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DAZN menace de ne pas payer la LFP et convoque un conseil d'administration urgent

Le principal diffuseur de la Ligue 1, qui dénonce le piratage et le manque de coopération des clubs, pourrait saisir la justice, tandis que des abonnés peinent à résilier leur contrat.

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DAZN menace de ne pas payer la LFP et convoque un conseil d'administration urgent
Le principal diffuseur de la Ligue 1, qui dénonce le piratage et le manque de coopération des clubs, pourrait saisir la Crédit · The Ring

Les faits

  • DAZN détient les droits de huit matchs sur neuf par journée de Ligue 1, avec beIN Sports pour le neuvième.
  • La LFP a convoqué un conseil d'administration le mercredi à 17h30 pour traiter la crise des droits télé.
  • DAZN pourrait ne pas payer sa quatrième échéance prévue ces jours-ci.
  • Le contrat initial de DAZN avec la LFP courait de 2024-2025 à 2028-2029, mais a été rompu à l'amiable après quelques mois.
  • DAZN continue de diffuser la Ligue 1 jusqu'à la fin de la saison 2024-2025, mais l'avenir est incertain.
  • En Belgique, DAZN a signé un accord avec Telenet et BASE pour la saison 2026-2027, incluant huit matchs des playoffs actuels sans surcoût.
  • Le litige entre DAZN et la Pro League belge pour la période 2025-2030 est examiné par le Cepani, sans jugement avant plusieurs mois.

Une échéance impayée qui menace l'équilibre de la Ligue 1

La Ligue de football professionnel (LFP) a convoqué son conseil d'administration ce mercredi après-midi à 17h30 pour faire face à une situation qualifiée d'« urgente » dans le mail de convocation. En cause, la menace de DAZN, principal diffuseur de la Ligue 1, de ne pas verser sa quatrième échéance prévue ces jours-ci. Le diffuseur, qui détient les droits de huit matchs sur neuf par journée (le neuvième appartenant à beIN Sports), se plaint de conditions d'exploitation difficiles, notamment en raison du piratage et du manque de coopération de certains clubs pour fournir du contenu innovant. Selon certaines sources, DAZN pourrait même se tourner vers les tribunaux pour faire valoir ses griefs. La LFP, de son côté, tente de trouver une issue à ce conflit qui fragilise tout l'édifice financier du football français.

Un contrat déjà rompu, une diffusion maintenue par défaut

En août 2024, DAZN avait décroché la majorité des droits de diffusion de la Ligue 1 pour cinq saisons, de 2024-2025 à 2028-2029. Mais après quelques mois seulement, le diffuseur a cessé de verser les échéances, estimant ne pas avoir disposé de tous les éléments nécessaires pour se développer dans de bonnes conditions. Le contrat a finalement été rompu à l'amiable, et DAZN continue de diffuser les matchs jusqu'à la fin de la saison en cours. Pour l'heure, personne ne sait ce qu'il adviendra à la rentrée prochaine. La LFP envisagerait de lancer sa propre chaîne pour diffuser les matchs, une option que DAZN n'exclut pas de rejoindre. Cette incertitude pèse lourdement sur les abonnés, qui ont souscrit spécifiquement pour la Ligue 1.

Des abonnés piégés par leur engagement

Face à la perte des droits de la Ligue 1, de nombreux abonnés souhaitent résilier leur abonnement DAZN. Pour ceux qui ne sont pas sous engagement, la procédure est simple, conformément aux conditions générales de vente. En revanche, pour les clients encore liés par un contrat, la situation est plus complexe. DAZN refuse en effet de résilier ces abonnements, arguant que la Ligue 1 n'est qu'une partie de son offre, qui inclut d'autres compétitions comme le championnat belge, le basket ou le kickboxing. Les abonnés doivent prouver que la diffusion de la Ligue 1 était un élément déterminant de leur souscription. Pour ceux qui se sont abonnés au début de la saison 2024-2025, la démonstration est plus aisée, mais leur période d'engagement d'un an arrive bientôt à son terme. Pour les autres, la tâche est plus ardue, d'autant que DAZN continue de communiquer sur la diffusion de la Ligue 1 alors que la saison est terminée et que rien ne garantit la suivante, ce qui pourrait constituer une pratique commerciale trompeuse.

