Politique

À Mâcon, le RN tient son 1er-Mai sous haute tension, entre meeting et contre-manifestation

Quelque 2 500 personnes ont défilé contre le parti d'extrême droite, tandis que Jordan Bardella et Marine Le Pen s'apprêtent à sceller leur dernière apparition commune avant le 7 juillet.

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À Mâcon, le RN tient son 1er-Mai sous haute tension, entre meeting et contre-manifestation
Quelque 2 500 personnes ont défilé contre le parti d'extrême droite, tandis que Jordan Bardella et Marine Le Pen s'apprêCrédit · Le Monde.fr

Les faits

  • Le RN organise sa « Fête de la Nation » à Mâcon, préfecture de Saône-et-Loire, pour la première fois.
  • Entre 1 800 (police) et 3 000 (organisateurs) manifestants ont défilé contre le RN le 1er-Mai.
  • Jordan Bardella et Marine Le Pen doivent s'exprimer au Spot, salle de 5 000 places, à 14h25 et 14h55.
  • La cour d'appel de Paris rendra le 7 juillet sa décision sur l'inéligibilité de Marine Le Pen.
  • Le parti n'a pas encore désigné son candidat pour l'élection présidentielle de 2027.
  • Une banderole « Non au RN » a été déployée sur la roche de Solutré, lieu de pèlerinage de François Mitterrand.
  • Le maire divers centre Jean-Patrick Courtois a refusé d'interdire le meeting, invoquant l'État de droit.
  • Les Ecologistes ont organisé une conférence avec Raphaëlle Rémy-Leleu pour contrer la stratégie du RN.

Un 1er-Mai sous le signe de l'affrontement politique

Quelque 2 500 personnes ont manifesté vendredi à Mâcon, préfecture de Saône-et-Loire, à l'occasion du 1er-Mai, en amont du meeting du Rassemblement national (RN) organisé dans la ville. Alors qu'habituellement moins de 300 personnes défilent pour le 1er-Mai, ils étaient entre 1 800 (selon la police) et 3 000 (selon les organisateurs) à s'être élancés vers 10 h 30 rue Gambetta, brandissant des drapeaux palestiniens, de syndicats, de La France insoumise et des pancartes revendiquant plus de pouvoir d'achat ou leur opposition au RN. Les manifestants ont déployé une banderole blanche sur laquelle était écrit en lettres noires « Non au RN » sur l'esplanade Lamartine. Jeudi, cette même banderole avait été installée par des Ecologistes sur la roche de Solutré, lieu de pèlerinage annuel de l'ancien président de la République socialiste, François Mitterrand. L'esplanade Lamartine accueille également un « village des résistances » pour s'opposer à la tenue du meeting du RN.

Le duo Bardella-Le Pen sur scène pour la dernière fois avant l'été

Jordan Bardella et Marine Le Pen apparaîtront ce vendredi 1er mai sur la scène du Spot, la grande salle de 5 000 places de Mâcon, en Saône-et-Loire. Une apparition côte à côte qui sera probablement la dernière d'ici l'été et la date fatidique du 7 juillet, quand la cour d'appel de Paris scellera le sort de Marine Le Pen, qui risque cinq ans d'inéligibilité. Dans cet entre-deux, le 1er-Mai tombe à pic pour dissiper les doutes et remotiver les troupes d'un parti qui a théorisé la « campagne permanente » comme son meilleur moyen de conquérir enfin le pouvoir. Marine Le Pen doit s'exprimer à 14h25, tandis que Jordan Bardella lui succèdera une demi-heure plus tard. Les députés Aurélien Dutremble et Julien Odoul les précéderont.

Un parti en campagne permanente, entre séduction des élites et ancrage populaire

Le RN peut ainsi se poser à la fois en défenseur des travailleurs et des entreprises, après que son duo de dirigeants s'est illustré dernièrement par sa fréquentation des élites patronales (dîner avec des magnats du CAC 40, déjeuner avec le Medef) et aristocratiques, le jeune président du parti ayant officialisé sa relation avec une princesse italienne. « Je crois que les gens s'en foutent » et qu'ils « n'en tirent pas de conséquence politique », balaye une cadre mariniste. Au contraire, « nos électeurs sont très contents qu'on parle à tout le monde » assure un député, qui fait peu de cas du barrage jusqu'ici étanche érigé par les syndicats: « Cela finira par arriver, les salariés ne les ont pas attendus pour voter pour nous ».

