Sophie Binet exige le renforcement du projet de loi contre la vie chère outre-mer
La secrétaire générale de la CGT appelle à une inscription urgente à l'Assemblée nationale et à des mesures structurelles face à des écarts de prix pouvant atteindre 42 %.

FRANCE —
Les faits
- Sophie Binet a appelé mercredi le gouvernement à renforcer le projet de loi contre la vie chère outre-mer.
- Le texte, adopté par le Sénat en octobre 2025, n'a pas encore été déposé à l'Assemblée nationale.
- Les prix alimentaires dans les outre-mer sont jusqu'à 42 % plus élevés qu'en Hexagone, selon l'Insee.
- La CGT et ses confédérations de Martinique, La Réunion et Mayotte lancent un socle syndical commun.
- Les syndicats dénoncent une complicité de l'État avec les grands groupes comme GBH et Colas.
- La ministre Naïma Moutchou a reporté l'examen du texte à juin-juillet ou septembre.
- Les manifestations en Martinique à l'automne 2024 ont mis la vie chère au cœur des revendications.
Un appel à l'action immédiate
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a lancé mercredi un appel pressant au gouvernement pour qu'il inscrive « le plus vite possible » à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le projet de loi contre la vie chère outre-mer. Lors d'une conférence de presse au siège de la centrale syndicale, elle a exigé que le texte soit « considérablement renforcé » pour répondre à une « situation de crise structurelle ». Le projet, initié par l'ancien ministre Manuel Valls, a été adopté sans enthousiasme par le Sénat en octobre 2025, qui le jugeait déjà trop timide. Depuis, il n'a jamais été déposé à l'Assemblée nationale, ce que Binet a qualifié d'« enterrement » par le gouvernement. « Ce projet de loi doit être inscrit à l'agenda parlementaire le plus vite possible et son contenu doit être considérablement renforcé pour enfin agir sur les points centraux », a-t-elle affirmé.
Des écarts de prix insoutenables
Selon l'Insee, l'écart de prix pour les produits alimentaires entre les départements et régions d'outre-mer et la France hexagonale peut atteindre 42 %. Dans les territoires ultramarins, les prix sont jusqu'à 40 % plus élevés que dans l'Hexagone, une disparité que Binet attribue à une « continuité des rapports coloniaux de domination économique, sociale et territoriale ». Cette conférence de presse marquait le lancement d'un « socle syndical commun pour une action coordonnée » entre la CGT et ses confédérations de Martinique, La Réunion et Mayotte. Les syndicats dénoncent le poids des grands groupes, citant notamment le martiniquais GBH, présent dans une dizaine de territoires via 300 filiales, et l'entreprise de travaux publics Colas, filiale de Bouygues, très active à Mayotte. Ils réclament la création obligatoire de comités de groupes dans ces entreprises pour mieux contrôler leurs pratiques.
Les priorités syndicales
Parmi les mesures urgentes, Sophie Binet a cité la convergence sociale à Mayotte, « l'application de toutes les conventions collectives dans les territoires d'outre-mer », le « plafonnement des marges et un démantèlement des oligopoles », ainsi qu'une conditionnalité des aides publiques aux entreprises. Ces revendications visent à réduire les inégalités structurelles qui frappent les près de 3 millions de Français ultramarins. « La vie chère existe par la complicité de l'État avec les puissances d'argent et les békés », ont dénoncé les représentants syndicaux, pointant une alliance aux relents coloniaux entre grands patrons et État. Le coût de la vie dans les outre-mer reste plombé par l'inflation des dernières années et la hausse des prix de l'énergie, aggravant une situation déjà critique.
Un calendrier politique incertain
En février, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou avait indiqué que l'examen du texte était reporté car il devait « être musclé encore davantage ». Elle avait évoqué un examen en « juin-juillet », voire à la rentrée parlementaire en septembre. Ce report a suscité la colère des syndicats, qui y voient un manque de volonté politique. Pourtant, la lutte contre la vie chère a été présentée comme une « urgence » par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle a été au cœur des manifestations qui ont secoué la Martinique à l'automne 2024, où des milliers de personnes ont défilé contre la cherté de la vie. Le texte, même renforcé, devra faire face à des intérêts économiques puissants, notamment ceux des grands groupes présents dans les territoires ultramarins.
Une mobilisation syndicale inédite
La réunion de mercredi a permis de resserrer les liens entre les confédérations nationale et ultramarines, qui restent autonomes et hétérogènes. Sophie Binet, qui s'est récemment déplacée à Mayotte et à La Réunion, a souligné que « le cyclone Chido à Mayotte a permis de réenclencher la coopération entre la métropole et les outre-mer, et entre les outre-mer eux-mêmes ». « Les rapports de classe y sont encore plus tendus du fait de leur histoire coloniale », a-t-elle ajouté, insistant sur la nécessité d'une action coordonnée pour briser ce qu'elle appelle la « continuité des rapports coloniaux de domination économique, sociale et territoriale ». Les syndicats entendent désormais faire pression sur le gouvernement pour obtenir des avancées concrètes avant l'été.
Des perspectives incertaines
Alors que le projet de loi reste en suspens, les syndicats misent sur leur unité pour peser dans les négociations. La création d'un socle commun leur donne une force de frappe inédite, mais le gouvernement semble pour l'instant peu pressé d'agir. Le report à septembre, voire au-delà, est perçu comme un risque de voir le texte enterré définitivement. Sophie Binet a prévenu que la CGT n'hésitera pas à mobiliser si les promesses ne sont pas tenues. L'issue de ce bras de fer dépendra de la capacité des syndicats à maintenir la pression et à convaincre l'opinion publique de l'urgence de la situation.
À retenir
- Sophie Binet exige un renforcement et une inscription rapide du projet de loi contre la vie chère outre-mer.
- Les prix alimentaires dans les outre-mer sont jusqu'à 42 % plus élevés qu'en Hexagone.
- Le texte, adopté par le Sénat en octobre 2025, n'a pas été déposé à l'Assemblée nationale.
- La CGT et ses confédérations ultramarines lancent un socle syndical commun pour une action coordonnée.
- Les syndicats dénoncent le rôle des grands groupes comme GBH et Colas et réclament des comités de groupes.
- Le gouvernement a reporté l'examen du texte à juin-juillet ou septembre, suscitant la colère des syndicats.



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