Sport en couple : quand la compétition vire à la tension, le partage reste un idéal
Entre témoignages de femmes rabaissées et récits de complicité renforcée, une enquête révèle les dynamiques genrées qui transforment l'activité physique à deux en miroir des inégalités conjugales.

FRANCE —
Les faits
- Sophie, 41 ans, prépare son premier marathon mais préfère s'entraîner seule après les remarques de son compagnon coureur.
- Maud, 48 ans, pratique le tennis depuis l'enfance; les matchs avec son compagnon finissent souvent en « soupe à la grimace ».
- Selon une enquête Insee de 2017, les femmes ont 20 % de chances en moins de pratiquer un sport que les hommes dans les couples avec enfants.
- Une personne sur deux estime que certains sports conviennent mieux aux garçons qu'aux filles, selon la même enquête.
- Christine Mennesson, sociologue, explique que le sport est historiquement une arène masculine où la domination s'exerce de manière naturelle.
- Matt, 43 ans, de Besançon, partage le trail avec sa compagne: « On s'entraide, on est fiers l'un de l'autre. »
- Noëlle, 58 ans, pratique l'escalade avec son conjoint depuis des années, renforçant leur confiance mutuelle.
- Le trail des Nestes, le 24 mai à Rebouc, propose un parcours de 15 km avec 800 m de dénivelé et une marche de 8 km.
Le sport à deux, entre complicité et rapports de pouvoir
Courir, grimper, danser ou pédaler ensemble: le sport en couple est souvent présenté comme un vecteur de complicité. Pourtant, pour de nombreuses femmes, ces moments partagés se transforment en expériences douloureuses, marquées par des remarques déplacées, une compétition mal vécue ou un sentiment de rabaissement. Sophie, 41 ans, en préparation pour son premier marathon à l'automne, raconte: « Mon compagnon court depuis cinq ans, moi depuis six mois. La première fois que nous avons couru ensemble, il n'arrêtait pas de me répéter de lever les genoux ou de mieux respirer. Comme si j'étais une débutante incompétente. » Elle préfère désormais s'entraîner seule, suivant son propre programme sans pression. Maud, 48 ans, pratique le tennis depuis son enfance. Depuis qu'elle a rencontré son compagnon il y a 18 ans, il s'est initié à ce sport. « Nous jouons souvent ensemble le week-end et parfois, la fin du match se transforme en soupe à la grimace », déplore-t-elle. Ces témoignages, loin d'être isolés, révèlent une asymétrie dans la manière dont femmes et hommes abordent le sport en couple.
Le sport, miroir grossissant des inégalités de genre
Christine Mennesson, sociologue spécialiste du genre et du sport, autrice de « Être une femme dans le monde des hommes », explique: « Le sport est historiquement une arène masculine, où la domination s'exerce de manière naturelle, presque invisible. Les hommes y sont socialisés comme des êtres universels, autorisés à occuper l'espace, à rivaliser, à imposer leur rythme. Les femmes, elles, doivent souvent justifier leur présence, ou accepter d'être reléguées à un rôle de partenaire plutôt que de concurrentes à part entière. » Béatrice Barbuse, sociologue et autrice de « Du sexisme dans le sport », renchérit: « Le sport est un miroir grossissant de notre société: ce qu'il révèle sur les rapports de pouvoir, les normes genrées, va bien au-delà des terrains. » Ces dynamiques peuvent décourager les femmes de persévérer, beaucoup abandonnant une activité parce qu'elles se sentent jugées ou parce que leur conjoint ne les prend pas au sérieux.
Des chiffres qui confirment les écarts de pratique
Les études confirment que le sport reproduit, voire amplifie, les rapports de pouvoir traditionnels. Selon une enquête de l'Insee parue en 2017, les écarts de pratique entre femmes et hommes restent marqués, surtout dans les couples avec enfants: « Les femmes ont 20 % de chances en moins de pratiquer un sport que les hommes dans la même situation. » Cette inégalité s'explique en partie par la charge mentale et les tâches domestiques, mais aussi par des stéréotypes tenaces: « Une personne sur deux estime encore que “certains sports conviennent mieux aux garçons qu'aux filles” », souligne l'Insee. Ces chiffres illustrent comment le sport, censé fédérer, devient parfois le théâtre de tensions genrées. Les sports d'endurance ou de combat, où la performance est souvent associée à la virilité, sont particulièrement concernés.
