Politique

À Kinshasa, des milliers de manifestants soutiennent les sanctions américaines contre Joseph Kabila

La marche de l'UDPS et de ses alliés a mêlé appui à Washington et relance du débat sur la révision constitutionnelle, tandis que l'ex-président dénonce des accusations « profondément injustifiées ».

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À Kinshasa, des milliers de manifestants soutiennent les sanctions américaines contre Joseph Kabila
La marche de l'UDPS et de ses alliés a mêlé appui à Washington et relance du débat sur la révision constitutionnelle, taCrédit · Jeune Afrique

Les faits

  • Le 4 mai 2026, des milliers de militants de l'UDPS et de partis alliés ont défilé à Kinshasa.
  • Les États-Unis ont sanctionné Joseph Kabila le 30 avril 2026 pour soutien financier et politique au M23.
  • La justice congolaise avait condamné Joseph Kabila à mort par contumace en septembre 2025 pour complicité avec le M23.
  • Un accord de paix sous médiation américaine a été signé en décembre 2025, mais les combats persistent dans l'est.
  • Joseph Kabila rejette les accusations et affirme vouloir poursuivre son action politique.
  • Le gouvernement congolais a salué les sanctions comme une « étape importante dans la lutte contre l'impunité ».

Une foule bigarrée sous le soleil de Kinshasa

Le ciel orageux qui menaçait Kinshasa dans la matinée du lundi 4 mai a cédé la place à un soleil de plomb. Des milliers de militants de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), rejoints par leurs alliés de l'Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, du Nouvel élan, d'Adolphe Muzito et de l'Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC), ont investi le boulevard Triomphal. Dans le cortège, des drapeaux congolais et américains flottaient aux côtés de portraits de Donald Trump. Les manifestants scandaient leur soutien aux sanctions infligées par Washington à l'ancien président Joseph Kabila, tout en réclamant une réforme de la Constitution. « Kabila a tué beaucoup de gens dans ce pays… maintenant arrêtez Kabila pour qu'il nous laisse tranquille », a lancé Julien, membre d'un parti de la coalition au pouvoir. Un autre militant, Ouragan Mwanza, a estimé que « les sanctions contre les rebelles… constituent un pas significatif que tout le peuple congolais attendait ».

Washington frappe un ex-président accusé de soutenir la rébellion

Jeudi 30 avril 2026, les États-Unis ont annoncé des sanctions contre Joseph Kabila, l'accusant de fournir un « soutien financier et politique » au M23, un groupe armé actif dans l'est de la République démocratique du Congo. Le Trésor américain a gelé ses avoirs éventuels sous juridiction américaine et interdit à tout citoyen américain de faire affaire avec lui. Cette décision intervient quelques mois après la condamnation à mort par contumace de l'ancien président par la justice congolaise, en septembre 2025, pour « complicité » avec l'AFC/M23, une coalition rebelle soutenue par le Rwanda. Le gouvernement de Félix Tshisekedi a salué une « étape importante dans la lutte contre l'impunité ».

Kabila dénonce des sanctions « profondément injustifiées »

Joseph Kabila a rejeté les accusations américaines, dénonçant une décision « profondément injustifiée, motivée par des considérations politiques ». Dans une déclaration, il affirme vouloir poursuivre son action politique malgré les pressions. L'ancien président, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019, reste une figure influente en RDC, notamment via son parti, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Les sanctions américaines s'ajoutent à une série de mesures internationales visant les responsables présumés de l'instabilité dans l'est congolais. Washington avait déjà sanctionné plusieurs chefs rebelles et officiers rwandais, mais c'est la première fois qu'elle cible un ancien chef d'État congolais.

Un contexte sécuritaire toujours fragile dans l'est

Dans l'est de la RDC, les combats se poursuivent malgré un accord de paix signé en décembre 2025 sous médiation américaine. Le M23, soutenu par le Rwanda, contrôle encore des portions de territoire dans le Nord-Kivu. Les sanctions contre Kabila visent à tarir les sources de financement et de soutien politique à cette rébellion. La situation humanitaire reste critique: des milliers de déplacés vivent dans des camps précaires, et les violences sexuelles sont monnaie courante. L'ONU a dénombré plus de 7 millions de déplacés internes en RDC, dont une grande partie dans les provinces de l'Est.

La réforme constitutionnelle, deuxième front politique

La marche de l'UDPS n'a pas seulement servi à soutenir les sanctions américaines; elle a aussi relancé le débat sur la révision de la Constitution congolaise. Le parti au pouvoir milite pour un changement de la Loi fondamentale, notamment pour permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. L'opposition, elle, y voit une tentative de confiscation du pouvoir. Le débat constitutionnel divise profondément la classe politique congolaise. Plusieurs manifestations ont eu lieu ces derniers mois, tant pour que contre une réforme. L'UDPS espère capitaliser sur la dynamique des sanctions pour faire avancer son agenda.

Quelles conséquences pour l'avenir politique de Kabila?

Les sanctions américaines isolent davantage Joseph Kabila sur la scène internationale, mais leur impact réel reste à mesurer. L'ancien président n'a pas d'avoirs connus aux États-Unis, et son influence en RDC repose surtout sur des réseaux politiques et économiques locaux. Néanmoins, la mesure pourrait dissuader d'autres acteurs de lui apporter un soutien financier. La question centrale est de savoir si ces sanctions, combinées à la condamnation à mort, affaibliront suffisamment Kabila pour empêcher toute tentative de déstabilisation future. Pour l'instant, il continue de nier toute implication avec le M23 et promet de rester actif politiquement. L'Est de la RDC, lui, attend des actes concrets pour la paix.

À retenir

  • Les États-Unis ont sanctionné Joseph Kabila le 30 avril 2026 pour soutien au M23, une première contre un ex-président congolais.
  • Des milliers de manifestants à Kinshasa ont appuyé ces sanctions tout en réclamant une réforme constitutionnelle.
  • Kabila avait déjà été condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour complicité avec le M23.
  • L'accord de paix de décembre 2025 n'a pas mis fin aux combats dans l'est de la RDC.
  • Le gouvernement congolais a salué les sanctions comme un pas contre l'impunité, tandis que Kabila les juge politiquement motivées.
  • L'avenir politique de Kabila reste incertain, mais il affirme vouloir poursuivre son action.
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