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Sanctions records de l'ANSM contre Novo Nordisk et Eli Lilly pour promotion illicite de médicaments anti-obésité

L'agence du médicament inflige près de 2 millions d'euros d'amendes aux deux géants pharmaceutiques pour des campagnes jugées trompeuses dans un contexte de mésusage croissant des traitements.

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Sanctions records de l'ANSM contre Novo Nordisk et Eli Lilly pour promotion illicite de médicaments anti-obésité
L'agence du médicament inflige près de 2 millions d'euros d'amendes aux deux géants pharmaceutiques pour des campagnes jCrédit · Yahoo Actualités

Les faits

  • L'ANSM a sanctionné Novo Nordisk et Eli Lilly le lundi 4 mai.
  • Novo Nordisk écope de 1,78 million d'euros d'amende.
  • Eli Lilly est condamnée à 108 766 euros.
  • Les amendes portent sur des campagnes de communication indirecte pour Saxenda, Wegovy et Mounjaro.
  • La campagne d'Eli Lilly en avril 2025 dans le métro parisien utilisait le slogan « L'obésité, c'est un truc de malade. »
  • Novo Nordisk a diffusé des messages depuis octobre 2025 sur les réseaux sociaux et des vidéos redirigeant vers un site sur l'obésité.
  • L'ANSM estime que ces campagnes ont « induit en erreur » le public et favorisé le mésusage des analogues du GLP-1.
  • Novo Nordisk conteste « fermement » la décision et envisage un recours.

Une double sanction inédite pour contournement de l'interdiction de publicité

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a infligé, lundi 4 mai, des amendes totalisant près de 2 millions d'euros aux deux leaders mondiaux des traitements contre l'obésité, Novo Nordisk et Eli Lilly. Les deux laboratoires sont accusés d'avoir mené des campagnes de communication indirecte pour promouvoir leurs médicaments soumis à prescription médicale obligatoire, en violation de la réglementation française qui interdit toute publicité auprès du grand public pour ces produits. La sanction la plus lourde frappe le groupe danois Novo Nordisk, condamné à 1,78 million d'euros. Cette somme se décompose en un million d'euros pour la promotion de Saxenda et 783 838 euros pour Wegovy, deux spécialités indiquées dans la prise en charge de l'obésité. Eli Lilly devra, de son côté, s'acquitter de 108 766 euros pour sa campagne autour de Mounjaro.

Des campagnes qualifiées de « prévention sanitaire » par les laboratoires

Selon l'ANSM, Eli Lilly a diffusé en avril 2025 une campagne dans le métro parisien arborant le message « L'obésité, c'est un truc de malade. » Novo Nordisk, quant à lui, a lancé dès octobre 2025 des messages sur les réseaux sociaux axés sur la perte de poids, ainsi que des vidéos redirigeant vers un site mettant en avant des informations sur l'obésité et les traitements médicamenteux. Les deux entreprises ont justifié ces actions comme relevant d'une simple démarche de prévention sanitaire. Eli Lilly a affirmé que sa campagne était « conforme au cadre applicable aux communications relatives à la santé humaine ». Novo Nordisk a « fermement » contesté la position de l'ANSM et annoncé examiner « toute éventuelle voie de recours contre cette décision ».

L'ANSM pointe un risque de mésusage et d'induction en erreur

Dans sa décision, l'ANSM estime que ces communications étaient « susceptibles de constituer une promotion indirecte de médicaments soumis à prescription médicale obligatoire ». L'agence souligne que les campagnes, « largement relayées auprès du grand public (affichage, transports, presse, réseaux sociaux) », étaient également « susceptibles d'induire en erreur les publics dans un contexte marqué par une forte médiatisation et un mésusage croissant des analogues du GLP-1 (aGLP-1), notamment à des fins de perte de poids à visée esthétique ». L'autorité sanitaire rappelle que ces traitements, initialement destinés au diabète, sont de plus en plus détournés pour perdre du poids à des fins esthétiques, un phénomène de mésusage qui préoccupe les autorités de santé. La décision vise « à prévenir toute communication susceptible de valoriser le recours au traitement médicamenteux comme réponse principale à l'obésité, d'induire le public à solliciter ce traitement auprès d'un professionnel de santé ou à chercher à se le procurer ».

Un précédent qui interroge sur les limites de la communication des laboratoires

Cette double sanction intervient dans un contexte où les médicaments anti-obésité connaissent un engouement mondial, alimenté par des campagnes marketing agressives et une forte demande sociale. La réglementation française, l'une des plus strictes en Europe, interdit toute publicité pour les médicaments soumis à prescription, mais les laboratoires contournent parfois cette interdiction par des campagnes dites de « sensibilisation ». L'ANSM, en infligeant ces amendes, envoie un signal fort aux industriels: les communications sur l'obésité ne doivent pas servir de cheval de Troie pour promouvoir indirectement des traitements. La question reste ouverte de savoir si ces sanctions dissuaderont d'autres laboratoires ou si elles inciteront à une révision des stratégies de communication.

Les suites judiciaires et l'impact sur le marché des anti-obésité

Novo Nordisk a déjà annoncé son intention de contester la décision, ce qui pourrait ouvrir une procédure contentieuse devant les tribunaux administratifs. Eli Lilly, tout en prenant acte, n'a pas exclu de recourir également. L'issue de ces recours pourrait redéfinir les contours de ce qui est considéré comme une communication licite dans le domaine de la santé. Par ailleurs, ces sanctions interviennent alors que le marché des traitements contre l'obésité est en pleine expansion, avec des prévisions de chiffre d'affaires atteignant plusieurs dizaines de milliards de dollars. Les décisions réglementaires en France pourraient influencer les pratiques à l'échelle européenne, où d'autres agences du médicament surveillent de près les stratégies de communication des laboratoires.

À retenir

  • L'ANSM a infligé 1,78 million d'euros d'amende à Novo Nordisk et 108 766 euros à Eli Lilly pour promotion indirecte de médicaments anti-obésité.
  • Les campagnes visaient à sensibiliser le public sur l'obésité mais ont été jugées comme une publicité déguisée pour des traitements soumis à prescription.
  • Le contexte de mésusage croissant des analogues du GLP-1 pour la perte de poids esthétique a aggravé la perception de ces communications.
  • Novo Nordisk conteste fermement la décision et envisage un recours, tandis qu'Eli Lilly prend acte tout en estimant sa campagne conforme.
  • Cette sanction pourrait faire jurisprudence et renforcer la vigilance des autorités sanitaires sur les stratégies de communication des laboratoires pharmaceutiques.
  • Le marché mondial des traitements anti-obésité reste en forte croissance, mais les régulateurs européens pourraient durcir leurs contrôles.
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