La question du pouvoir d'achat au cœur de la stratégie électorale

Cette année encore, la question du travail va dominer les débats. Les boulangers et fleuristes artisanaux ont obtenu de pouvoir ouvrir le 1er-Mai, au terme d'un feuilleton politique à multiples rebondissements. « Une décision bienvenue », saluée par Jordan Bardella qui estime que « tous les salariés volontaires devraient pouvoir travailler ce jour », payé double. Politiquement aussi, le sujet peut rapporter gros. D'abord parce qu'il permet de préempter un peu plus la thématique du pouvoir d'achat, que le RN occupe déjà depuis deux mois avec sa proposition de baisse des taxes sur les carburants, même si ses chefs divergent à propos de la taxation des « superprofits » pétroliers. Marine Le Pen y est favorable alors que Jordan Bardella, même s'il ne s'y est pas fermement opposé, s'est interrogé sur la nécessité « d'encore une fois inventer des taxes ».

Une opposition locale déterminée et un maire qui refuse d'interdire

La tenue de cet événement agite le chef-lieu du département depuis plusieurs mois. En janvier, au moment de l'officialisation du meeting, la gauche avait demandé au maire de la ville de s'opposer à l'organisation de ce rendez-vous. « Le RN n'est pas le bienvenu à Mâcon. (…) Il est urgent de rétablir un cordon sanitaire contre l'extrême droite », avait appelé Eve Comtet-Sorabella, candidate aux municipales pour LFI, Les Ecologistes et le Parti communiste. « Nous sommes dans un Etat de droit. Le Rassemblement national est un parti autorisé par le ministère de l'Intérieur. Il compte de nombreux élus. Il a tout à fait le droit de louer des locaux pour se réunir », avait répliqué auprès de France 3 Jean-Patrick Courtois, le maire divers centre, quelques semaines avant d'être réélu. Il avait alors exclu de prendre un arrêté pour empêcher la tenue du meeting: « Je n'y peux rien! Si je m'opposais en prenant un arrêté, il serait immédiatement annulé par le tribunal administratif. »

Un dispositif sécuritaire sous tension, entre craintes et accusations

A priori, pas de confrontation prévue entre les sympathisants du Rassemblement national et les opposants au parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Mais la tension est bien là. « C'est une vraie inquiétude, la question sécuritaire de nos meetings nous préoccupe, confie le député du RN cité plus haut. Il y a une montée de la violence en politique, ce n'est pas nouveau. On voit la radicalité d'une certaine gauche. Et comment renforcer la sécurité lors de nos déplacements, tout en restant proches des Français? » « C'est l'extrême droite qui a des méthodes violentes », réplique Raphaëlle Rémy-Leleu. Deux jours avant le 1er-Mai, Les Ecologistes locaux ont convié l'élue à « une discussion » pour « décrypter la stratégie du RN et nourrir la réflexion collective sur les manières de stopper la progression de ses idées en France, à moins d'un an de l'élection présidentielle 2027 ».

L'avenir du RN suspendu à la décision du 7 juillet et à l'élection de 2027

À un an du scrutin qu'elle espère plus que jamais remporter, sans certitude sur l'identité du candidat, la formation d'extrême droite tient un meeting à partir de 14 heures, vendredi 1er mai, sur les bords de la Saône. « Le 1er-Mai, c'est depuis quelques années un rendez-vous important pour notre mouvement. Cette année, ce sera l'occasion de faire le bilan des municipales, de se projeter sur notre entrée au Sénat, de parler de la crise internationale et donc du pouvoir d'achat, et de lancer la présidentielle », résume un député RN. Après Le Havre en 2023, Perpignan en 2024 et Narbonne en 2025, le parti d'extrême droite poursuit en 2026 la tenue en région de cette « fête de la nation », qui remplace depuis plusieurs années son traditionnel défilé parisien du 1er-Mai, autrefois consacré à Jeanne d'Arc. Seule la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, perpétue le rite à Domrémy (Vosges), village natal de l'icône patriotique.

À retenir

  • Le RN a tenu son meeting du 1er-Mai à Mâcon, attirant une contre-manifestation de 2 500 personnes, bien supérieure à la moyenne locale.
  • Jordan Bardella et Marine Le Pen ont fait leur dernière apparition commune avant la décision de la cour d'appel de Paris le 7 juillet sur l'inéligibilité de cette dernière.
  • Le parti mise sur le pouvoir d'achat et le travail pour séduire, mais affiche des divergences internes sur la taxation des superprofits.
  • La gauche locale s'est fortement mobilisée, avec un village des résistances et des actions symboliques, mais le maire a refusé d'interdire le meeting.
  • Le RN n'a pas encore désigné son candidat pour 2027, et l'issue judiciaire pour Marine Le Pen pourrait rebattre les cartes.
  • La stratégie de « campagne permanente » du RN inclut une fréquentation des élites économiques et aristocratiques, sans perdre son socle populaire selon ses cadres.
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