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Robert Bourgi accuse Dominique de Villepin d'avoir reçu 125 000 euros de statuettes et relance les affaires de la Françafrique

L'ancien conseiller officieux de l'Élysée affirme avoir remis deux statuettes de Napoléon à l'ex-Premier ministre, qui dénonce une manœuvre politique de son rival Nicolas Sarkozy.

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Robert Bourgi accuse Dominique de Villepin d'avoir reçu 125 000 euros de statuettes et relance les affaires de la Françafrique
L'ancien conseiller officieux de l'Élysée affirme avoir remis deux statuettes de Napoléon à l'ex-Premier ministre, qui dCrédit · Orange Actualités

Les faits

  • Robert Bourgi a remis à Dominique de Villepin deux statuettes de Napoléon en 2002 et 2003.
  • Les statuettes ont été achetées 75 000 euros par Blaise Compaoré et 50 000 euros par Gian Angelo Perrucci.
  • Dominique de Villepin affirme ne pas avoir connu la provenance des cadeaux et se dit prêt à les rendre.
  • Robert Bourgi affirme avoir géré entre 1997 et 2005 une douzaine de remises d'argent pour un total d'environ 50 millions d'euros.
  • Une enquête préliminaire ouverte en 2011 sur des valises de billets a été classée sans suite en novembre 2011.
  • Robert Bourgi avait offert pour 13 000 euros de costumes à François Fillon en 2017, affaire classée sans suite.
  • Dominique de Villepin est en procès en appel pour le financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Des statuettes de Napoléon offertes via un réseau occulte

L'émission « Complément d'enquête », diffusée jeudi 30 avril sur France 2, révèle que Dominique de Villepin a reçu deux statuettes de Napoléon d'une valeur totale de 125 000 euros par l'intermédiaire de Robert Bourgi. La première, offerte en 2002 par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso, a été achetée 75 000 euros. La seconde, acquise en 2003 par l'homme d'affaires italien Gian Angelo Perrucci, a coûté 50 000 euros, selon des factures publiées par l'émission. Robert Bourgi, figure de la Françafrique, était alors chargé de gérer les « gestes d'amitié » des chefs d'État africains envers Jacques Chirac. Il affirme que Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, était son interlocuteur direct dans ces opérations. Dominique de Villepin confirme avoir reçu les statuettes, mais assure qu'il n'aurait « jamais » accepté ces objets s'il avait connu « leur provenance ». Il se dit prêt à les rendre.

Une accusation qui tombe en pleine bataille judiciaire

L'entourage de Dominique de Villepin dénonce un « écran de fumée » propagé par un « fidèle relais de Nicolas Sarkozy », connu pour « ses récits changeants et ses coups tordus ». L'ancien Premier ministre voit dans ces révélations une manœuvre politique de son éternel rival, alors que Nicolas Sarkozy est actuellement jugé en appel pour le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. « Personne n'est dupe des manœuvres d'un clan au bord de l'effondrement judiciaire et politique », a ajouté une source proche de Villepin. Robert Bourgi assure pour sa part que l'ancien président n'a rien à voir avec ces déclarations. Robert Bourgi affirme vouloir « empêcher [Dominique de Villepin] d'aller à l'Élysée », en raison de propos tenus par ce dernier lors de l'incarcération de Nicolas Sarkozy l'an dernier. Il dit agir seul, sans être téléguidé par personne.

Des valises de billets et des costumes: un passé trouble

Robert Bourgi avait déjà affirmé en 2011 avoir apporté à Jacques Chirac et Dominique de Villepin des valises de billets en provenance de pays africains entre 1997 et 2005. Une enquête préliminaire avait été ouverte, puis classée sans suite en novembre 2011. Dominique de Villepin qualifie ce récit de « parfaitement farfelu » et décrit Bourgi comme un « merveilleux conteur ». En 2017, le nom de Robert Bourgi avait refait surface dans l'affaire des costumes de luxe offerts à François Fillon pour 13 000 euros, qui avait contribué à couler sa campagne présidentielle. L'affaire avait été classée sans suite. Dans son livre « Ils savent que je sais tout », paru en 2024, Robert Bourgi évoque un épisode où trois millions de dollars auraient été livrés à l'Élysée en novembre 2001, dissimulés dans quatre djembés envoyés par le Burkina Faso. Il affirme que Dominique de Villepin serait descendu dans la cour pour aider à porter les instruments jusqu'à son bureau.