Quand le sport renforce les liens: des témoignages de complicité
Pourtant, le sport en couple n'est pas toujours source de tensions. Matt, 43 ans, de Besançon (Doubs), partage la passion du trail avec sa compagne. « On s'entraide, on se fait nos assistances respectives et on est fiers l'un de l'autre », témoigne-t-il. Noëlle, 58 ans, à Villeurbanne (Rhône), pratique l'escalade avec son conjoint depuis des années: « Notre pratique de l'escalade nous rapproche. Nous nous faisons confiance l'un et l'autre. Nous avons des projets communs. » Steeve, 44 ans, à Colmar (Haut-Rhin), ne pratique que des sports sans compétition: ski de fond, VTT, via ferrata. « Pour moi, pratiquer le sport à deux est une superbe activité qui nous rapproche, on prend du temps pour faire des photos », confie-t-il. Patrick, 66 ans, ancien coureur, évoque avec émotion les moments partagés avec son épouse aujourd'hui décédée, qui lui a transmis sa passion: « La pratique et partage d'une activité en couple s'avèrent un bon révélateur de la complicité d'un couple et renforcent ses liens. »
Trouver l'équilibre: règles et respect des différences
Pour que le sport à deux reste un plaisir, certains couples établissent des règles: interdire les conseils non sollicités, accepter les écarts de niveau, privilégier la complicité à la performance. « Nous ne faisons jamais de compétition, uniquement du sport en pleine nature », explique Steeve. Mireille, 68 ans, en Ardèche, évoque ses sorties en ski avec malice: « Nous ne sommes parfois pas d'accord sur le choix des chemins à emprunter, surtout en hors-piste », mais ils donnent toujours lieu à « de belles traces, qu'elles soient parallèles ou croisées! » Bernard, 62 ans, met en garde contre une fusion excessive: « Tout partager, même la pratique d'un sport, ça doit être terriblement lassant! Chacun peut avoir sa vie, des centres d'intérêt différents, sans forcément tout partager. » Un rappel que l'équilibre passe aussi par des espaces séparés.
Le trail des Nestes: un événement où convivialité rime avec sport
Dans un tout autre registre, la troisième édition du trail des Nestes se tiendra le dimanche 24 mai à Rebouc, confirmant l'ancrage de cet événement dans le paysage sportif local. Portée par l'association MPM Sport Uglas et sa présidente, Mélanie Springinsfeld, entourée de Philippe et Maryse, la manifestation est née d'une initiative familiale. « Mélanie devait créer un événement sportif dans le cadre de ses examens. L'idée de ce trail a rencontré un tel succès que les participants ont souhaité le voir reconduit », confie Philippe, son père. Le programme sportif débutera en matinée avec un trail de 15 kilomètres affichant 800 mètres de dénivelé positif, ainsi qu'une marche de 8 kilomètres (400 D+). Après l'effort, le groupe « pop et festif » An Gi animera l'après-course, et un déjeuner (poulet basquaise préparé par le chef à domicile Bruno Caradonna) sera proposé. La fête se prolongera en soirée avec un DJ, une buvette et des tapas, grâce au comité des fêtes de Rebouc.
Une prise de conscience collective nécessaire
Pour que le sport en couple reste un moment de partage, une évolution des mentalités est indispensable. Comme le soulignent les sociologues, il s'agit de remettre en question la position dominante des hommes et de reconnaître que les femmes peuvent aussi conseiller et entraîner. « Pratiquer le sport à deux est une superbe activité qui nous rapproche », confirme Stéphane, 44 ans, qui ne pratique que des sports sans compétition. Le trail des Nestes illustre cette philosophie: au-delà de la performance, les organisateurs tiennent à cultiver une véritable ambiance de village. « Nous voulons que ce soit un moment de partage, pas seulement une compétition », insiste la présidente. Une approche qui pourrait inspirer d'autres couples à trouver leur propre équilibre entre effort et complicité.
À retenir
- Le sport en couple peut être source de tensions genrées, les femmes subissant souvent des remarques déplacées et une compétition mal vécue.
- Les sociologues Christine Mennesson et Béatrice Barbuse soulignent que le sport est un miroir des inégalités de genre dans la société.
- Selon l'Insee, les femmes ont 20 % de chances en moins de pratiquer un sport que les hommes dans les couples avec enfants.
- Des couples comme Matt et sa compagne ou Noëlle et son conjoint montrent que le sport peut renforcer la complicité, à condition d'abandonner la performance.
- Le trail des Nestes, le 24 mai à Rebouc, propose un parcours de 15 km avec 800 m de dénivelé, alliant sport et convivialité.
- L'équilibre dans le sport en couple passe par des règles claires, le respect des différences et la préservation d'espaces séparés.






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