Monde

Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse

L'administration Trump diversifie ses partenaires en intelligence artificielle après la rupture avec Anthropic, tandis que les journalistes voient leurs accès restreints.

7 min
Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse
L'administration Trump diversifie ses partenaires en intelligence artificielle après la rupture avec Anthropic, tandis qCrédit · CNN

Les faits

  • Google a conclu un accord le 28 avril avec le Pentagone pour intégrer son IA Gemini aux opérations classifiées.
  • L'administration Trump a mis fin fin février à tous les contrats avec Anthropic après son refus d'accepter des conditions d'utilisation sans garde-fous.
  • Plus de 600 employés de Google ont signé une lettre contre la collaboration militaire.
  • Le Pentagone exige des journalistes un engagement à ne pas publier d'informations sans autorisation préalable, sous peine de révocation d'accréditation.
  • Donald Trump a signé le 5 septembre un décret pour renommer le Pentagone en « ministère de la Guerre ».
  • Les démocrates dénoncent une dérive autoritaire dans le recours à l'armée par Trump.
  • Le secrétaire à la défense Pete Hegseth a partagé des informations classifiées via Signal en avril.
  • Associated Press a été bannie du Bureau Ovale et d'Air Force One pour avoir refusé d'utiliser le terme « golfe d'Amérique ».

Un nouveau partenariat avec Google dans l'IA classifiée

Le Pentagone a conclu mardi 28 avril un accord avec Google pour intégrer son modèle génératif Gemini aux opérations classifiées, rejoignant ainsi OpenAI et xAI dans ce domaine stratégique. Cette décision élargit la diversification des partenaires en intelligence artificielle du département de la Défense américain. Jusqu'ici, seule la start-up Anthropic était autorisée à intervenir sur ces réseaux sensibles avec son modèle Claude. Mais fin février, l'administration de Donald Trump a mis fin à tous ses contrats avec l'entreprise, après son refus d'accepter certaines conditions d'utilisation. Le Pentagone souhaitait un accès sans restriction, là où Anthropic exigeait des garde-fous contre la surveillance de masse et l'usage d'armes autonomes. Cette rupture a conduit à un contentieux judiciaire toujours en cours. « Trop dépendre d'un prestataire n'est jamais une bonne chose », a déclaré Cameron Stanley, responsable de l'IA au Pentagone, à CNBC. un accord similaire a également été conclu avec xAI, la société fondée par Elon Musk. Ces nouveaux contrats autorisent l'usage de l'IA « dans les limites de la loi », offrant davantage de latitude que celui signé précédemment avec Anthropic.

Des garde-fous contestés en interne chez Google

l'accord avec Google inclut des dispositions indiquant que l'entreprise ne souhaite pas que ses technologies soient utilisées pour la surveillance de masse domestique ou des armes autonomes, sans garantie claire sur leur caractère contraignant. Cette orientation est contestée en interne: plus de 600 employés ont signé une lettre appelant à renoncer à ce type de collaboration. Un précédent similaire remonte à 2018, lorsque l'entreprise avait abandonné le projet Maven, dédié à l'analyse d'images de drones, sous la pression de ses salariés. La situation actuelle ravive les tensions entre les impératifs commerciaux et les valeurs affichées par l'entreprise.

Un tour de vis contre la presse au Pentagone

Dans un e-mail envoyé aux médias, le Pentagone exige des journalistes qu'ils s'engagent à ne pas recueillir ni publier d'informations sans autorisation préalable, a révélé The Washington Post. Le département de la défense américain avertit qu'il révoquera les accréditations de presse de ceux qui ne se conformeront pas à cette mesure, s'il considère qu'il y a une menace pour la sécurité nationale. « Le département de la guerre reste attaché à la transparence afin de promouvoir la responsabilité et la confiance du public », est-il écrit dans le document de 17 pages, qui utilise le nouveau nom du département de la défense. « Cependant, les informations du [département] doivent être approuvées par un responsable habilité avant d'être rendues publiques, même si elles ne sont pas classifiées », ajoute le message. En avril, le secrétaire à la défense, Pete Hegseth – ancien présentateur de la chaîne conservatrice Fox News –, s'en était déjà pris à la presse après avoir été accusé d'avoir partagé avec sa famille sur la messagerie Signal des informations sur un bombardement américain au Yémen.

