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Au Maroc, le pouvoir vacille entre la maladie du roi et les luttes d’influence

Un nouveau livre d’Omar Brouksy dévoile les coulisses d’un État profond où les rivalités s’exacerbent alors que Mohammed VI, affaibli, passe de longs séjours à l’étranger.

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Au Maroc, le pouvoir vacille entre la maladie du roi et les luttes d’influence
Un nouveau livre d’Omar Brouksy dévoile les coulisses d’un État profond où les rivalités s’exacerbent alors que MohammedCrédit · L'Express

Les faits

  • Omar Brouksy publie « Fin de règne » (Nouveau Monde), enquête sur les coulisses du pouvoir à Rabat.
  • Le roi Mohammed VI souffre de la maladie d’Hashimoto et d’une broncho-pneumopathie chronique obstructive.
  • Le souverain passe une longue partie de son temps à l’étranger depuis plusieurs années.
  • Abdellatif Hammouchi, chef des services secrets intérieurs, a instigué une campagne de presse contre les frères Azaitar.
  • Le roi a ironisé sur l’indépendance de la presse en admonestant Hammouchi.
  • Des médias proches du pouvoir ont diffusé des messages hostiles à Emmanuel Macron après l’affaire Pegasus.
  • Le prince héritier Moulay El Hassan a ouvert le 31e SIEL à Rabat le 1er mai.
  • Le SIEL 2026 accueille 891 exposants de 60 pays et plus de 130 000 titres.

Un pouvoir de l’ombre à l’épreuve de la maladie royale

Le Maroc vit une période crépusculaire. Tandis que le roi Mohammed VI, atteint de la maladie d’Hashimoto et d’une broncho-pneumopathie chronique obstructive, voit sa santé décliner, les intrigues se multiplient au sein du makhzen, ce pouvoir parallèle concentré dans quelques rues de Rabat. Le journaliste Omar Brouksy, dans son livre « Fin de règne » (Nouveau Monde), dresse le portrait d’une cour façon Versailles où conseillers influents, chefs des services secrets et membres de la famille régnante se disputent l’influence. Le souverain, bien que de plus en plus souffrant et souvent à l’étranger, reste le décideur ultime. Il n’hésite pas à recadrer brutalement ses proches, comme lorsqu’il a admonesté Abdellatif Hammouchi, le patron des services secrets intérieurs, pour avoir lancé une campagne de presse hostile aux frères Azaitar, des boxeurs allemands devenus ses meilleurs amis. « Je ne savais pas qu’on avait une presse indépendante », a ironisé le roi, mettant fin aux dénégations de Hammouchi.

Les frères Azaitar au cœur d’une guerre de l’ombre

Les frères Azaitar, originaires d’Allemagne et proches du roi, ont été la cible d’une campagne de presse orchestrée par Abdellatif Hammouchi. Ce dernier, pour se justifier, a plaidé l’indépendance des médias, une défense que le roi a balayée d’une remarque cinglante. L’épisode illustre les tensions au sommet de l’État, où les services secrets tentent de contrer l’influence de ces intimes du monarque. Brouksy révèle que des médias amis ont ensuite été mobilisés pour diffuser des messages hostiles à Emmanuel Macron, dans le contexte de la relation tumultueuse entre Rabat et Paris. Cette manœuvre faisait suite à la probable mise sur écoute du président français via le logiciel Pegasus, un incident que les deux pays ont depuis dépassé, scellant leur réconciliation lors d’une visite d’État grandiose dont le livre relate le détail.

Le prince héritier prend le relais sur la scène culturelle

Alors que le roi s’efface, son fils, le prince héritier Moulay El Hassan, âgé de 22 ans, multiplie les apparitions publiques. Le 1er mai, il a présidé l’ouverture de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à Rabat, sous le haut patronage du roi. Cette présence illustre la volonté de la monarchie de maintenir une continuité, notamment dans le domaine culturel. Le prince a visité plusieurs stands, dont celui de la France, invitée d’honneur, en présence de la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, et de l’ambassadeur Christophe Lecourtier. Il s’est également rendu sur les stands du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi que sur ceux consacrés aux droits de l’enfant, aux personnes handicapées et à l’environnement.

Un salon du livre aux dimensions internationales

Le SIEL 2026, qui se tient du 1er au 10 mai sous le thème « Ibn Battuta et le récit du voyage », rassemble 891 exposants – 321 directs et 570 indirects – venus du Maroc et de 60 pays arabes, africains, européens, asiatiques et américains. Plus de 130 000 titres et 3 millions d’exemplaires sont présentés, couvrant tous les champs de la connaissance. Cette édition coïncide avec le choix de Rabat par l’UNESCO comme Capitale mondiale du livre 2026 (d’avril 2026 à avril 2027), une reconnaissance qui concrétise la vision royale de faire de la ville une « Ville-Lumière ». Le programme culturel comprend colloques, conférences, soirées poétiques et hommages à des figures littéraires marocaines depuis le IXe siècle.

Un espace dédié aux enfants et une programmation immersive

Les enfants ne sont pas oubliés: l’espace « Le Petit Prince », inspiré de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry, propose une programmation immersive pensée comme une invitation au voyage et à la découverte. Le prince héritier a également visité le stand de l’Organisation alaouite pour la promotion des aveugles au Maroc et celui de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Le salon, organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication en partenariat avec la Wilaya de Rabat-Salé-Kénitra, la région et la commune de Rabat, se veut une vitrine de la diversité culturelle et un outil de rayonnement international. La présence de la France comme invitée d’honneur souligne la densité des liens bilatéraux, renforcés par le Partenariat d’exception établi sous l’impulsion du roi et du président Macron.

Entre effacement royal et ambitions successorales

La maladie du roi et ses séjours prolongés à l’étranger créent un vide relatif que les différents acteurs du makhzen tentent de combler. Si Mohammed VI reste le décideur ultime, capable de recadrages brutaux, l’ascension progressive du prince héritier Moulay El Hassan semble dessiner une transition en douceur. Sa présence au SIEL, aux côtés de hauts responsables français, envoie un signal fort sur la continuité de la monarchie. Le livre d’Omar Brouksy, qui fait suite au portrait du roi signé Thierry Oberlé, offre une plongée inédite dans les arcanes du pouvoir. Alors que les succès diplomatiques – comme la réconciliation avec la France – contrastent avec les luttes intestines, la question de l’après-Mohammed VI se pose avec une acuité nouvelle. Le Maroc, entre ombre et lumière, cherche son équilibre.

À retenir

  • La santé déclinante de Mohammed VI et ses absences prolongées alimentent les rivalités au sein du makhzen.
  • Omar Brouksy, dans « Fin de règne », révèle les coulisses d’un pouvoir où le roi reste l’arbitre suprême malgré ses empêchements.
  • Abdellatif Hammouchi a tenté de marginaliser les frères Azaitar, proches du roi, par une campagne de presse, avant d’être recadré.
  • Des médias proches du pouvoir ont été utilisés pour attaquer Emmanuel Macron après l’affaire Pegasus, avant une réconciliation.
  • Le prince héritier Moulay El Hassan assume un rôle public croissant, illustré par son ouverture du SIEL 2026.
  • Rabat, nommée Capitale mondiale du livre 2026 par l’UNESCO, confirme son ambition de devenir une « Ville-Lumière » culturelle.
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