164 hôtels fermés : le tourisme tunisien en crise structurelle
Le président de la commission parlementaire du tourisme, Mohamed Yahyaoui, dresse un constat alarmant à l'approche de la saison estivale.

TUNISIA —
Les faits
- 164 hôtels fermés en Tunisie.
- 8 milliards de dinars de recettes annuelles en devises.
- Budget du tourisme en baisse de 4% à 166 millions de dinars.
- 1 milliard de dinars de projets d'investissement bloqués, notamment à Tabarka.
- 130 propositions de loi déposées, certaines bloquées par l'exécutif.
- Conseil supérieur du tourisme inactif depuis sa proposition en 2023.
- Tunis désignée capitale du tourisme arabe 2027 en décembre 2025.
Un secteur stratégique fragilisé par des dysfonctionnements chroniques
Le tourisme tunisien, qui génère près de 8 milliards de dinars de recettes en devises chaque année, traverse une phase critique. Mercredi 29 avril 2026, le président de la commission du tourisme à l'Assemblée des représentants du peuple, Mohamed Yahyaoui, a dressé un constat alarmant sur les ondes d'Express fm. Il a révélé que 164 établissements hôteliers ont fermé leurs portes, symptôme de difficultés structurelles persistantes. Malgré son poids économique majeur, le secteur ne bénéficie pas du soutien gouvernemental nécessaire. Yahyaoui a pointé une baisse de 4% du budget alloué cette année, ainsi que des lacunes dans les mécanismes de gestion. La saison estivale approche, mais les perspectives restent sombres.
Une gouvernance éclatée paralyse les réformes
Au cœur des difficultés, la question de la gouvernance demeure centrale. Yahyaoui a évoqué un enchevêtrement des compétences entre plusieurs ministères – Intérieur, Commerce, Transport, Environnement – et le ministère du Tourisme, ainsi qu'un chevauchement des prérogatives avec l'Office national du tourisme. Même le ministre du Tourisme ne dispose pas d'une autorité pleine sur le secteur. Le Conseil supérieur du tourisme, proposé depuis 2023 pour coordonner les acteurs, reste à ce jour inactif. Sa mise en place est pourtant jugée essentielle pour centraliser les décisions et fluidifier la gestion. Cette dispersion des responsabilités dilue le pouvoir décisionnel et ralentit les réformes.
164 hôtels fermés et des infrastructures vieillissantes
La fermeture de 164 hôtels illustre l'ampleur des fragilités du secteur. Plusieurs pôles touristiques historiques, comme Hammamet, Sousse ou Monastir, souffrent d'un vieillissement avancé des infrastructures. Une réhabilitation urgente est nécessaire, mais les investissements peinent à se concrétiser. Des projets d'investissement privés estimés à près de 1 milliard de dinars restent bloqués, notamment dans la région de Tabarka, en raison de documents d'aménagement non actualisés. Dans certains cas, ces blocages poussent des investisseurs à envisager un retrait du marché tunisien. L'obtention d'autorisations nécessite souvent de passer par plusieurs ministères, compliquant davantage le parcours des investisseurs.
Restaurants en difficulté et tourisme alternatif freiné
Le secteur de la restauration touristique subit toujours les séquelles de la pandémie de COVID-19. De nombreux établissements ont fait faillite, faute d'un soutien adapté. Les professionnels dénoncent une fiscalité inégale et des restrictions administratives limitant leurs activités, notamment en matière d'animation. Par ailleurs, plusieurs projets d'hébergement alternatif restent en suspens faute de cadre réglementaire clair. La Tunisie n'a pas non plus pleinement tiré profit des tensions géopolitiques dans certaines régions du monde pour capter de nouveaux marchés touristiques. Yahyaoui a pointé des difficultés dans le transport aérien et au niveau des aéroports intérieurs, appelant à des solutions rapides pour renforcer leur attractivité.
Un cadre législatif bloqué et des perspectives incertaines
Sur le plan législatif, environ 130 propositions de loi ont été déposées, mais certaines se heurtent à des blocages au niveau de l'exécutif, notamment en lien avec le code de l'investissement et la lourdeur des procédures. Ces obstacles freinent aussi bien les investissements locaux qu'étrangers. Yahyaoui a annoncé la tenue prochaine de séances d'audition avec les agences de voyages puis avec le ministère du Tourisme, dans le cadre des préparatifs de la saison estivale. Il a également évoqué l'échéance majeure de “Tunis, capitale du tourisme arabe 2027”, désignée lors du conseil ministériel arabe du tourisme tenu à Bagdad en décembre 2025. Cette désignation pourrait offrir une opportunité de relance, à condition que les réformes nécessaires soient engagées.
Une perte de compétitivité face aux défis régionaux
Le député a relevé que la Tunisie n'a pas su capter les flux touristiques détournés par les tensions géopolitiques dans d'autres régions. Le manque de coordination entre les acteurs et la vétusté des infrastructures nuisent à la compétitivité du pays. Sans une réforme en profondeur de la gouvernance et un déblocage des investissements, le secteur risque de continuer à décliner. La situation actuelle appelle à des solutions rapides et structurelles. La fermeture de 164 hôtels n'est que la partie émergée d'une crise qui menace un pilier de l'économie tunisienne.
À retenir
- 164 hôtels fermés en Tunisie, reflet d'une crise structurelle du tourisme.
- Budget en baisse de 4% et gouvernance éclatée entre plusieurs ministères.
- 1 milliard de dinars de projets d'investissement bloqués, notamment à Tabarka.
- Conseil supérieur du tourisme inactif depuis 2023, malgré son rôle crucial.
- 130 propositions de loi déposées mais bloquées par l'exécutif.
- Tunis, capitale du tourisme arabe 2027, une échéance qui nécessite des réformes urgentes.



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