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Macron au Kenya: la France tourne la page du « pré carré » africain

Le président français lance à Nairobi le sommet « Africa Forward », marquant une nouvelle ère de partenariat économique et d'investissements avec le continent.

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Macron au Kenya: la France tourne la page du « pré carré » africain
Le président français lance à Nairobi le sommet « Africa Forward », marquant une nouvelle ère de partenariat économique Crédit · Le Monde.fr

Les faits

  • Emmanuel Macron est arrivé au Kenya le dimanche 8 mai 2026.
  • Le sommet « Africa Forward » se tient à Nairobi les 11 et 12 mai 2026.
  • 140 entreprises françaises sont aujourd'hui implantées au Kenya, contre une trentaine il y a 15 ans.
  • CMA CGM a signé un accord de partenariat stratégique avec le Kenya pour 700 millions d'euros.
  • Environ 35 chefs d'État et de gouvernement africains sont attendus au sommet.
  • Le sommet vise à réformer l'architecture financière internationale et à mobiliser des fonds privés.
  • 11 accords ont été signés entre la France et le Kenya, incluant une centrale nucléaire.

Nouveau cap pour la relation franco-africaine

Emmanuel Macron a débuté sa visite au Kenya le dimanche 8 mai 2026, choisissant cette nation anglophone pour un sommet d'envergure, « Africa Forward ». Cette initiative, la première du genre dans un pays non francophone sous sa présidence, symbolise une refonte profonde des liens entre la France et l'Afrique. L'Élysée souligne une densification continue du partenariat entre Paris et Nairobi ces dernières années. Le président français a affirmé que l'ère du « pré carré » français en Afrique francophone était révolue. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions et de désengagements dans certains pays sahéliens, marquant une volonté de s'affranchir des complexités héritées de l'histoire coloniale. Le sommet, qui se déroule pour la première fois dans un pays anglophone, est baptisé « Africa Forward » et se veut résolument axé sur l'économie et les investissements. Il s'agit d'un « clin d'œil » à la francophonie, tout en affirmant l'ouverture de la France à l'ensemble du continent africain, « aux mille langues ».

Le Kenya, partenaire stratégique d'une Afrique « refondée »

Le choix du Kenya comme hôte de ce sommet n'est pas anodin. Le pays est devenu un acteur incontournable pour Emmanuel Macron, désireux de construire de nouvelles relations au-delà de l'ancien espace francophone et de ses difficultés, notamment au Sahel. La présence de 140 entreprises françaises, contre une trentaine il y a quinze ans, témoigne de l'intensification des échanges économiques. William Ruto, le président kényan, est présenté comme un allié clé dans les efforts français pour réformer l'architecture financière internationale. L'objectif est de mobiliser davantage de capitaux privés pour le développement, en réponse à la diminution de l'aide publique au développement. Le président Ruto a lui-même exprimé le souhait de Nairobi de développer un large éventail de relations, se projetant « vers l'avenir » plutôt que de se cantonner à desAlliances Est-Ouest traditionnelles.

Des investissements massifs et des accords bilatéraux

Le sommet « Africa Forward: partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance » se tient à Nairobi les 11 et 12 mai 2026. Il réunit une délégation importante de chefs d'entreprises françaises, tels que Rodolphe Saadé (CMA CGM), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Sébastien Bazin (Accor) et Antoine de Saint-Affrique (Danone). Des promesses d'investissements de plusieurs milliards d'euros sont attendues. Dimanche, l'armateur français CMA CGM a déjà signé avec le gouvernement kényan un accord de partenariat stratégique pour le développement d'infrastructures logistiques et de transport, d'une valeur de 700 millions d'euros. Au total, onze accords ont été signés entre la France et le Kenya, couvrant des secteurs variés comme une centrale nucléaire, la modernisation des transports et l'agriculture durable. Ces investissements visent à renforcer le « capital humain » et à soutenir l'innovation.

Les défis sahéliens et l'influence française

La tenue de ce sommet dans un pays anglophone intervient alors que la France a achevé le retrait de ses troupes d'Afrique occidentale l'an dernier. Cette décision fait suite à une série de coups d'État au Mali (2020), au Burkina Faso (2020) et au Niger (2023), qui ont précipité le divorce avec Paris et cristallisé les critiques contre la politique française dans la région. Emmanuel Macron a reconnu les difficultés rencontrées, affirmant que la France pouvait être en désaccord avec les gouvernements sahéliens, mais jamais avec leurs peuples. Il a critiqué la junte malienne pour son exigence de départ de l'armée française, estimant que cette décision n'avait pas été la meilleure face à la menace jihadiste. Les dirigeants des trois pays sahéliens sont les grands absents du sommet de Nairobi. Néanmoins, des représentants du Sénégal, de la Côte d'Ivoire et de la République démocratique du Congo, entre autres, sont attendus, portant la participation à environ 35 chefs d'État et de gouvernement africains.

Une nouvelle architecture financière internationale

Le sommet « Africa Forward » se veut un forum pour trouver des solutions aux problématiques d'intérêt commun, en s'appuyant sur les actions des gouvernements, des organisations internationales, du secteur privé et de la société civile. La réforme de l'architecture financière internationale est un point central de l'agenda. William Ruto a souligné le partage de positions communes sur ce sujet, crucial pour mobiliser des fonds privés et pallier la faiblesse de l'aide publique au développement. D'autres thèmes majeurs abordés incluent la transition énergétique, l'industrialisation verte, l'économie bleue, la connectivité, l'intelligence artificielle, l'agriculture durable et la santé. Le président kényan devrait par ailleurs représenter le continent africain lors du sommet du G7 à Evian, en France, en juin, une invitation d'Emmanuel Macron qui souligne le rôle croissant du Kenya sur la scène internationale.

Critiques et perspectives

Malgré l'enthousiasme affiché par les deux présidents, la visite n'est pas exempte de critiques. Le chef de l'opposition kényane, Kalonzo Musyoka, a qualifié le choix du Kenya comme hôte de « faire semblant », dénonçant des menaces sur la démocratie et des atteintes aux droits de l'homme dans le pays, alors même que les élections générales de 2027 approchent. Le sentiment antifrançais, bien que minimisé par Macron, reste une réalité palpable sur une partie du continent, de l'Algérie au Sénégal en passant par Madagascar. Ces tensions témoignent de la complexité de la relation post-coloniale. Néanmoins, le sommet de Nairobi marque une tentative audacieuse de redéfinir le partenariat franco-africain sur des bases plus équilibrées et axées sur l'avenir. La réussite de cette nouvelle approche dépendra de la concrétisation des investissements annoncés et de la capacité de la France à s'adapter à un continent en pleine mutation.

À retenir

  • Emmanuel Macron cherche à redéfinir la relation de la France avec l'Afrique en privilégiant les partenariats économiques et les investissements, loin de l'influence politique et militaire traditionnelle.
  • Le Kenya, pays anglophone et puissance régionale, est devenu un partenaire clé dans cette nouvelle stratégie, symbolisant l'ouverture de la France à l'ensemble du continent.
  • Le sommet « Africa Forward » vise à attirer des fonds privés pour le développement africain et à réformer l'architecture financière internationale.
  • Les difficultés de la France au Sahel ont conduit à un retrait militaire et à une réorientation de sa politique africaine, marquant la fin de l'ère du « pré carré ».
  • Des accords significatifs ont été signés entre la France et le Kenya, notamment dans les secteurs du transport, de l'énergie et de l'agriculture, totalisant plusieurs milliards d'euros.
  • La visite et le sommet font face à des critiques internes au Kenya concernant l'état de la démocratie et des droits de l'homme.
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