Libéralisation du rail belge : la SNCB face à l'échéance de 2032
Entre grèves, réforme du statut des cheminots et ouverture à la concurrence, l'opérateur historique doit préparer l'après-contrat de service public.
BELGIUM —
Les faits
- La SNCB a été créée en 1926 et compte plus de 3600 km de lignes ferroviaires.
- En 2022, plus de 227 millions de trajets ont été effectués par les voyageurs.
- La ponctualité des trains a atteint 93,3% en février et 93,1% en mars.
- La vente de tickets à bord des trains sera supprimée à partir du 1er juillet.
- La gare d'Anvers-Linkeroever rouvre après 42 ans de fermeture, pour servir d'alternative durant les travaux du prémétro (4 mai 2025 - fin mars 2027).
- Le contrat de service public liant l'État à la SNCB arrive à son terme en 2032.
- La libéralisation du transport intérieur de voyageurs pourrait être effective en 2032, conformément au quatrième paquet ferroviaire européen.
Un centenaire sous tension
La SNCB fête ses 100 ans en 2026, mais l'heure n'est pas à la célébration. Depuis plusieurs mois, le rail belge est secoué par des grèves du personnel, des suppressions de trains et une réforme annoncée du statut des cheminots. Derrière ces tensions quotidiennes se profile une échéance stratégique: 2032, date à laquelle le contrat de service public liant l'État à la SNCB arrivera à son terme. Cette année marquera également la fin de la période de transition européenne prévue par le quatrième paquet ferroviaire pour l'ouverture totale des services ferroviaires intérieurs de voyageurs. La Belgique, pionnière européenne du rail en 1834, s'apprête à vivre une transformation majeure de son paysage ferroviaire.
La libéralisation, un processus déjà entamé
La libéralisation du rail ne date pas d'hier. Engagée à l'échelle européenne depuis les années 1990, elle s'est mise en place progressivement. Concrètement, libéraliser le rail consiste à ouvrir l'exploitation des trains à la concurrence. "La première étape a été de séparer les gestionnaires d'infrastructures des opérateurs de transport, en mettant fin au monopole historique des entreprises ferroviaires qui cumulaient ces deux fonctions", explique François-Xavier Lievens, chercheur en droit à l'UCLouvain et spécialiste de l'ouverture à la concurrence des marchés ferroviaires. En Belgique, cette séparation est actée dès 2005, avec la scission de la SNCB en deux entités distinctes: Infrabel, chargé de la gestion du réseau ferroviaire (voies, signalisation), et la SNCB, responsable des gares et de l'exploitation des trains de voyageurs. Le fret ferroviaire a ouvert la voie en 2007, suivi du transport international de voyageurs, libéralisé depuis le 1er janvier 2010, permettant à des opérateurs comme Eurostar ou les trains ICE de la Deutsche Bahn d'opérer sur le réseau belge.
2032, le grand rendez-vous de la concurrence
La dernière étape, la plus complexe, concerne le transport de "voyageurs de proximité". À partir de 2032, plusieurs opérateurs pourraient se partager le marché, via des appels d'offres ou des contrats de service public encadrés par l'État. "La SNCB pourra soumettre une offre, tout comme d'autres entreprises, par exemple la Deutsche Bahn ou la SNCF. Le choix se fera au meilleur rapport qualité-prix. Ensuite, l'État vérifiera régulièrement que toutes les obligations sont respectées par le prestataire", détaille Lievens. Si certains y voient la fin du service public, le chercheur rappelle que libéralisation ne signifie pas privatisation. "Ouvrir à la concurrence l'exploitation des services ferroviaires n'implique pas forcément une privatisation. L'Union européenne n'impose pas la privatisation, mais uniquement un mode de gestion. Cette mise en concurrence peut tout à fait être opérée avec des entreprises publiques."
Des chantiers et des grèves au quotidien
En attendant cette échéance, la SNCB doit gérer des défis immédiats. Une grève de 48 heures a récemment perturbé le trafic: seul un train IC sur deux roulait, 20 % des trains L et S circulaient, et aucun train P. Les grandes gares étaient relativement bien desservies, contrairement à de nombreuses petites gares. Par ailleurs, la vente de tickets à bord des trains sera supprimée à partir du 1er juillet. Côté infrastructures, la gare d'Anvers-Linkeroever, fermée depuis 42 ans, a rouvert pour servir d'alternative pendant les travaux de construction d'un prémétro, qui débutent le 4 mai et dureront jusqu'à fin mars 2027. Des voix politiques, dont celle du Premier ministre Bart De Wever, plaident pour que cette halte devienne permanente, même si l'adaptation de la programmation des trains s'annonce complexe.
Un réseau en mutation, entre modernisation et héritage
La SNCB poursuit sa modernisation: les zones de placement sur les quais sont déployées, la nouvelle gare de Groenendaal a été inaugurée à la lisière de la Forêt de Soignes, et les travaux du nouveau couloir sous-voies de Charleroi-Central entrent dans leur dernière phase. L'opérateur a également lancé une campagne pour encourager l'usage du train auprès des navetteurs et des voyageurs de loisirs, avec un nouveau slogan depuis 2021: "En route. Vers mieux." La ponctualité des trains a atteint 93,3 % en février et 93,1 % en mars, un chiffre qui contraste avec les perturbations récentes. L'exposition "La SNCB occupée. Entre collaboration et résistance" sera présentée à La Cité Miroir (Liège) durant l'été 2027, tandis que Train World a été officiellement "approuvé par et pour les enfants" et est candidat au "Chef d'œuvre de l'année".
L'avenir du rail belge en suspens
Alors que le débat sur la libéralisation s'intensifie, des questions demeurent: à quoi ressemblera le rail belge après 2032? Quels bénéfices et quels risques pour les voyageurs, les travailleurs et le service public? La SNCB, dirigée par Sophie Dutordoir depuis 2017, devra naviguer entre les exigences européennes, les attentes des usagers et les revendications syndicales. Le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine, s'est opposé à la proposition de Georges-Louis Bouchez de supprimer les petites gares, qualifiant l'idée d'"aberration totale". Parallèlement, 3,1 millions d'euros ont été investis à la gare de Florival, et la gare d'Archennes ne sera pas supprimée. Le rail belge, premier réseau ferroviaire d'Europe en 1834, écrit un nouveau chapitre de son histoire.
À retenir
- La libéralisation du transport intérieur de voyageurs sera effective en 2032, avec la fin du contrat de service public de la SNCB.
- La SNCB devra concourir avec d'autres opérateurs comme la Deutsche Bahn ou la SNCF pour remporter les appels d'offres.
- La libéralisation n'implique pas une privatisation; des entreprises publiques peuvent participer à la concurrence.
- La ponctualité des trains reste élevée (93,3% en février, 93,1% en mars) malgré des grèves et des travaux.
- La gare d'Anvers-Linkeroever rouvre temporairement, mais des pressions politiques pourraient la rendre permanente.
- Le réseau belge, l'un des plus anciens d'Europe, investit dans la modernisation tout en gérant des tensions sociales.






Une fausse taxe sur les paiements par carte enflamme les réseaux sociaux
L'UE renforce la protection contre la fraude et l'accès aux espèces dans le cadre du nouveau règlement sur les services de paiement
Guide Michelin 2026 : la Belgique conserve ses deux triples étoiles, mais le cru déçoit par son manque de renouveau
