Affaire Reynders : ING Belgique paie 1,6 million d’euros pour éteindre les poursuites
La banque a accepté une transaction pénale après avoir omis de signaler 245 dépôts en liquide et 779 transferts e-Lotto de l’ancien commissaire européen.

BELGIUM —
Les faits
- ING Belgique a payé une transaction pénale de 1,6 million d’euros.
- La Banque nationale de Belgique avait dénoncé ING en avril 2025.
- Didier Reynders est soupçonné d’avoir blanchi environ 1 million d’euros.
- La banque n’a pas signalé 245 dépôts en liquide (836 500 €) et 779 transferts e-Lotto (202 491,35 €).
- Deux anciens employés d’ING ont été identifiés et entendus; une décision est attendue.
- Le PS réclame une commission d’enquête parlementaire, soutenu par le PTB.
- Une proposition de commission d’enquête avait été jugée prématurée en janvier.
Le parquet de Bruxelles valide la transaction
Le parquet de Bruxelles a annoncé mardi qu’ING Belgique avait accepté de payer une transaction pénale de 1,6 million d’euros, mettant fin aux poursuites engagées contre la banque dans le cadre de l’affaire Reynders. Cette somme correspond au maximum prévu par le code pénal pour blanchiment d’argent. Le procureur du Roi a estimé que l’enquête confirmait les faits avancés par la Banque nationale de Belgique (BNB). La BNB avait dénoncé ING en avril 2025 pour des faits susceptibles de constituer une infraction. Le parquet a alors ouvert une information judiciaire visant à déterminer pourquoi la banque n’avait pas alerté la cellule de traitement des informations financières avant le 21 décembre 2023. Les transactions non déclarées comprennent 245 dépôts en liquide effectués entre 2001 et 2017, totalisant 836 500 euros, et 779 transferts créditeurs e-Lotto entre 2017 et 2024, pour 202 491,35 euros.
Des dépôts en liquide et des billets de loterie suspects
Didier Reynders, ancien président du MR, ministre des Finances et commissaire européen, est au cœur de l’enquête depuis décembre 2024. Il est soupçonné d’avoir blanchi environ un million d’euros via des dépôts en liquide sur un compte ING et des achats répétés de billets de loterie. Selon le parquet, ces billets étaient payés en espèces, tandis que les gains étaient versés sur son compte numérique auprès de la Loterie nationale avant d’être transférés vers son compte courant. La Loterie nationale a donné l’alerte face au comportement jugé troublant de l’ancien ministre. Le parquet souligne que les faits sont de nature financière et permettent une transaction pénale. Deux personnes physiques, qui ne travaillent plus chez ING, ont été identifiées et entendues; une décision à leur sujet est encore à venir.
ING reconnaît son rôle de gardien du système financier
Dans une réaction officielle, ING a déclaré vouloir « aller de l’avant en nous concentrant pleinement sur les intérêts de nos clients et de la banque ». La banque ajoute: « Nous prenons très au sérieux notre rôle de gardien du système financier. Nous sommes déterminés à respecter l’ensemble des règles et obligations qui en découlent. Toute situation dans laquelle le système financier pourrait être utilisé à des fins criminelles est extrêmement grave et nous la traitons avec la plus grande rigueur et la plus grande attention. » Cette déclaration intervient alors que la commission des Finances de la Chambre a mené des auditions sur les pratiques des banques en matière de lutte contre le blanchiment. Plusieurs députés de l’opposition ont jugé les explications fournies insatisfaisantes, parlant de « demi-réponses ». Le chef de groupe PS, Pierre-Yves Dermagne, a dénoncé: « On apprend aujourd’hui que la banque ING est reconnue de complicité de blanchiment dans l’affaire Reynders et a payé une transaction pénale de 1,6 million d’euros! »
Le PS relance la demande de commission d’enquête
À la lumière de ces révélations, le Parti socialiste relance sa demande de création d’une commission d’enquête parlementaire. En août, les députés Hugues Bayet et Khalil Aouasti avaient déposé une proposition en ce sens. En janvier, la commission des Finances s’était déjà penchée sur l’opportunité d’une telle commission à l’instigation du PTB, mais la majorité avait jugé l’initiative prématurée. « Il faut aujourd’hui convoquer une commission d’enquête pour comprendre et corriger les mécanismes développés par certaines banques pour faciliter le blanchiment et corriger les terribles failles du contrôle et faire toute la lumière sur l’affaire Reynders », a déclaré Pierre-Yves Dermagne. Il a posé des questions restées sans réponse: « D’où vient l’argent? Combien? Comment est-ce possible de faire de telles transactions dans des banques soi-disant contrôlées? »
Des failles dans le contrôle bancaire mises en lumière
L’affaire révèle des lacunes dans le dispositif de surveillance des banques belges. La BNB, qui avait dénoncé ING, joue un rôle clé dans la supervision, mais le délai entre la dénonciation et l’ouverture de l’information judiciaire interroge. Le parquet a proposé une transaction pénale d’un montant maximal, ce qui suggère que les faits étaient considérés comme graves. Les socialistes estiment que les auditions du secteur bancaire à l’automne n’ont pas apporté de réponses satisfaisantes. « Personne n’était satisfait des demi-réponses apportées par les banquiers », a rappelé Dermagne. La question de l’efficacité des contrôles internes des banques et de leur coopération avec les autorités reste posée.
Quelles suites pour l’enquête et la réforme?
Si les poursuites contre ING sont éteintes, l’enquête concernant Didier Reynders se poursuit. L’ancien commissaire européen est inculpé et reste sous le coup de soupçons de blanchiment. Par ailleurs, une décision doit être prise concernant les deux anciens employés d’ING identifiés. Sur le plan politique, la pression monte pour la création d’une commission d’enquête. Le PS espère obtenir une majorité cette fois-ci, alors que l’affaire a pris une nouvelle dimension avec la transaction pénale. Les députés veulent comprendre comment des transactions aussi massives ont pu passer inaperçues et si d’autres banques présentent des failles similaires.
Un précédent qui pourrait faire jurisprudence
La transaction pénale acceptée par ING constitue un précédent notable dans la lutte contre le blanchiment en Belgique. Le montant maximal de 1,6 million d’euros, bien que significatif, est perçu par certains comme insuffisant au regard des sommes en jeu et du rôle de la banque. Les critiques estiment que cela pourrait encourager d’autres établissements à privilégier les transactions plutôt que de renforcer leurs contrôles. L’affaire Reynders, qui mêle argent liquide, loterie et hauts responsables politiques, a ébranlé la confiance dans le système financier belge. Les prochains mois diront si les leçons seront tirées, ou si de nouvelles révélations viendront encore élargir le scandale.
À retenir
- ING Belgique a payé 1,6 million d’euros pour éteindre les poursuites pour complicité de blanchiment dans l’affaire Reynders.
- La banque n’a pas signalé 245 dépôts en liquide et 779 transferts e-Lotto de Didier Reynders, totalisant plus d’un million d’euros.
- La BNB avait dénoncé ING en avril 2025, mais l’information judiciaire n’a été ouverte qu’après.
- Deux anciens employés d’ING sont identifiés; une décision judiciaire est attendue.
- Le PS et le PTB réclament une commission d’enquête parlementaire sur les failles du contrôle bancaire.
- L’enquête visant Didier Reynders se poursuit; il est inculpé pour blanchiment.


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