qu'« il faut du courage pour être syndiqué, syndicaliste aujourd'hui », mais que l'on ne mesure pas « la force que cela donne » d'avancer ensemble. Gilles Perret renchérit: « Il faut revaloriser les gens qui se battent pour les autres. » Le documentaire se veut ainsi un « îlot de solidarité et d'optimisme » dans un paysage social morose. En plaçant la caméra à hauteur de syndicalistes de base, il espère redonner une image positive du syndicalisme, loin des clichés médiatiques.

Un pari risqué pour un syndicat en quête de renouveau

Ce film intervient à un moment charnière pour la CGT, qui cherche à rajeunir et féminiser son image. Les 130 ans du syndicat sont l'occasion de faire le bilan, mais aussi de se projeter. Le documentaire de Perret et Richoux participe de cette stratégie de communication, en offrant une vitrine des actions menées sur le terrain. Reste à savoir si ce portrait trop lisse convaincra au-delà des cercles déjà acquis à la cause syndicale. En gommant les contradictions, le film risque de ne pas toucher ceux qui doutent encore de l'utilité de la CGT. Le pari est audacieux, mais le résultat pourrait être contre-productif.

Un documentaire qui interroge le rôle du cinéma militant

« On est la CGT! 130 ans après » pose une question plus large: quel doit être le rôle d'un documentaire engagé? Doit-il être un outil de propagande, fût-elle bienveillante, ou un miroir sans complaisance? En choisissant la première option, Perret et Richoux prennent le risque de voir leur travail réduit à un simple outil de communication syndicale. Pourtant, la force des portraits individuels et la sincérité des militants filmés pourraient suffire à émouvoir et à convaincre. Le film vaut surtout par ces instants de vie, où l'on voit des hommes et des femmes se battre pour les autres, avec courage et abnégation. C'est peut-être là, dans ces fragments d'humanité, que réside la véritable force du documentaire.

À retenir

  • Le documentaire de Gilles Perret et Marion Richoux célèbre les 130 ans de la CGT à travers des portraits de militants de terrain.
  • Le film met en avant des figures comme Séverine Dejoux (Vencorex), Anita Rousselot (hôpital) et Hervé Souprayen (RER).
  • La critique reproche un ton trop lisse qui donne au film des allures de documentaire institutionnel.
  • Les réalisateurs assument un parti pris optimiste, présentant le syndicalisme comme un « îlot de solidarité ».
  • Le documentaire s'inscrit dans une stratégie de rajeunissement et de féminisation de l'image de la CGT.
  • Le film interroge le rôle du cinéma militant: outil de propagande ou miroir critique?
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