Le gouvernement roumain chute après une alliance inédite entre socialistes et extrême droite
Une motion de censure déposée par le PSD et l'AUR a recueilli 281 voix, précipitant la fin de la coalition pro-européenne menée par Ilie Bolojan après seulement onze mois.

FRANCE —
Les faits
- 281 parlementaires ont voté la motion de censure, dépassant le seuil de 233 voix requis.
- Le gouvernement Bolojan, coalition PNL-PSD-USR-UDMR, a duré onze mois.
- Le déficit public est passé de 9,3% du PIB fin 2024 à 7,9% fin 2025.
- L'inflation a atteint 9,9% en mars 2025.
- La TVA a été augmentée de 19% à 21%.
- Le PSD a retiré ses ministres du gouvernement quelques jours avant le vote.
- George Simion, leader de l'AUR, est considéré comme l'architecte de la chute.
- C'est la septième fois qu'un gouvernement tombe en Roumanie depuis la chute du communisme.
Un vote de défiance écrasant met fin à une coalition fragile
Le Parlement roumain a adopté mardi 5 mai une motion de censure qui renverse le gouvernement pro-européen du premier ministre libéral Ilie Bolojan. Avec 281 voix pour sur 288 présents, le vote dépasse largement les 233 suffrages nécessaires, marquant un tournant politique majeur. La motion, intitulée « Halte au “plan Bolojan” qui détruit l’économie, appauvrit la population et brade les actifs de l’Etat! », a été déposée conjointement par le Parti social-démocrate (PSD) et le parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains (AUR). Malgré quelques voix dissidentes au sein du PSD, l’alliance a réussi à convaincre des parlementaires d’autres formations d’extrême droite, des non-affiliés et des députés représentant les minorités nationales. Ce rassemblement hétéroclite a permis d’atteindre une majorité écrasante, précipitant la chute d’un exécutif qui n’aura tenu que onze mois.
L’alliance contre-nature entre socialistes et extrême droite
Le PSD, parti de gauche traditionnel, et l’AUR, formation nationaliste dirigée par George Simion, ont scellé une alliance inattendue pour faire tomber le gouvernement. Simion, perdant de l’élection présidentielle de 2025, est largement considéré comme l’architecte de cette opération. Selon des analystes, son camp pourrait sortir renforcé de cette crise, tandis que la gauche européenne observe avec embarras ce rapprochement. Le site Politico souligne que le PSD, bien qu’ayant voté toutes les mesures du gouvernement Bolojan pendant des mois, a brusquement changé de cap. « Quel que soit l’angle sous lequel on considère l’événement, on ne peut pas ne pas remarquer que la gauche est restée au pouvoir et a voté toutes les mesures du gouvernement Bolojan, puis est venue le dénoncer au Parlement le 5 mai », commente le site Hotnews. Quelques jours avant le vote, le PSD avait retiré tous ses ministres du gouvernement, signe de la rupture imminente.
Une politique d’austérité contestée au cœur de la crise
La motion de censure fustigeait la politique d’austérité menée par Ilie Bolojan pour réduire le déficit public, le plus élevé de l’Union européenne à 9,3% du PIB fin 2024. Le gouvernement avait augmenté la TVA de 19% à 21% et procédé à des coupes budgétaires dans l’éducation et les administrations locales. Ces mesures ont permis de ramener le déficit à 7,9% du PIB fin 2025, mais au prix d’une inflation galopante, qui atteignait 9,9% en mars. Cette hausse des prix a amplifié la colère sociale, offrant un terreau fertile à l’opposition. Le texte de la motion dénonçait un plan qui « détruit l’économie, appauvrit la population et brade les actifs de l’Etat ». La population, encaisse « crise après crise », tandis que le pays fait face à une instabilité politique récurrente.
Un contexte politique déjà fragilisé
La chute de ce gouvernement intervient après une année 2025 marquée par des secousses politiques: la montée de l’extrême droite AUR et l’annulation de l’élection présidentielle. Ilie Bolojan avait été nommé pour sortir le pays de la crise, mais son mandat n’aura duré que onze mois. C’est la septième fois qu’un gouvernement tombe en Roumanie depuis la chute du communisme, selon le quotidien Libertatea. Le président Nicușor Dan, qui a adopté une position de médiateur, doit désormais orchestrer des consultations avec les partis pour désigner un nouveau premier ministre et former un nouveau gouvernement. Si le Parlement ne valide pas la nouvelle équipe, des élections anticipées pourraient être convoquées. Dans ce climat d’incertitude, Hotnews note avec amertume: « Quand on attaque un roi, il vaut mieux s’assurer qu’il est bien mort », car « à partir d’aujourd’hui, Bolojan est devenu officiellement le principal adversaire de Nicușor Dan à la présidentielle ».
Les perspectives d’une nouvelle coalition pro-européenne
Malgré son alliance avec l’AUR pour renverser le gouvernement, le PSD n’exclut pas de participer à une nouvelle coalition pro-européenne. Cette ambiguïté stratégique reflète les tensions internes au sein du parti. Le PSD pourrait chercher à revenir dans une alliance avec les libéraux du PNL et d’autres formations centristes, mais la confiance est rompue après ce vote de défiance. Le président Nicușor Dan entame des consultations politiques pour trouver une issue. La formation d’un nouveau gouvernement pro-européen semble possible, mais elle nécessitera des compromis difficiles. En attendant, la Roumanie reste plongée dans l’incertitude, avec une économie fragilisée et une population lasse des crises à répétition.
Un avenir incertain pour la stabilité du pays
La chute du gouvernement Bolojan ouvre une période d’instabilité politique aux conséquences encore imprévisibles. Les marchés financiers pourraient réagir négativement à ce nouveau tournant, tandis que les partenaires européens s’inquiètent de la dérive populiste. L’alliance entre le PSD et l’AUR, bien que conjoncturelle, pourrait préfigurer des recompositions politiques durables. Pour l’instant, le pays attend les résultats des consultations présidentielles. Si aucun gouvernement viable ne se dégage, des élections anticipées pourraient avoir lieu, offrant une nouvelle chance à l’extrême droite de George Simion. Dans ce contexte, la Roumanie semble prise dans un cycle de crises politiques qui menace sa trajectoire pro-européenne.
À retenir
- Le gouvernement pro-européen d'Ilie Bolojan est tombé après 11 mois, victime d'une motion de censure soutenue par 281 voix.
- L'alliance entre le PSD (gauche) et l'AUR (extrême droite) a été déterminante, malgré leurs divergences idéologiques.
- La politique d'austérité de Bolojan (hausse de la TVA, coupes budgétaires) a réduit le déficit mais alimenté l'inflation et le mécontentement.
- Le président Nicușor Dan doit désormais trouver un nouveau Premier ministre, sous peine d'élections anticipées.
- Cette crise est la septième chute de gouvernement en Roumanie depuis 1989, soulignant une instabilité chronique.
- George Simion, leader de l'AUR, sort renforcé de l'opération et pourrait peser sur les futures échéances électorales.






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