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Une fausse taxe sur les paiements par carte enflamme les réseaux sociaux

Une vidéo virale annonce une « microtaxe transactionnelle » de 0,5 % dès 2026, mais ni le gouvernement ni le Parlement n'ont adopté une telle mesure.

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Une fausse taxe sur les paiements par carte enflamme les réseaux sociaux
Une vidéo virale annonce une « microtaxe transactionnelle » de 0,5 % dès 2026, mais ni le gouvernement ni le Parlement nCrédit · Le Soir

Les faits

  • La vidéo du compte « Le Rapide » a cumulé près de 600 000 vues avant d'être supprimée.
  • L'amendement déposé par le sénateur Michel Canévet dans le cadre du PLFSS 2025 a été rejeté par le Sénat.
  • Bercy précise qu'« aucune décision n'a été prise pour instaurer une telle taxe ».
  • Les frais de 0,5 % à 1,5 % par transaction correspondent aux commissions payées par les commerçants.
  • En 2024, 32,7 milliards de paiements scripturaux ont été effectués en France, en hausse de 5,2 %.
  • Le virement instantané a progressé de 46,5 % en volume en 2024.
  • Worldline prévoit une maintenance de son réseau dans la nuit du 3 au 4 mai, pouvant perturber les paiements.

Une rumeur qui prend feu sur TikTok

Une vidéo virale, diffusée par le compte « Le Rapide » et visionnée près de 600 000 fois avant d'être supprimée, affirme qu'une « microtaxe transactionnelle » de 0,5 % sera appliquée sur chaque paiement par carte bancaire à partir du 1er janvier 2026. La voix off, au ton alarmiste et probablement générée par intelligence artificielle, évoque une mesure gouvernementale validée, concernant toutes les transactions, y compris les paiements sans contact, par téléphone, en magasin, au restaurant ou en ligne. La vidéo a été reprise sur Facebook, dans un groupe de discussion des « Gilets Jaunes », sur Instagram et YouTube, alimentant une vague d'inquiétude parmi les internautes. Pourtant, aucun texte officiel ne mentionne une telle taxe.

Aucune trace dans les textes officiels

Une recherche sur le site de l'Assemblée nationale et sur Légifrance ne révèle aucune disposition relative à une « microtaxe transactionnelle ». Aucun des amendements déposés dans le cadre du projet de loi de finances 2026 n'évoque une taxe sur chaque paiement par carte. Le service presse du ministère de l'Économie confirme que l'idée a bien existé, mais sous une forme très différente. L'année dernière, dans le cadre du Projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale pour 2025, un amendement déposé par le sénateur Michel Canévet proposait une taxe sur les paiements électroniques. Cet amendement a été rejeté par le Sénat. Bercy ajoute qu'« à ce stade, aucune décision n'a été prise pour instaurer une telle taxe, et aucune disposition du Gouvernement en ce sens n'est prévue ».

L'origine du chiffre de 0,5 %

Le chiffre de 0,5 % de frais par transaction correspond en réalité aux commissions que les commerçants paient lorsqu'un client utilise une carte bancaire. Ces frais, compris entre 0,5 % et 1,5 % du montant de l'achat, incluent la commission d'interchange, les frais de réseau et la marge de la banque. La confusion entre une taxe pour le consommateur et des frais pour le commerçant est à l'origine de la rumeur. Une initiative similaire a été proposée en Suisse début 2020, mais elle n'a pas abouti. La désinformation exploite des ressorts classiques: voix métallique, musique anxiogène et absence de sources vérifiables.

Les paiements par carte, un usage dominant en France

Selon les statistiques de la Banque de France pour 2024, la carte bancaire reste l'instrument scriptural préféré des Français, avec une intégration réussie d'innovations comme le paiement mobile. En 2024, 32,7 milliards d'opérations scripturales ont été réalisées, en hausse de 5,2 % par rapport à 2023, pour un montant total de 34 730 milliards d'euros. Les paiements des ménages en magasin ont atteint 803 milliards d'euros, en croissance de 3,2 %. Le virement instantané connaît une progression spectaculaire: +46,5 % en volume et +30,6 % en valeur, avec près de 600 millions d'opérations et 231 milliards d'euros échangés. Son montant moyen a baissé, passant de 583 euros en 2020 à 387 euros en 2024, signe d'un usage plus quotidien. La numérisation des paiements est plus avancée en France que dans d'autres pays européens, même si le chèque subsiste de manière marginale.

Des perturbations techniques à prévoir

Worldline, l'entreprise spécialisée dans les services de paiement, a annoncé des travaux de maintenance sur son réseau dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 mai, entre 00 h 15 et 06 h. Pendant cette période, certains paiements électroniques pourraient être impossibles avec les cartes Bancontact, Maestro, Mastercard, Mastercard Debit, Visa et Visa Debit, tant dans les magasins physiques en Belgique qu'en ligne. Les stations-service et les distributeurs de billets pourraient également être affectés. Cette maintenance intervient dans un contexte où Worldline a récemment cédé ses activités de gestion électronique des données au groupe suisse SIX. La société fait également l'objet de critiques, notamment en Belgique, où sa filiale a été épinglée dans le cadre de l'affaire « Dirty Payments ».

Une fake news qui révèle les fragilités de l'information

La viralité de cette fausse information illustre la rapidité avec laquelle les rumeurs se propagent sur les réseaux sociaux, exploitant les craintes des consommateurs face à la numérisation des paiements. Les autorités, comme Bercy, ont dû démentir officiellement, mais la vidéo a déjà été vue par des centaines de milliers de personnes. À l'avenir, la vigilance s'impose face à des contenus au ton alarmiste et dépourvus de sources vérifiables. La désinformation sur les paiements électroniques pourrait nuire à la confiance dans un système pourtant bien rodé, où la carte bancaire reste le moyen de paiement privilégié.

À retenir

  • Aucune taxe sur les paiements par carte n'est prévue pour 2026 en France, contrairement à ce qu'affirme une vidéo virale.
  • L'amendement du sénateur Michel Canévet, qui proposait une taxe similaire, a été rejeté en 2024.
  • Les frais de 0,5 % évoqués correspondent aux commissions payées par les commerçants, non par les consommateurs.
  • En 2024, la carte bancaire reste le moyen de paiement préféré des Français, avec une croissance des paiements scripturaux de 5,2 %.
  • Le virement instantané progresse fortement, avec une hausse de 46,5 % en volume.
  • Worldline effectuera une maintenance de son réseau dans la nuit du 3 au 4 mai, pouvant perturber temporairement les paiements.
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