Bassirou Diomaye Faye met en garde Pastef contre une « personnification » destructrice
Le président sénégalais reconnaît des divergences avec Ousmane Sonko et rejette tout pacte secret, tout en conditionnant le maintien de son Premier ministre.

SENEGAL —
Les faits
- Bassirou Diomaye Faye a accordé une grande interview au palais de la République le samedi 22 mars 2025.
- Il a déclaré que Pastef « risque de se détruire » si la trajectoire actuelle de personnification n'est pas stoppée.
- Le président a nié l'existence d'un pacte avec Ousmane Sonko sur la gestion du pouvoir ou les candidatures futures.
- Il a affirmé que Sonko « bénéficie toujours de [sa] confiance comme Premier ministre » mais a ajouté: « Si je trouve qu'il ne peut plus être mon Premier ministre, quelqu'un d'autre prendra sa place. »
- Faye a rappelé qu'il a conçu la feuille de route du comité de pilotage provisoire lors de l'assemblée générale de 2014.
- Le parti visait un million de membres, contre 500 000 sous la direction de Faye, mais n'avait pas atteint 100 000 à l'époque.
- Faye a été élu par plus de 2,5 millions de Sénégalais et a questionné la légitimité d'imposer un choix interne du parti à cet électorat.
Un avertissement solennel du chef de l'État
Le président Bassirou Diomaye Faye a lancé un avertissement sans précédent à son propre parti, Pastef, lors d'un entretien fleuve samedi au palais de la République. « La trajectoire actuellement prise par Pastef, si ses membres ne la stoppent pas, Pastef risque de se détruire », a-t-il déclaré, rompant avec la réserve habituelle des chefs d'État. Ancien secrétaire général du parti, M. Faye a rappelé le travail de fond accompli depuis l'assemblée générale de 2014, où il avait conçu la feuille de route du comité de pilotage provisoire pour le congrès. Il a souligné avoir été à l'origine de « la presque totalité des structures » de la formation politique. « Avec la radiation, ils ont commencé à installer la personnification », a-t-il déploré, estimant que le parti avait dévié de son projet initial. Selon lui, le Sénégal n'a pas besoin « d'un messie, ni de héros, mais plutôt d'une masse critique de citoyens ». Il a insisté sur le fait que le projet devait être « dépersonnalisé », distinct du leader qui l'incarne à un moment donné.
Le rejet catégorique d'un pacte avec Sonko
Le président a fermement démenti l'existence d'un accord préalable avec le Premier ministre Ousmane Sonko sur la répartition du pouvoir ou les futures candidatures. « Il n'y a pas eu de pacte entre Ousmane et moi. Il ne pouvait même pas y avoir. Ce serait non seulement un manque de respect et de considération mais aussi trahir la charte qui nous lie », a-t-il affirmé. M. Faye a rappelé que le candidat du parti est désigné par congrès après délibération, selon des règles internes. « Deux personnes ne peuvent s'isoler et anéantir toutes ces règles qui régissent notre compagnonnage », a-t-il ajouté, soulignant que toute tentative de personnalisation irait à l'encontre de l'esprit du mouvement. « Ce n'est pas possible. Et si c'était le cas, ce serait comme personnifier le projet », a-t-il insisté, réaffirmant que son action s'inscrit dans le mandat populaire: « Un Sénégal souverain, juste et prospère est ce pourquoi les Sénégalais m'ont élu et je suis dans ça. »
Divergences assumées et confiance conditionnelle
Pour la première fois, le chef de l'État a reconnu publiquement l'existence de divergences avec son Premier ministre. « Nous gérons nos divergences. Pour le moment, il bénéficie toujours de ma confiance comme Premier ministre », a-t-il déclaré, avant d'ajouter une mise en garde sans équivoque: « Mais si je trouve qu'il ne peut plus être mon Premier ministre, quelqu'un d'autre prendra sa place. » Ces propos marquent une rupture avec la façade d'unité affichée jusqu'ici par le tandem Faye-Sonko. En assumant des désaccords au sommet de l'exécutif, le président envoie un signal fort sur la nature de leur relation: celle d'un chef qui reste maître de ses choix, et d'un Premier ministre dont le maintien est conditionné à la satisfaction du président. M. Faye a également relativisé les projections internes du parti. « Pastef a décliné un nouvel objectif d'enrôlement d'un million de membres. On en avait 500 mille sous ma direction et on n'avait pas obtenu 100 mille. Il se peut donc qu'on atteigne pas le million de cartes », a-t-il indiqué, semant le doute sur la capacité du parti à mobiliser.