Des recours juridiques incertains face à un diffuseur basé au Royaume-Uni

Les procédures de résiliation restent soumises à la bonne volonté de DAZN, qui précise dans ses CGV que les contenus diffusés ne sont pas garantis – une clause potentiellement abusive. De plus, DAZN, basé au Royaume-Uni, assure être soumis au droit anglais, mais le règlement européen Rome I stipule qu'une société étrangère ne peut empêcher l'application du droit français si son activité vise le public français, ce qui est le cas. Saisir la justice reste aléatoire, vu les sommes en jeu. Le mieux pour les consommateurs est de s'adresser à des instances spécialisées dans les litiges transfrontaliers, comme le Centre européen des consommateurs (CEC).

En Belgique, un accord inattendu avec Telenet et BASE

Parallèlement à ces tensions en France, DAZN a officialisé ce lundi un accord structurant avec Telenet, en Flandre et à Bruxelles, ainsi qu'avec BASE, côté wallon. Cet accord prévoit la distribution de l'ensemble de l'offre DAZN sur les chaînes linéaires et l'application numérique de Telenet pour la saison 2026-2027. Dès ce mois-ci, tous les clients Telenet disposant d'une TV box auront accès à huit matchs des Champions' Playoffs actuels, sans paiement supplémentaire ni abonnement Play Sports. Au-delà de la D1A et de la D1B, l'accord inclut plusieurs grands championnats européens (France, Italie, Espagne) et d'autres sports. Une approche globale censée renforcer l'attractivité pour les opérateurs et les abonnés.

Un contexte belge marqué par des tensions et l'irruption de Canal+

Cet accord intervient dans un contexte bien différent de la précédente collaboration entre Telenet et DAZN (2020-2025). Depuis plusieurs mois, les tensions autour des droits du football belge sont accrues, et l'incertitude persiste sur leur exploitation future. Le contrat signé avec la Pro League pour la période 2025-2030 a été dénoncé par DAZN pour absence de viabilité économique, et le litige doit être examiné par le Cepani, sans jugement avant plusieurs mois. L'irruption récente de Canal+, qui a acquis les droits de l'ensemble des Coupes d'Europe (dont la Champions League) pour 2027-2030, rebat les cartes et accélère les repositionnements. Face à cette offensive, les acteurs historiques n'ont d'autre choix que de renouer le dialogue et d'explorer de nouveaux accords. DAZN précise que ce « deal » s'inscrit dans les dispositions provisoires édictées par le juge, et il pourrait s'agir de la première pièce d'un puzzle médiatique en pleine recomposition.

Un avenir incertain pour le football français et belge

La crise des droits télévisuels en France et en Belgique illustre les fragilités d'un marché en pleine mutation. Entre piratage, exigences des diffuseurs et repositionnements stratégiques, les ligues de football doivent naviguer dans un environnement de plus en plus complexe. La décision de la LFP ce mercredi sera cruciale pour l'avenir de la Ligue 1, tandis qu'en Belgique, l'accord avec Telenet offre une bouffée d'oxygène à DAZN, mais ne résout pas le litige de fond avec la Pro League. Les abonnés, eux, restent dans l'expectative, partagés entre l'espoir d'une résolution et la crainte de devoir payer pour un service qu'ils estiment ne pas recevoir. La multiplication des acteurs et des offres pourrait à terme bénéficier aux consommateurs, mais à court terme, l'incertitude domine.

À retenir

  • DAZN menace de ne pas payer sa quatrième échéance à la LFP, convoquant un conseil d'administration urgent le mercredi à 17h30.
  • Le contrat initial de DAZN avec la LFP (2024-2029) a été rompu à l'amiable, mais la diffusion se poursuit jusqu'à la fin de la saison.
  • Les abonnés sous engagement peinent à résilier, DAZN refusant et invoquant une clause de non-garantie des contenus potentiellement abusive.
  • En Belgique, DAZN signe un accord avec Telenet et BASE pour la saison 2026-2027, incluant huit matchs des playoffs actuels sans surcoût.
  • Le litige entre DAZN et la Pro League belge pour 2025-2030 est en cours d'examen par le Cepani, sans décision avant plusieurs mois.
  • L'arrivée de Canal+ en Belgique rebat les cartes et accélère les repositionnements des acteurs historiques.
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