Restrictions d'accès et expulsion de médias historiques

Selon le document envoyé vendredi, les journalistes doivent également s'engager par signature à ne pas se déplacer dans certaines parties du Pentagone. À défaut, ils perdront ou ne recevront pas d'accréditation pour accéder au bâtiment. Depuis quelque temps, les journalistes n'étaient déjà plus autorisés à traverser certaines parties du Pentagone sans être accompagnés d'un membre du personnel. « La presse n'est plus autorisée à circuler librement dans les couloirs d'un bâtiment sécurisé », a écrit Pete Hegseth sur X. « Il faut porter un badge et respecter les règles, sinon on rentre chez soi », a-t-il ajouté. « Il s'agit de directives de base et de bon sens visant à protéger les informations sensibles ainsi que la sécurité nationale et la sécurité de tous ceux qui travaillent au Pentagone », a déclaré le porte-parole du département de la défense, Sean Parnell. Cette disposition « contrevient directement aux protections constitutionnelles dont bénéficie une presse libre dans une démocratie et constitue une nouvelle tentative de juguler le droit de la population à comprendre ce que fait son gouvernement », s'est indigné le New York Times. Depuis le début du second mandat de Donald Trump, plusieurs médias historiques – dont NBC News et The New York Times – ont été expulsés des bureaux qui leur étaient réservés dans le bâtiment, remplacés par des organes conservateurs comme Newsmax. The Washington Post a également perdu son emplacement. Les conférences de presse avec les porte-paroles de Pete Hegseth ont été réduites à la portion congrue.

Le Pentagone rebaptisé « ministère de la Guerre »

Le président américain a signé vendredi 5 septembre un décret pour que le ministère américain de la Défense s'appelle également ministère de la Guerre. La Maison Blanche a précisé qu'il s'agit pour l'instant d'une appellation supplémentaire, mais le décret enjoint au ministre Pete Hegseth de prendre toutes les mesures, notamment auprès du pouvoir législatif, pour « renommer de manière définitive » le département. À la fin du mois août, Donald Trump avait fait part de ce projet qui restaurerait une appellation ayant existé de 1789 à 1949. « Défense, c'est trop défensif, et nous voulons aussi être offensifs », avait-il déclaré à la presse, laissant entendre qu'il n'aurait pas besoin d'un vote du Congrès pour procéder au changement. « Le président estime que ce ministère devrait porter un nom qui reflète sa puissance sans égale et sa capacité à protéger les intérêts nationaux », a justifié la Maison Blanche, les États-Unis possédant la plus grande armée du monde. Selon elle, il s'agit de faire régner « la paix par la force » et de veiller à ce que « le monde respecte à nouveau les États-Unis ».

Une dérive autoritaire dénoncée par les démocrates

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier dernier, Donald Trump a mobilisé l'armée pour imposer une image de puissance spectaculaire: un rare défilé militaire le jour de son anniversaire, le déploiement de la Garde nationale dans des villes dirigées par ses opposants, et une frappe exceptionnelle contre un bateau dans les Caraïbes dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic. Les démocrates dénoncent régulièrement ce recours à l'armée qu'ils associent à ce qu'ils estiment être une dérive autoritaire du pouvoir. Les restrictions ne s'arrêtent pas au Pentagone. L'agence Associated Press a notamment été bannie du Bureau Ovale et de l'avion présidentiel Air Force One après avoir refusé d'utiliser le terme « golfe d'Amérique » pour désigner le golfe du Mexique, comme tente de l'imposer Donald Trump. L'affaire est toujours en instance devant un tribunal fédéral. Après avoir attaqué en justice le Wall Street Journal et le New York Times, et s'être réjoui de l'éviction de l'humoriste Jimmy Kimmel, Donald Trump a qualifié vendredi « d'illégales » les couvertures médiatiques selon lui trop négatives à son endroit.

Quatre scénarios pour un « coup fatal » à l'Iran

Parallèlement, la presse américaine a révélé que le Pentagone envisage quatre scénarios pour porter un « coup fatal » à l'Iran. Ces plans, qui s'inscrivent dans la stratégie de puissance affichée par l'administration Trump, n'ont pas été détaillés publiquement. Ils témoignent de la volonté du département de la Défense de projeter une image offensive, en phase avec le nouveau nom de « ministère de la Guerre ».

À retenir

  • Le Pentagone diversifie ses partenaires IA après la rupture avec Anthropic, avec Google, OpenAI et xAI désormais impliqués dans des opérations classifiées.
  • Google impose des garde-fous contre la surveillance de masse et les armes autonomes, mais leur caractère contraignant reste flou, suscitant des protestations internes.
  • Les journalistes doivent désormais obtenir une autorisation préalable pour publier des informations du Pentagone, sous peine de perdre leur accréditation.
  • Plusieurs médias historiques ont été expulsés du Pentagone et remplacés par des organes conservateurs, et les conférences de presse se raréfient.
  • Le Pentagone est rebaptisé « ministère de la Guerre », symbolisant un virage vers une posture plus offensive.
  • Les démocrates et des organisations de presse dénoncent une dérive autoritaire, tandis que l'administration Trump justifie ces mesures par la sécurité nationale.
Galerie
Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse — image 1Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse — image 2Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse — image 3Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse — image 4Le Pentagone signe avec Google pour l'IA classifiée et durcit les règles pour la presse — image 5
Pour aller plus loin