La légitimité du suffrage face aux choix internes
Le président a interrogé la légitimité des décisions internes du parti face au verdict des urnes. « J'ai été élu par plus de 2 millions et demi de Sénégalais. Au nom de quoi devrait-on leur imposer un choix interne au sein de Pastef? », a-t-il demandé, soulignant la primauté du suffrage national sur les délibérations partisanes. Cette déclaration intervient dans un contexte où des rumeurs de limogeage d'Ousmane Sonko circulent. M. Faye a posé des conditions claires: si le Premier ministre ne répond plus aux attentes, il sera remplacé. Mais pour l'instant, il conserve sa confiance. Le chef de l'État a rappelé que l'authenticité de Pastef réside dans « la délibération, la contradiction, le choix démocratique ». Il a mis en garde contre une « personnification outrancière du projet », qui menacerait la pérennité du mouvement au-delà de la génération actuelle.
Les racines d'une mise en garde historique
Bassirou Diomaye Faye, ancien secrétaire général de Pastef, a rappelé son rôle fondateur dans la structuration du parti. Il a évoqué le travail effectué lors de l'assemblée générale de 2014, où il avait conçu la feuille de route du comité de pilotage provisoire pour le congrès. « C'est moi qui ai mis en place la presque totalité des structures », a-t-il affirmé, revendiquant une légitimité historique. Selon lui, le parti a amorcé une dynamique problématique vers 2018-2019, avec l'installation de la personnification autour d'Ousmane Sonko. « Le leader commençait à avoir une grande envergure », a-t-il expliqué, mais il a souligné que Sonko lui-même avait été lucide à l'époque, déclarant que le Sénégal n'a pas besoin d'un messie. « Sonko n'a jamais cru au messianisme, encore moins à être guide d'une quelconque révolution », a insisté le président. Il a appelé les membres de Pastef à stopper la trajectoire actuelle, faute de quoi le parti se détruirait.
Les réactions et les enjeux à venir
Les déclarations du président ont suscité des réactions contrastées. Certains observateurs, comme un commentateur sous le nom de Thierno, jugent « incroyable » que M. Faye dénie le leadership de Pastef à Ousmane Sonko. D'autres, comme Darkpenguin, estiment que le président ne comprend pas que c'est le charisme de Sonko qui l'a porté au pouvoir, et que ses propos révèlent un « aveuglement face au pouvoir ». L'avenir du tandem Faye-Sonko reste incertain. Le président a conditionné le maintien de son Premier ministre à sa satisfaction, mais n'a pas précisé de délai ni de critères objectifs. La question des futures candidatures, notamment pour la présidentielle de 2029, reste ouverte, le chef de l'État ayant réaffirmé que le parti désignera son candidat par congrès. En attendant, M. Faye a insisté sur le fait qu'il est en train de dérouler le programme du projet: « Un Sénégal souverain, juste et prospère ». La mise en garde contre la personnification pourrait redéfinir les équilibres internes de Pastef et la relation entre le président et son Premier ministre.
À retenir
- Bassirou Diomaye Faye a publiquement averti que Pastef risque de se détruire si la personnification du projet politique se poursuit.
- Le président a nié tout pacte avec Ousmane Sonko sur le partage du pouvoir ou les candidatures futures, insistant sur les procédures internes du parti.
- Il a reconnu des divergences avec son Premier ministre tout en lui maintenant sa confiance, mais a posé une condition explicite de remplacement en cas d'insatisfaction.
- Faye a rappelé son rôle fondateur dans la structuration de Pastef, notamment lors de l'assemblée générale de 2014.
- Le chef de l'État a mis en avant la légitimité de son élection par plus de 2,5 millions de Sénégalais face aux choix internes du parti.
- Les déclarations de Faye marquent une rupture dans la communication du tandem présidentiel et ouvrent une période d'incertitude politique.




Mary Teuw Niane porte plainte pour diffamation contre l'ancien ministre Thierno Lô

Gianni Infantino annonce sa candidature pour un nouveau mandat à la tête de la FIFA

Mali ouvre une enquête pour trahison après les attaques coordonnées du 25 avril
