EasyJet plonge dans le rouge avec une perte semestrielle de 540 à 560 millions de livres
La compagnie low-cost britannique subit de plein fouet la flambée du kérosène et le conflit au Moyen-Orient, tandis que les réservations tardives fragilisent son modèle.

FRANCE —
Les faits
- EasyJet anticipe une perte avant impôts de 540 à 560 millions de livres pour le premier semestre 2025-2026.
- La perte est supérieure à celle de 394 millions enregistrée un an plus tôt.
- Le prix du kérosène a presque doublé depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
- EasyJet a sécurisé 70 % de ses besoins en carburant pour le second semestre à 706 dollars la tonne.
- Le tiers non couvert expose la compagnie à 40 millions de livres de variation par tranche de 100 dollars sur la tonne de kérosène.
- Les achats de kérosène au prix spot en mars ont coûté 25 millions de livres supplémentaires à EasyJet.
- Les réservations pour le troisième trimestre atteignent 63 % et 30 % pour le quatrième, en baisse de deux points sur un an.
- La France dispose de stocks stratégiques de carburant équivalant à environ cent jours de disponibilité.
Une perte semestrielle record aggravée par la géopolitique
EasyJet s’attend à enregistrer une perte avant impôts comprise entre 540 et 560 millions de livres sterling pour le premier semestre de son exercice 2025-2026, contre 394 millions à la même période l’an dernier. La compagnie low-cost britannique paie au prix fort les retombées du conflit au Moyen-Orient et la flambée du carburant. Si la saison hivernale est traditionnellement moins prolifique, cette fois, la saisonnalité n’explique qu’une part marginale du déficit. Le détroit d’Ormuz, principale artère du pétrole mondial, avait rouvert il y a quelques jours, mais l’Iran vient d’annoncer un nouveau « blocage de la voie maritime ». Cette décision ravive les craintes sur l’approvisionnement en kérosène et maintient une pression constante sur les prix.
Kenton Jarvis pointe le conflit et la concurrence
« Notre performance financière au premier semestre s’est dégradée par rapport à l’année précédente, pénalisée par le conflit au Moyen-Orient et par la pression concurrentielle sur certains marchés », a déclaré Kenton Jarvis, directeur général d’EasyJet. Le dirigeant assume des facteurs exogènes sans chercher d’autre bouc émissaire. La réalité est rude pour l’écosystème mondial du transport aérien. EasyJet subit également une évolution des comportements d’achat. « Les clients réservent notamment plus tard, ce qui se traduit par une visibilité prévisionnelle inférieure à la normale », explique la compagnie. Les réservations atteignent 63 % pour le troisième trimestre et 30 % pour le quatrième, soit deux points de moins sur un an dans les deux cas. Ces retards sont très pénalisants pour un modèle économique qui repose sur l’anticipation des taux de remplissage.
Le kérosène, une épée de Damoclès sur le tiers non couvert
EasyJet avait bien anticipé le risque en sécurisant à l’avance 70 % de ses besoins en carburant pour le second semestre, à 706 dollars la tonne. Cette part est protégée des fluctuations. Mais le tiers restant est entièrement exposé aux caprices du marché: chaque variation de 100 dollars par tonne se traduit par un impact de 40 millions de livres sur le bilan. En mars seulement, les achats de kérosène réalisés hors contrat de couverture (au tarif spot) ont coûté 25 millions de livres supplémentaires à EasyJet, gonflant d’environ 5 % le coût unitaire de chaque siège mis en vente. Le prix du kérosène ayant presque doublé depuis le début du conflit, ce tiers non couvert pèse lourdement. Une situation qui concerne toutes les compagnies aériennes.
Des risques systémiques pour le transport aérien européen
Willie Walsh, directeur général de l’IATA, estimait que « fin mai, on pourrait commencer à observer en Europe certaines annulations de vols faute de carburéacteur ». Claudio Galimberti, chef économiste chez Rystad Energy, jugeait même que « la situation peut devenir systémique d’ici trois à quatre semaines, avec des suppressions massives de vols en Europe dès mai et juin ». Ces alertes émanent des plus hauts niveaux de l’industrie. Face à cette menace, les gouvernements commencent à réagir. Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, a annoncé le 19 avril: « Je rappelle que la France a des stocks stratégiques, environ une centaine de jours de disponibilité de carburant que nous pourrions être amenés à libérer si on avait des problèmes de volume. » Une intervention bienvenue, mais qui ne résout pas le problème de fond: le kérosène reste deux fois plus cher qu’avant le conflit.
EasyJet se veut confiante malgré les turbulences
Kenton Jarvis assure qu’EasyJet est « bien placée pour faire face aux défis géopolitiques actuels », forte de 4,7 milliards de livres de liquidités. La compagnie mise sur sa trésorerie pour traverser la tempête. Mais la vérification aura lieu le 21 mai, date de publication des résultats complets de l’entreprise, soit dans un mois, alors que le détroit d’Ormuz fait l’accordéon depuis des semaines. Dans un segment où les marges sont minces, l’incertitude sur la demande est presque aussi coûteuse que la hausse du carburant elle-même. EasyJet devra démontrer que sa stratégie de couverture et ses réserves de liquidités suffisent à absorber le choc.
Une condamnation pour refus d’embarquement sur un passeport périmé
EasyJet a par ailleurs été condamnée à verser 4.872 euros à une famille à laquelle elle avait refusé l’embarquement en 2018 pour un passeport périmé de dix-huit jours. En cassation, le tribunal de Lyon a considéré que la décision de la compagnie n’était pas fondée. Les faits remontent au 20 octobre 2018: le père, la mère et leur fille devaient se rendre à Naples depuis Lyon, mais se sont vu refuser l’accès à l’avion et ont dû prendre le bus. EasyJet invoquait une directive européenne du 29 avril 2004 exigeant un document d’identité en cours de validité. Le père de famille s’est basé sur un accord européen de 1957 autorisant la circulation avec un passeport périmé de moins de cinq ans au sein du Conseil de l’Europe. Après un premier rejet à Villeurbanne faute de justificatifs, le plaignant s’est pourvu en cassation et a obtenu gain de cause. La compagnie a déclaré prendre acte du jugement et se conformer à la décision.
Un avenir suspendu aux décisions de Téhéran et aux réservations
EasyJet navigue en eaux troubles, tiraillée entre une facture de carburant explosive et une demande qui se dérobe. La réouverture du détroit d’Ormuz, puis son nouveau blocage, illustrent l’imprévisibilité géopolitique. La compagnie peut compter sur ses liquidités, mais la marge de manœuvre se réduit à mesure que le conflit s’éternise. Le 21 mai sera une échéance cruciale: les résultats complets diront si EasyJet peut tenir ses promesses. En attendant, le transport aérien européen retient son souffle, guettant les signaux d’une possible paralysie cet été.
À retenir
- EasyJet anticipe une perte semestrielle de 540 à 560 millions de livres, bien supérieure à celle de l’an dernier.
- Le conflit au Moyen-Orient et la flambée du kérosène sont les causes principales, avec un tiers des besoins en carburant non couvert.
- Les réservations tardives réduisent la visibilité et fragilisent le modèle low-cost.
- Des experts prévoient des annulations de vols en Europe dès mai-juin si la situation perdure.
- La France dispose de stocks stratégiques de carburant pour environ cent jours, mais le prix reste élevé.
- EasyJet a été condamnée à verser 4.872 euros pour un refus d’embarquement lié à un passeport périmé de 18 jours.





La goutte froide atlantique plonge la France dans une semaine d'orages et de rafraîchissement