Un réseau Françafrique qui refait surface

Robert Bourgi, né à Dakar en 1945, a été l'un des intermédiaires clés de la Françafrique, le réseau informel de relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Entre 1997 et 2005, il gérait les « gestes d'amitié » des chefs d'État africains envers Jacques Chirac. Il affirme avoir supervisé « une douzaine, voire une quinzaine » de remises d'argent, pour un total d'environ 50 millions d'euros. Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Élysée puis ministre des Affaires étrangères à partir de 2002, aurait été son interlocuteur direct. Robert Bourgi déclare: « Le talon d'Achille de Dominique de Villepin, c'est l'argent, le luxe, l'aisance. » Les faits allégués sont aujourd'hui prescrits et n'ont donné lieu à aucune condamnation. L'ancien Premier ministre a mis fin aux activités secrètes de Bourgi lorsqu'il est devenu Premier ministre en 2005.

Des ambitions présidentielles menacées

Dominique de Villepin prépare ouvertement une candidature à l'élection présidentielle de 2027. Robert Bourgi affirme vouloir « régler ses comptes » et « empêcher » cette candidature. Il critique les prises de position récentes de Villepin et son rapprochement idéologique supposé avec Jean-Luc Mélenchon. L'ancien Premier ministre, qui ne cache pas ses ambitions, voit dans ces accusations une tentative de nuire à sa campagne naissante. Son entourage dénonce des « coups tordus » orchestrés par le « clan Sarkozy ». Robert Bourgi, qui se présente comme un gaulliste sans attache politique, assure ne rouler pour personne. Il dit vouloir « purger ses souvenirs » et « soulager sa conscience » au soir de sa vie, tout en reconnaissant chercher à nuire à Dominique de Villepin.

Une affaire aux répercussions politiques incertaines

Les révélations de Robert Bourgi interviennent dans un contexte politique tendu, à un an de la prochaine élection présidentielle. L'affaire relance les débats sur la Françafrique et les réseaux occultes qui ont longtemps lié la France à ses anciennes colonies. Dominique de Villepin, qui martèle que les accusations sont infondées, pourrait voir sa crédibilité entamée, même si aucune enquête judiciaire n'est en cours. Les faits sont prescrits, mais l'impact politique pourrait être durable. Robert Bourgi, dont les récits ont souvent été contredits, reste une figure controversée. Ses accusations, qu'elles soient fondées ou non, rappellent les zones d'ombre des relations franco-africaines et pourraient influencer le débat public à l'approche de l'échéance électorale.

À retenir

  • Robert Bourgi, ancien conseiller officieux de l'Élysée, accuse Dominique de Villepin d'avoir reçu deux statuettes de Napoléon d'une valeur de 125 000 euros.
  • Les statuettes ont été financées par Blaise Compaoré et Gian Angelo Perrucci, selon des factures publiées par Complément d'enquête.
  • Dominique de Villepin affirme ne pas avoir connu la provenance des cadeaux et se dit prêt à les rendre.
  • L'entourage de Villepin dénonce une manœuvre politique de Nicolas Sarkozy, en plein procès en appel pour financement libyen.
  • Robert Bourgi avait déjà été impliqué dans l'affaire des costumes de François Fillon et dans des allégations de valises de billets classées sans suite.
  • Les faits allégués sont prescrits, mais l'affaire pourrait peser sur les ambitions présidentielles de Dominique de Villepin pour 2027.
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